THÉODORA

Poème épique de Claude Fernandez évoquant l'impératrice Théodora qui tance l'empereur Justinien après son affront lors des jeux du Cirque.


«Nika, Nika, Nika, mort, mort à l'Empereur
C'est toi qui nous ruinas, c'est toi qui nous brisas
«Nika, Nika, Nika, mort, mort à l'Empereur...»

Justinien songe, amer, à l'affront qu'il subit
Dans le grand hippodrome, à l'annonce des courses.
Les haineuses huées, dans sa tête résonnent.
Bleus et Verts tous en chœur, l'avaient honni, bafoué.
Puis trois jours et trois nuits, les bandes populaires
S'étaient mobilisées, pour incendier la ville.
Byzance est engloutie, dans une fumée noire.
Cendre est Sainte Sophie, de même le Sénat
Gravats Anastasie, le palais du préfet.

Dans la salle du trône, où se tient le Conseil
La discorde amplifie, l'état de confusion.
L'empereur invective, et Tribonien répond
«C'est toi qui récoltas, en mon nom trop d'impôts»
«C'est vous qui sans répit, exigeâtes finances
Pour le train luxueux, de l'impériale pompe»
Jean le Cappadocien, désemparé, se tait.

La foule atteint déjà, le seuil de l'édifice.
Rien ne peut réprimer, la révolte grondant.
L'empereur s'interroge, irrésolu, perplexe.
L'homme est fort, courageux, pourtant devant le peuple
Devant cette marée, démente, incoercible
Que tenter sinon fuir, abandonner Byzance?
«Que l'on prépare un char, escorté par mes gardes»
Mais alors apparaît, la fière impératrice
Courtisane abhorrée, par l'ascète Procope.
Sa mère est acrobate, et son père est dompteur.

«Peut-on lâchement fuir, lorsqu'on porte le sceptre?
La pourpre qui vous ceint, ne doit-elle être suaire?
Tachez-la d'un sang noble, afin d'en être digne
Puis mourez, l'arme au poing, défendant votre honneur.
Mais le maître c'est vous, ordonnez, je suivrai»

«Nous resterons. La mort, nous unira bientôt»

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - © Éditions Sol'Air - 2007