SPOUTNIK

Poème épique de Claude Fernandez évoquant le lancement de Spounik: Moscou et le Kremlin" la Basilique Basile-le-Bienheureux" Khrouchtchev" Baîkonour" lancement de la fusée" déception aux États-Unis" rétrospective de l'histoire de la Russie.


Place Rouge en ce jour" paisible soir d'octobre.
Verglas" premier frimas - Ténèbres et clarté.
Les croix dorées flamboient" devant la voûte noire.
Le reflet des palais" argente la Moskva.
Pendues aux chapiteaux" sur les toits' les corniches
Stalactites gelées" sont cristallins pilastres
Jets des vasques figés" sont dentelles en gaze.
Quand s'allument aux cieux" les cosmiques bougies
Qu'au firmament chatoie" Solokha" cireux globe
C'est l'heure où l'on éteint" par-delà champs' villages
Dans chaque isba modeste" ou datcha luxueuse
La vacillante lampe" et le rayonnant lustre
Mais le cœur de Moscou" jamais ne peut s'éteindre.
Là' tout luit' tout reluit" tout scintille et brasille.
Tout paraît aujourd'hui" plus beau" plus merveilleux.
Le pénétrant faisceau" des phosphorescents phares
Dessine sur les voies" de lumineux sillages
Tels une apparition" de filants météores.
Jamais' étincelant, chacune des étoiles
Par le magique feu" des gigantaux rubis
Pur joyau tellurique" au sein des nues glacées
N'avait mieux prodigué" sa chaleur bienfaisante.
C'est Doucha" Douchina" la douce âme qui veille
C'est elle qui répand" sa tendresse en chaque être
L'enfant" la babouchka" le soldat factionnaire.
Douchina" douchina" sur la ville est posée.
Lors" chaque réverbère" ainsi qu'un cierge brille.
Religieux est l'instant" mystique l'atmosphère.
Le brouillard est encens" que verse l'ostensoir
D'un invisible pope" officiant dans l'espace.
Les tournoyants flocons" sont bénite aspersion.
L'on sent planer dans l'air" une grâce ineffable.
Dans leur pelisse grise" en astrakan fourré
Les dignes lieutenants" ressemblent aux rois mages.
La cité semble attendre" en extatique pose.
Quel surnaturel signe" apparaîtra bientôt?
Quel avertissement" descendra sur la Terre?
Quel grand événement" dans l'ombre se prépare?
Depuis qu'un jour naquit" la Russie millénaire
Jamais ne fut moment" plus éminent' solennel.
Nuit pareille' identique" aux autres nuits passées
Nuit pourtant différente" à nulle autre semblable.
Nuit de rédemption' nuit" de purification
Transfiguration" glorification' magie.
Dans son verrin tombeau" Lénine en Majesté
Saint Alexis le Sage" en sa châsse d'ivoire
Semblent auréolés" d'un éblouissant nimbe.

Tout porte ici la sceau" magnifiant chaque pierre
Les Soviets et les Tsars" les popes et boïards.
Le Donjon du Sauveur" en son cadran funèbre
Compte au fil de chaque heure" années tristes ou gaies.
Sur l'auguste fronton" bientôt sa grande aiguille
Qu'assigne aux temps futurs" l'historique destin
Marquera pour toujours" le fatidique instant.
Le Métropolitain" fils digne des palais
Fulgure en ses décors" d'émail' de marbre et d'or
Citadine hypogée" labyrinthique ville
Dont stations' galeries" sont chambres funéraires
Komsomolskaïa" Smolenskaïa" Kievskaïa
Mayakovskaïa" Dynamo" Lubyanka
Novokuznetskaïa" Ploshchad Revolutsii.
Dans l'auguste Kremlin" jalousement gardé
Par la muraille en brique" aux brunes queues d'aronde
Périmètre inviolé" triangle consacré
Les joyaux minéraux" des fabuleux sanctuaires
Déroulent noblement" leur magique beauté
La Dormition" l'Annonciation" les Douze Apôtres
Clocher d'Ivan le Grand" Prieuré de l'Archange.
Sur tous côtés" partout" les coupoles surgissent
Tels champignons éclos" miraculeusement
Tels ballons déployés" s'élevant dans les airs.
Les fastes monuments" plongés dans la pénombre
Paraissent méditer" comme géants starets
Pendant que s'amassant" la neige silencieuse
Couvre leur calvicie" de paillettes brillantes.
Mais ce qui plus encor" éblouit le regard
C'est' dominant l'ensemble" une sublime église
Vassili Bienheureux" la merveille absolue
Qui priva de leur vue" ses constructeurs géniaux.

