LE BUNKER

Poème épique de Claude Fernandez évoquant la méditation d'Hitler dans le Bunker jusqu'à son suicide. La chute de Berlin imaginée au travers du Crépuscule des Dieux.


Le bunker, gris, massif, anguleux, agressif
Le bunker étouffant, le bunker asphyxiant
Triste palais martial, blafard, désolé, morne.
Le béton brut pour stück, pour unique ornement
Le dallage grossier, pour tapis et pavage
L'ampoule dénudée, pour candélabre et cierge.
Le Roi Soleil bâtit, le fastueux Versailles
Philippe Deux conçut, le morose Aranjuez
Catherine adora, le gracieux Peterhof
Louis de Bavière aima, l'irréel Neuschwanstein.
Pour le maître des lieux, impitoyable chef
Du terrible Corps Noir, à l'effigie macabre
Ne pouvait convenir, que le rude blockhaus.
Moins plait à son humeur, taciturne et lugubre
Manoir aux larges baies, qu'aveugle casemate
La véranda fleurie, que la vide cellule.
Quel décor somptueux, quel majestueux cadre
Pour engloutir vivant, ce Méphistophélès.
Balle pour les guerriers, et poison pour les femmes.
Le bunker se transforme, en géant cénotaphe.
Perdu, Sardanapale, en un brasier énorme
Consuma son harem, ses mignons, ses chevaux.
Pour la disparition, de ce dictateur fou
Berlin doit se détruire, en un grand holocauste.
Les bombes des Alliés, sur le Reichstag s'écrasent.
L'éclairante fusée, devient un projecteur.
La nuit de plomb succède, à la Nuit de Cristal.
Sur la ville incendiée, vrombissent les sirènes.
Du Sud au Nord, le Monde, est immense théâtre.
Le rideau va tomber, sur la pièce achevée.
Le drame wagnérien, touche à sa conclusion.
Voici le dernier acte, et la tragique fin.
Le héros nietszchéen, surhomme halluciné
Va bientôt s'abîmer, dans l'informe Néant.

Le voici fulminant, en son Olympe triste
Cet homme qui nia, tout sentiment humain.
Le voici, furieux, rageur, fou, hargneux, haineux
Les membres parcourus, de transe frénétique
L'œil injecté de sang, la pupille irradiante.
L'irascible hystérie, convulsionne son corps.
Sa face est déformée, par de tremblants rictus.
Des filaments baveux, de sa bouche pendillent.

Pourrait-on pénétrer, dans ce hideux cerveau
Descendre jusqu'au fond, de ce puits mystérieux
Plus noir, plus ténébreux, que la Géhenne même
Cet aven effarant, secoué de séismes
Ce gouffre de violence, et d'immoralité?
Que pourrait nous livrer, ce labile écritoire
Sur lequel est inscrit, l'exécrable apologue
De l'odieux satanisme, et du négationnisme?
Que déchiffrerait-on, dans ce grimoire abject
Cet écheveau sans bout, ce dévidoir sans fin
D'horreurs, de laideur, terreurs, détestation, crimes?

Ce qu'on découvrirait, c'est, terrible, effroyable
Dans les jets sulfureux, éclairs phosphorescents
De spectrales armées, détruisant les cités
Les Panzer Divisions, dévastant les contrées
Les chars d'assaut, blindés, écrasant les récoltes
Des bombardiers versant, leur cargaison mortelle
Des sous-marins coulant, paquebots, destroyers
Des stukas mitraillant, de paisibles hameaux
Des grenades brisant, les os, les chairs, les crânes
Des champs ruineux, fumant, aux feux du crépuscule.
Mais, ployant sous les coups, de l'imparable sort
L'homme accablé revoit, les échecs de sa vie
L'errance au cœur de Vienne, en quête d'un travail
Les études ratées, l'hospice des mendiants
L'ami juif si brillant, qui toujours l'humiliait.
Sans répit le rongeait, l'obsédait, l'accablait
Cette rancœur tapie, dans le creux de son âme
Cette soif de vengeance, et de reconnaissance
Dans les replis secrets, de son pervers esprit.
Puis il vit l'ascension, jusqu'au pouvoir suprême
Réunions de parti, congrès, discours, motions
Putsch de la Brasserie, la nuit des Longs Couteaux.
La guerre-éclair, blitzkrieg, menant à la victoire.
Las, que sont devenues, les processions, parades
Sous les drapeaux claquant, les swastikas géantes
Les orgueilleux slogans, et les célébrations
Les salves et flambeaux, vivats, acclamations?
Qu'est devenu le Reich, broyé par les Soviets?

