ROME SAUVÉE

Poème épique de Claude Fernandez évoquant le désarroi à Rome pendant la Deuxièmes Guerre Punique entre Rome et Carthage. L'attaque d'Hannibal et la défense des citoyens sur le Champ de Mars.


Vêtus en toge blanche, à laticlave pourpre
Les voici réunis, droits, sereins, immobiles
Fabius Maximus, Lucius Æmelius Paulus
Marcus Fulvius Flaccus, Appius Porcius Neron
Ceux dont le noble nom, dans l'album est gravé
Tous les magistrats, les prêteurs, questeurs, édiles
Selon tous les degrés, du cursus honorum
Les Patres, patriciens, de la nobilitas
Dignes fils des Brutus, Coclès, Quinctius, Mucius.
Les voici réunis, remparts de la patrie
Les membres du Sénat, guides omnipotents
Gardiens, tête et gouvernail, âme et cœur de Rome.
Dans leurs puissantes mains, se trouvent les consuls
Qui sur terre et sur mer, quand ils ont reçu l'ordre
Par l'imperium sacré, dont ils sont investis
De Grèce en Hispanie, de Sardaigne en Sicile
Prennent cités, poursuivent bataillons, trirèmes.

Pourtant Rome pliait, sous les coups de Carthage.

Depuis que l'on ouvrit, le temple de Janus
De terribles années, s'annonçaient pour la Ville.
Sagonte l'invaincue, n'était plus que fumée
Les Scipion s'enlisaient, au fond de l'Ibérie.
Des légions combattaient, dans le froid, la chaleur
Ne sachant même pas, si la patrie vivait.
Les Puniques marchaient, sur l'Ombrie dévastée.
Les soldats pourrissaient, au bord des chemins vides.
Les orphelins cherchaient, leurs parents dans les ruines.
Les villes devenaient, de grandes nécropoles.
Comme un coup répété, de l'aveugle destin
Sans répit la défaite, engendrait la défaite
Le Tessin, la Trébie, dont les ondes limpides
S'étaient rougies du sang, versé par les guerriers.
Des légions s'épuisaient, au lac de Trasimène
Quand du brouillard épais, brusquement apparurent
Des bataillons gaulois, armés de gèses plates.
Puis vint l'acte final, de la tragédie noire
Cannes raya d'un coup, l'armée républicaine.

Le découragement, gagnait le peuple anxieux.
Les oracles offraient, d'imposants lectisternes.
L'on suppliait Néris, Bellone et Mars, Baal même.
Des cultes oubliés, soudain ressurgissaient.
Les dix Fulminateurs, invoquaient le Cronide.
Les décemvirs lisaient, les sibyllins ouvrages.
L'on voyait au Forum, des scènes orgiastiques
Des rites consacrés, à d'inconnues croyances
Qu'officiaient des bacchants, prêtres émasculés
Prodiguant le secours, des formules magiques.
Les numina romains, trahissaient la cité.
Cybèle victorieuse, évinçait Jupiter.
Le bétyle de jais, venu de Pessinonte
Devant le Palatin, subjuguait les fidèles.
Rien pourtant n'entamait, la volonté des Pères.
Déroute ni revers, ne paraissaient briser
Leur ténacité, leur volonté, leur patience.

Or, en ce calme jour, de séance ordinaire
L'on vit un messager, entrer dans la Curie
Haletant et défait, la face larmoyante
«Les ennemis vainqueurs, sont devant le Vulturne.
C'est la fin, la patrie n'est plus, Rome n'est plus»
Cependant au dehors, dans la foule apeurée
Sourdement s'élevait, une rumeur panique.
Les sénateurs d'un bloc, à la fois se levèrent
Sans la moindre émotion, dans leurs traits impassibles.
Puis Fabius Maximus, calmement s'avança
«Patres, levons la séance... Tous au Champ de Mars»

Quand le fier Hannibal, ayant passé l'Anio
Par la porte Colline, en tête de l'armée
Crut vaincre la cité, devant lui se dressèrent
Vingt mille citoyens, tous l'arme au poing - debout.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - Éditions Sol'Air - 2007