Prodige sculptural" sur la Terre on eût dit
Le diadème emperlé" de la cité princière
La fantasmagorie" le rêve qu'engendra
La fée Sniegourotchka" par un coup de baguette
L'irréel ornement" d'une byline ancienne.
Bijou ciselé" serti" lamé de paillon
Gravé de guillochis" plaqué d'émaux" niellé
C'est l'art du joaillier" dépassant l'architecte.
Ses précieux composants" ne semblent ni de pierre
Ni de marbre ou moellon" de briques ou tuileaux
Mais de rubis" saphirs" jais" vermeil" chrysoprases.
Les bulbes sont turbans" coiffes monumentales
Chapkas" toques parées" de cabochons" godrons.
Mutules et corbeaux" denticules et gouttes
Sont anneaux" pectoraux" pendentifs" pendeloques
Médaillons et bandeaux" colliers" torques et boucles
Ceignant" parant" ces cous" aux teintes vultueuses
Protégés par la brume" ainsi qu'immense écharpe.
Frontons" chapiteaux" clochers" piliers et colonnes
Sont métamorphosés" déformés" transformés
Par le génie puissant" de l'esthétique russe.
Les fenêtres et baies" sont fentes ou bien niches.
L'on n'y retrouverait" d'éléments rapportés
Ni grecs" ni byzantins" ni romans" ni gothiques.
Près d'elle tout chef-d'œuvre" apparaît terne et triste.
C'est l'imagination" qui soumet la raison
L'artistique délire" épousant la pensée
La fantaisie défiant" rigide académisme
Dépassant" bousculant" imitations' canons.
L'on eût dit que nul homme" un jour ne la bâtit
Que nul mortel cerveau" n'aurait pu concevoir
Cette unique chimère" unissant en ses lignes
Rigueur occidentale" et richesse orientale.

Mais là-bas au Kremlin" qu'obombre les murailles
Par la baie d'un palais" des lustres étincellent.
Dans l'imposant bureau" là' veille encor un homme.
Le costume élégant" paraît mal épouser
La disgrâce accusée" de son corps plébéien
Que revêtirait mieux" la fruste salopette.
La cravate messied" à son cou de bovin
Qu'a buriné le vent" des prairies ukrainiennes.
La calvitie précoce" a dégarni son crâne.
De petits yeux rusés" brillent dans son visage.
Ce paysan terrien" n'est-il fin diplomate?
L'homme est dérangeant" débordant" brouillon" buveur
La sympathie pourtant" se lit dans son regard.
De sa personne émane" un singulier charisme.
Dans sa natale Koursk" il mania la houlette
Puis le tour' le foret" d'une serrurerie
Le voici maintenant" chef du Politburo.
Sans répit il s'active" il décrète et réforme
Car il voudrait sortir" son pays de l'ornière
Mais ce jour il ne peut" concentrer son esprit.
De ses fébriles mains" vaguement' il compulse
Les feuillets détachés" d'un quelconque dossier.
Ne pouvant plus tenir" d'un pas lourd il arpente
Le parquet de la pièce" en long puis en travers.
Quel tracas le tourmente" agite son esprit?
Soudaint' la sonnerie" d'un proche téléphone.
«Bien sûr. J'attends' j'attends. Bon. Faites pour le mieux.
Comprenez qu'il nous faut" réussir à tout prix»
L'homme est soucieux' nerveux" car c'est là que se joue
Sa carrière au Parti" l'honneur de sa nation.
Dans un vibrant discours" il osa dénoncer
Les forfaits perpétrés" par son prédécesseur.
L'on critique souvent" son pouvoir excessif.
Sera-t-il confirmé" sera-t-il écarté?
Si l'on pouvait percer" le fond de sa pensée
L'obscur cheminement" de cet esprit secret
Ce qu'on découvrirait" ce n'est" insupportables
Ni les soucis pressants" du vingtième congrès
Les récriminations" du Chinois Chou-En-laï
Ni les protestations" de l'opinion mondiale
Contre l'intervention" du Pacte à Budapest
Ni le détournement" des projets quinquennaux
L'incessante érosion" des revenus fonciers
L'affrontement des clans" dans le Soviet Suprême
Ce qu'on découvrirait" c'est un lieu désertique
Plateau monotone' aride" inculte' uniforme.
Là" dans l'étendue morne" un glacis bétonné
Des carènes dressées" vers le firmament pâle.