L'impuissant dictateur, sur la carte promène
Des pions représentant, des bataillons fictifs
Pour vaincre l'ennemi, d'un assaut chimérique.
Le récit de l'exploit, n'est que rodomontade
La stratégie devient, puéril amusement.
Sinistre clownerie, triste bouffonnerie
Comme si, parvenues, à l'extrême degré
Comédie, tragédie, finissaient par se fondre.

Qu'est-ce Hitler? un dément, un archange du Mal?
Psychopathe inconscient, monstre calculateur?
N'est-il fanatisé, par l'idéologie?
La mégalomanie, le morbide pathos
N'ont-ils pas dévoré, sa raison déficiente?
Ne dépassât-il pas, Néron, Mourad, Commode?
N'est-il incarnation, du féroce Moloch?
N'est-il résurrection, du vil Montezuma?
C'est Belzébuth, Asmodée, Lucifer, Satan
Dans un esprit unique, assemblés, réunis.
C'est le cynique esprit, se riant des souffrances
L'harfand, le chat-huant, dont flamboie la prunelle.
C'est le Prométhée noir, éclaboussant la Terre
De son fiel destructeur, sa ravageuse bile.
C'est la guivre perfide, aux crochets venimeux
Le tigre monstrueux, déchiquetant sa proie
Le vampire assoiffé, d'innocentes victimes.
C'est le poulpe rêvant, dans les profondeurs vagues
Son hideux cauchemar, de meurtre et de carnage
L'irascible volcan, toujours inassouvi
Crachant, envieux, sa haine, à la face du monde.

Ses lieutenants dévoués, l'ont maintenant trahi.
Près de lui cependant, un compagnon demeure
Blondi, fidèle chien. Pour lui, pauvre animal
Son maître ne fut-il, un homme comme un autre?
Car point il n'en reçut, de coups, mais des caresses.
Par le monde il est tant, de lâches tyranneaux
Cyniques et brutaux, martyrisant leurs proches.
Paradoxe étonnant, mystère impénétrable
Celui qui supprima, des pays et des villes
S'apitoie sur le sort, que subira la bête.
L'esprit choqué se perd, en interrogations.
Comment Dieu jugerait, cette contradiction?

L'on entend les mortiers, secouer le repaire.
Les troupes ennemies, bientôt pénètreront
Dans le couloir étroit, menant à cet abri.

Le dictateur alors, fixant l'obscurité
Debout dans le bunker, jette ces mots haineux.

«Voici bientôt l'instant, où je vais disparaître.
La mort, la mort est belle, ainsi que la défaite.
Nations coalisées, pusillanimes peuples
Tous, admirez le sort, du Führer magnifique.
Voilà que s'accomplit, en ce jour fatidique
La triste prédiction, de l'ancienne Voyante.
C'est le dernier des jours, Crépuscule suprême
Berlin comme l'Asgard, est promise au Chaos
Ne comprenez-vous pas? les Géants nous attaquent.
Par l'Est est revenu, le rejeton d'Ymir
Le vaisseau de Loki, franchit la mer à l'Ouest.
C'est Hrym qui tient la barre, invalide vieillard.
La fumée des avions, c'est le souffle empesté
Que le torride Surt, par ses naseaux rejette.
Le Serpent de Midgard, s'enroule autour de nous
Colonnes de blindés, emprisonnant la ville.
Ce que vous entendez, ce ne sont les sirènes
C'est Heimdall en son cor, annonçant la bataille.
Fenrir, hagard, ulule, au milieu du Wallhal.
Fafnir, le dragon rouge, ouvrant sa gueule immense
Dans sa gorge enflammée, va tous nous engloutir.
Les Messerschmidt cinglants, walkyries courageuses
Foudroyées en plein vol, ont perdu leur couronne.
La Germanie se meurt, telle Ygdrasill rompu.
Que vienne maintenant, l'Apocalypse ultime.
L'Europe va mourir, l'Occident va mourir.
La Civilisation, bâtiment avarié
Sombrera dans la mer, du cosmopolitisme.
L'Humanité déchue, bientôt se dissoudra.
L'impur globe ruiné, demain retrouvera
L'originel état, du vierge minéral.
Dans le Nifheim glacial, tombera le Soleil
Puis tout retournera, dans la Nuit primordiale.

