RAPA NUI

Poème épique de Claude Fernandez évoquant l'île de Pâques Rapa Nui, sa découverte par le capitaine hollandais Roggeveen


Pourquoi dans ce désert, autant de monuments?
Pourquoi tant de statues, dans cette solitude?

Sentinelles zélées, gardiennes vigilantes
Sont-elles dévolues, à protéger les morts
Qui sommeillent au fond, de mausolées enfouis?
Sont-ce les effigies, de guerriers décimés
Que les preux survivants, honoraient pieusement?
Sont-elles des portraits, les représentations
D’ancêtres mythifiés, par les fils déférents?
Sont-elles des vigies, fixant l’éternité?
Sont-elles déités, divinités, démiurges
Défiant la destruction, l'anéantissement?

La concurrence aiguë, de familles rivales
N'a-t-elle rehaussé, la taille des colosses
Transformant en grandeur, la jalousie mesquine?

Pourquoi tous ces témoins, d’un rite énigmatique
Parsemant ce lambeau, de roche volcanique?
Pourquoi ce gigantisme, engendré par des nains?
Pourquoi cet effort vain, dérisoire et sublime
Qu'engloutira le Temps, ce fossoyeur fatal?

C’est ainsi qu'étonné, par un matin de Pâques
Sur le cratère éteint, du Ranoraraku
Méditait Roggeveen, lieutenant hollandais
Premier navigateur, accostant le rivage
De cette île insolite, au sein du Pacifique.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - © livagora - 2012