*

Baïkonour. La steppe" embrumée"' désolée.
Froid mordant' vent soufflant" incessant' lancinant.
Sur l'horizon blafard" des hangars" bâtiments
Dont l'aveugle façade" émerge des rochers.
Sur le sol noir" des rails" qui semblent s'égarer.
Là" dans l'ombre" une masse" énigmatique" étrange
Monstre en acier' puissant" pourvu d'ailerons courts
Ne ressemblant ce jour" à nul mobile humain
Qui roule pesamment" traverse l'air ou l'eau.
Des hommes près de lui" concentrés" affairés.
Gestes sûrs" bien rodés" pourtant fébrilité.
Remplissage en ergol. Ronronnement des pompes.
Réservoirs pleins - Temps prolongé - Blocage des pompes.
Tests" vérifications" revérifications.
Le monstre lentement" sur la voie glisse' avance.
Là-bas" le pad attend. Les vérins sont parés.
Personne encor ne sait" qu'en cet inconnu lieu
Se joue du genre humain" la spatiale aventure.
Le convoi ralentit" s'immobilise enfin.
Puis nouvelle série" de vérifications.
Lentement" lentement" se dresse la fusée.
Lanceur prêt' disposé - Raccordement des bras.
La voici debout" face" au firmament immense.
Là-haut" à l'intérieur" de sa fragile tête
Le Très-Simple" une sphère" emplie d'azote pur.
Bel oiseau du cosmos" épris d'espace vierge
Qui ne peut s'éployer" dans la basse atmosphère.

Non loin de là" tapi" le centre névralgique
Bathyscaphe terrestre" aérien submersible
Hérissé de capteurs" simulant périscopes.
Des hommes dans la salle" envahie d'appareils.
Doigts frémissants" tremblants" serrés sur les manettes.
Regards fixes rivés" sur le fond des écrans.
Silence religieux" émouvant" absolu.
Chaque instant maintenant" semble une éternité.
Les souffles sont coupés" les gorges sont nouées.
Tension" tension palpable" extrême" insoutenable.
Vivrons-nous le succès" la fierté" la victoire
Subirons-nous l'échec" l'affront" l'humiliation?
Le voyant rouge" horreur" pourrait s'illuminer.
La minuscule erreur" une infime étincelle
Pourraient soudainement" transformer en fumée
Le joyau laborieux" de vingt années d'efforts
Pulvériser le rêve" en triste cauchemar.
L'ordre enfin. Bouton prêt - Dernier laps - Pression. D'un coup
Prodige incroyable" extraordinaire" inouï.
La fusée lentement" s'élève dans l'espace.
Triomphe" intense" immense" irradiant" fulgurant.