Vous êtes victorieux, Alliés, vous que j'abhorre
Mais vous regretterez, d'avoir gagné la guerre.
L'avenir, l'avenir, écoutez, le voici.
Voici bientôt venir, le temps de vos supplices
Vous serez tous vaincus, par votre déchéance.
Vous serez abaissés, dégradés par vos tares
Vous serez des nabots, des avortons, des larves
Tous malades mentaux, anormaux, impotents.
La dégénérescence, atteindra vos enfants.
Vous deviendrez le jouet, d'une ploutocratie
Que manipulera, l'effrontée juiverie.
Quand vous prononcerez "honneur, travail, famille"
Vos incrédules fils, vous riront à la face.
La racaille africaine, insolente, arrogante
Remplira vos banlieues, vos cités, vos campagnes.
Les hordes colorées, pourriront votre sang.
Vos filles au teint pur, aux longs cheveux dorés
Se gaussant des aïeux, s'uniront à des nègres.
Sûrement, lentement, la masse des métèques
Se multipliera, pullulera, s'enflera
Comme les vers grouillant, dans un fruit corrompu.
C'est ainsi qu'un relent, nauséabond, vicié
Dans tout l'appartement, se répand et diffuse.
L'on peut bien calfeutrer, les portes et fenêtres
Par la moindre fissure, il s'infiltre et s'immisce.
Nul rempart ne saurait, enrayer son avance
Nul paravent tendu, nul poignard, nul bâton.
C'est en vain. Rien n'y fait. Tout se trouve infecté.
C'est lui, maître des lieux, qui vous chasse dehors.
Devant le péril Noir, vous ne pourrez lutter
Car vous conserverez, jusque devant le gouffre
L'éthique suicidaire, impuissante morale
Qui vous pousse à nier, le combat darwinien.
Vous serez acculés, vers le fatal écueil
Tels un naute guettant, sur un côté Charybde
Ne voit se profiler, Sylla sur l'autre bord.
Voilà vos rejetons, admirez leur portrait
Des trognes basanées, aux traits irréguliers
Cheveux crépus, lèvres lippues, nez épatés.
Ce métissage issu, de toutes les ethnies
Cet infect ramassis, d'abjectes créatures
Ce vil conglomérat, de races primitives
Ce seront vos enfants, ceux que vous chérissez.
Tous jusque dans leur chair, seront salis, souillés.
Ne croirait-on, hideur, que ces déchets vivants
Sont le monstrueux fruit, l'ignoble engendrement
Qu'aurait produit l'amour, d'un homme avec un singe?
Si revenaient Bismarck, César ou Municius
Pourraient-ils reconnaître, en vous leurs descendants?
Les reniant, ils diraient "D'où viennent ces bâtards?"
Vous pourrez arracher, votre peau de vos ongles
Vous n'ôterez jamais, en vous cette vergogne.
L'esclave de jadis, bientôt sera le maître.
Vous subirez alors, de brutaux dictateurs
Car viendront les bourreaux, matant la race blanche.
Ce jour vous trouverez, les SS doux agneaux.
S'il est un Dieu là-haut, qui punit les forfaits
Je vous retrouverai, tous au fond de l'Enfer.
Vous, les vainqueurs glorieux, vous qui jugez mes crimes
Vous serez plus que moi, condamnés et damnés
Car vous perpétuerez, l'immonde génocide
Celui des rejetons, à l'égard des aïeux.
Ce jour-là, moi, le monstre, assoiffé de péché
Dans la fosse torride, au milieu du brasier
Contemplant vos tourments, j'exulterai, vengé.

Les Nornes décidant, les décès, les naissances
Maintenant ont coupé, le fil de mon destin.
Je ne tremperai pas, dans votre décadence.
Que de mon corps défunt, il ne reste un atome»

Ainsi dit le Führer, plein de bouillante aigreur.
Lors, calme étrangement, il prit son revolver
Puis s'appliquant au front, le canon de son arme
Sur lui-même il commit, le dernier de ses crimes.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - © Éditions Sol'Air - 2007