*

Mondaine réception - Washington" le Pentagone
Tables garnies" cocktail" apéritif" champagne.
Costumes élégants" nœuds papillons" cravates.
Somités' notabilités' gratin smart' chic.
Dans ce lieu prestigieux" la réunion suprême
Des savants' ingénieurs" directeurs de recherche
Convair" John Médaris" Général de Brigade
Brucker" ministre aux Armées' Wilbur et Von Braun
Whipple" Niel McElroy" ministre à la Défense
Dowdell de l'USN" Rosen du NRL.
Hoower de l'ONR" Schlidt" Heller de l'ABMA
Plaisanteries" bonne humeur" congratulations.
Voici qu'un orateur" s'avance à la tribune.

«Messieurs les Députés" Généraux et Ministres
Chefs de laboratoire" et chefs de Comités
Concepteurs de projets" dirigeants d'entreprises
Grâce votre labeur" à vos brillants travaux
Notre nation détient" suprématie totale
Dans le champ scientifique" et domaine technique.
Nous pourrons amorcer" bientôt par cette avance
La conquête spatiale" avant toute nation...»

Mais au fond de la salle" entre un informateur.
De bouche en bouche alors" au sein de l'assemblée
Se transmet promptement" l'impensable nouvelle.
Stupeur" bouleversement" incrédulité.
«Ne rêvons-nous? Comment" ce peuple retardé
Nous a-t-il rattrapés" nous a-t-il devancés»
«Nous' les Anglo-Saxons" nous qui représentons
Le progrès' la raison" la civilisation
Pourquoi n'avons-nous pas" supplanté la Russie?»
«Peut-il être en ce monde" un rebelle pays
Que le dollar vainqueur" encor n'a pu corrompre?»
«KO" je suis KO" Korolev m'a vaincu»

Les coupes entamées" gisent à moitié vides.
Les groupes d'invités" bientôt se disséminent.

*

L'espace" étendue" sans fond" sans fin" ténébreuse.
Dans le sidéral vide" un point brillant" infime
Voyage sans répit" sans jamais s'épuiser
Tourne" inlassablement" infatigablement.
Si veillait à son bord" un vivant capitaine
Ce que verrait son œil" effaré" stupéfait
Serait" vision grandiose" un prodigieux spectacle
Sous le diffus pallium" de mouvantes nuées
La surface outremer" d'une planète énorme.
Néanmoins' il poursuit" imperturbablement
L'invisible chemin" de sa révolution
De son antenne fend" les courants ionisés
Bravant les tourbillons" d'hélium et de proton
Brisant" réfléchissant" les cosmiques rayons
Les champs électrisés" de la magnétosphère.
Qu'est-il? banal objet" de simplissime tôle
Minuscule mobile" éphémère" égaré
Que ne peut observer" nul puissant télescope.
De son ventre s'échappe" un signal dérisoire
Que le monde affairé" de son vacarme étouffe.
Bip-bip-bip" bip-bip-bip" dit-il péniblement
Bip-bip-bip" bip-bip-bip" dit-il continûment
Pourtant sa faible voix" bouleverse" émerveille
Car il est prime guide" élan prométhéen
Des futurs pas humains" rejoignant les étoiles
Pionnier" intercesseur" initiateur" mentor.
C. C. C. P." S. S. S. R." C. C. C. P.
Rutilent sur la coque" en lettres cyrilliques.
«Gloria" gloria» dit-il" au monde abasourdi
«Voyez ce qu'ont forgé" les hommes de Russie.
Je suis l'émanation" de l'Union Soviétique
L'honneur et la fierté" de ceux qui m'engendrèrent»
C. C. C. P." S. S. S. R." C. C. C. P.
Gloria in excelsis. Gloria" Lux" Victoria.
Gloria tibi Rossia. Gloria tibi Rossia.
C. C. C. P." S. S. S. R." C. C. C. P.
Gloria in excelsis. Gloria" Lux" Victoria.
Gloria tibi Rossia. Gloria tibi Rossia.
C. C. C. P." S. S. S. R." C. C. C. P.
La grâce l'accompagne" écartant de sa route
Le satanique jet" de la météorite.
Le chrême protonique" oint sa tête lustrée.
Son corps est sanctifié" par les noyaux d'hélium.
C. C. C. P." S. S. S. R." C. C. C. P.
Gloria in excelsis. Gloria" Lux" Victoria.
Gloria tibi Rossia. Gloria tibi Rossia.
«Voila la création" d'esclaves humiliés
Jadis aux marchés turcs" de l'ancienne Crimée»
C. C. C. P." S. S. S. R." C. C. C. P.
Gloria in excelsis. Gloria" Lux" Victoria.
Gloria tibi Rossia. Gloria tibi Rossia.
C. C. C. P." S. S. S. R." C. C. C. P.
Gloria in excelsis. Gloria" Lux" Victoria.
Gloria tibi Rossia. Gloria tibi Rossia.
C. C. C. P." S. S. S. R." C. C. C. P.
Gloria in excelsis. Gloria" Lux" Victoria.
Gloria tibi Rossia. Gloria tibi Rossia.
Pour les cerveaux puissants" concepteurs de fusées
Qu'est-elle" analphabète" en son isba modeste
La babouchka vaquant" aux besognes triviales
Qui manie pour compter" son antique boulier?
Qu'est-il" inculte encor" le discret ouvrier
Tout le jour laborant" dans la mine insalubre?
Cependant' jamais las" tous ont produit" fourni
Résolument" courageusement" patiemment
Le gigantesque effort" conduisant au succès.
S. S. S. R." C. C. C. P." S. S. S. R.
Gloria in excelsis. Gloria" Lux" Victoria.
Gloria tibi Rossia. Gloria tibi Rossia.
C. C. C. P." S. S. S. R." C. C. C. P.
Gloria" gloria Gloria" Gloria" Gloria" Gloria.
C. C. C. P." S. S. S. R." C. C. C. P.
Gloria" gloria Gloria" Gloria" Gloria" Gloria.

*

La Russie" paradoxe" énigme inexplicable
Déséquilibre" oxymoron" divagation
Permanente" inconcevable" incompréhensible
Pour l'homme occidental" imprégné de rigueur.
La Russie" déraison" contradiction" délire
Pays des génies fous" des mystiques ardents
Pays de saints" d'athées" de révolutionnaires
D'aristocrates fiers" de parias anarchistes
Capables d'engendrer" le meilleur et le pire.
Tout paraît excessif" impressionnant" grandiose
Dans ce pays sans limite" inhumain" surhumain.

De la Baltique au Nord" de la Mer Noire au Sud
Par le Dniepr" la Volga" partent les premiers Slaves
Qui forment sclavinies" des Balkans à l'Oural.
Voici Kiev élevée" Kiev soumise et reprise.
Dans la faste Byzance" aux dômes flamboyants
Vladimir ébloui" par la pompe orthodoxe
Rejette l'ancien culte" et ses vingt concubines.
Mais Kiev est investie" par les hordes polovtses.
De Novgorod issu" Prince Igor s'interpose.
«J'irai combattre seul" pour terrasser le khan»
Sa droujina l'approuve" et le suit au combat.
Prince Igor a vaincu. Prince Igor est vaincu.
«Prince Igor" las" pourquoi" n'avoir pas attendu?»
«Las" pourquoi restiez-vous" à Sviatoslav mutiques?»
Honte" abomination" voici venus les siècles
D'assujettissement" sous le carcan Tatar.
Souzdal" Riazan" Moscou" tombent l'une après l'autre.
Newsky doit négocier" pour épargner Rostov.
Mais Dimitri Donskoi" défait la Horde d'Or.
Les Infidèles fuient" devant Koulikovo.
La Russie millénaire" émerge lentement.
Rayonnement' éclat" des redoutables tsars
Les Danilovitch" Godounov" les Romanov
Sviatopolk" Ivan" Pierre" Alexis" Catherine.
Luxe provocateur" indécent" tapageur
Peterhof' Palais d'Hiver' Tsarkoïe-Sélo
Pauvreté" misère" indigence" arriération.
Le moujik" du bétail" qu'on achète et qu'on vend.
Le moujik barbu" sale" imbibé de vodka.
L'adipeuse baba" son fichu sur la tête.
Le Verkhovik pénètre" en leur isba de bois
Mais le chaud samovar" accueille l'étranger.
Le vietché" la Douma" timides avancées
De la démocratie" contre l'autocratie
Ne peuvent renverser" l'ancestral atavisme.
La révolte secoue" les boïars qui vacillent.
Les streltsy" Khovanski" Pougatchev et Razine.
Mais voici que survient" l'ombre du Grand Octobre.
L'homme providentiel" à Petrograd se dresse.
«Kamenev" Zinoviev" Chidlovsky" Zaloutsky
Molotov" Kroupskaïa" Raskolnikov" Goutchkov...
L'Heure est venue. L'avenir attend. Levez-vous»
Tout change et rien ne change" au pays des Soviets.
L'éternelle Russie" perdure en ses malheurs.
Société" peuple" État" s'enfoncent dans l'effroi.
Marx nouveau Dieu" Moïse" apparaît en Lénine.
Le Capital s'érige" en moderne Évangile.
Trotski le sacrifié" rejoint Boris et Gleb
Staline potentat" se confond avec Pierre.
Fastes cérémoniaux" des revues militaires
Miment la minutie" du rituel religieux.
Les stations' les couloirs" du Métropolitain
Sont reflet similaire" aux palais impériaux.
La Trinité se change" en centre communiste.
Le smerdy" le moujik" deviennent prolétaires.
Le mir des villageois" est devenu sovkhose.
Le kolkhose poursuit" l'obchtchina des Polianes.
Les décembristes sont" opposants bâillonnés.
Cachots sont devenus" hôpitaux psychiatriques.
Les camps de Sibérie" sont mués en goulag.
Purges du Praesidium" ravivent l'hécatombe
Que perpétrait jadis" l'horrible Opritchnina.
Condamnations" déportations" liquidations
Déciment comme hier" les intelligentsias.
La nouvelle Tchekha mime ancienne Okhrana

Quête et questionnement" Quelle adhésion' concorde
Pourrait nous réunir" quel statut' congruité?
Pouvons-nous échapper" au totalitarisme?
Quel régime convient" à l'instable Russie
Démocratie" ploutocratie" knoutocratie?
Quelle idéologie" quelle philosophie
Slavophilie" socialisme" ou capitalisme?
Faut-il privilégier" l'individu" la masse?
Le peuple est-il noblesse" abjection" déchéance?
Moscou troisième Rome" un jour inclura-t-elle
Son glorieux éponyme" au tympan de l'Histoire?
Notre âme intime est-elle" asiate" européenne?
Pouvons-nous fusionner" l'Orient et l'Occident?
Les dissidents sont-ils" des héros' des parjures
Des martyrs immolés" par le collectivisme
Des renégats que l'Ouest" odieusement exploite?
L'homo sovieticus" est-il un dinosaure?
L'URSS est-elle" immense ratorium
Relique anachronique" ou moderne pionnière?
Sommes-nous demeurés" une erreur du passé
Témoignage fossile" ou préfiguration
D'un radieux avenir" qui vaincra l'Univers?

*

Mais lors de ce grand jour" de gloire et d'héroïsme
Les crimes sont absous" les affronts sont lavés.
Les nations réunies" au firmament louangent
L'humaine volonté" qui força la destin
Pour fixer au cosmos" une étoile nouvelle.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - © Éditions Sol'Air - 2007