PRÉSENTATION GÉNÉRALE DE L'ÉCRITURE EUPHONIQUE

L’écriture euphonique est un concept d'écriture qui recherche la plus grande congruence sur le plan phonique et syntaxique. Elle est particulièrement adaptée à une lecture orale (effective ou intérieure). Ses caractéristiques fondamentales sont les suivantes:

-évitement des cacophonies sur consonnes et voyelles
soir triste (cacophonie en r)
coteau ensoleillé (cacophonie o en)


-pour la prose, évitement des e caducs (e susceptibles de se prononcer ou non) en fin de mot à l’intérieur de la phrase
Une étrange vision brille. (e caduc à la fin du mot étrange)
Il nous est apparu que la seule solution permettant d’éviter les multiples inconvénients de ces e caducs en prose (indétermination de prononciation, accumulation locale gênante…) était de les éviter. En poésie classique, cette restriction ne s’impose pas en raison des contraintes liées à la prosodie qui détermine un rythme spécifique et limite leur nombre.

-obligation des liaisons et évitement des liaisons incongrues
Le goéland d’un coup émerge (liaison p non congruente ou cacophonie en voyelle)

-indication des pauses et inflexions vocales
Concernant les pauses et inflexions vocales à l’intérieur de la phrase, une explication plus détaillée s’avère nécessaire, en particulier sur la signification de la virgule. L’Académie française indique que ce signe signifie pour le lecteur une pause courte.
L’application de cette règle induit en poésie classique des arrêts en contradiction avec les règles prosodiques (intégrité rythmique du vers contrariée notamment). Dans les deux cas, prose et poésie, certaines interfaces apparaissent incompatibles avec une pause. Exemples:
La tanche, amie des étangs, … (élision contrariée entre tanche et amie)
Fiers, ils paradaient… (liaison contrariée sur un pluriel)
Par ailleurs, la pratique montre que les charnières syntaxiques marquées par une virgule peuvent être négociées par le lecteur, soit par une pause courte, soit par une simple inflexion vocale, selon les cas. Pour éviter cette contradiction entre la pratique et la règle, les responsables du Trésor de la langue française (ainsi que quelques autres dictionnaires, l’Office québécois de la langue française…), ont adopté une définition plus souple, selon laquelle la virgule signifie pour le lecteur, non plus une pause obligatoire, mais facultative. Si cette définition correspond effectivement mieux à la pratique courante de la langue écrire, en revanche, d'après nos observations, elle ne semble pas mieux répondre aux exigences d'une euphonie plus poussée. Une lecture intuitive du lecteur ne supprime pas les pauses au niveau des interfaces incompatibles. La fluidité du texte ne semble pas non plus améliorée de manière significative.
Comment résoudre le problème?
Notre solution consiste à indiquer clairement au lecteur par un signe spécifique, d’une part, les charnières syntaxiques qui doivent occasionner une pause, d’autre part, celles qui doivent occasionner une simple inflexion vocale selon une distribution établie par l’auteur de manière convenable. Le signe permettant d’indiquer à l’intérieur de la phrase une pause courte existe, c’est la virgule, telle que définie par l’Académie française, et il convient donc de conserver cette définition. D’autre part, il existe un signe susceptible de signifier au lecteur une inflexion vocale sans nécessairement de pause, c’est la barre simple / (en prose et poésie) et la double barre // (en poésie uniquement), indiquant respectivement une coupe et une césure. Ces signes sont utilisés traditionnellement en analyse prosodique.
Exemple en poésie: l’alexandrin suivant, traditionnellement écrit:
Le congre, ami des flots, au fond du chenal dort.
devient, en adoptant ce principe:
Le congre / ami des flots // au fond du chenal dort.
Et, pour une présentation graphique plus discrète, mieux adaptée au public:
Le congre’ ami des flots” au fond du chenal dort.
En pratique, les signes de la simple et de la double apostrophe peuvent convenir, sans qu’il y ait de confusion en raison de leur emplacement.
Selon cette écriture, le lecteur négociera les charnières syntaxiques notées / et // sans établir de pause, ce qui respectera le balancement de l’alexandrin et évitera les élisions et liaisons contrariées (ici entre congre et ami, entre flots et au).
Exemple d'écriture euphonique en prose:
Ainsi que tout potache’ Evguénia, distraitement’ tapotait sa phablette au fond de l'autobus.
La phrase gagne en fluidité en admettant ici un seul arrêt (après Evguénia) sur une interface convenable cependant que les inflexions vocales suffisent pour séparer les autres charnières syntaxiques (entre potache et Evguénia, entre distraitement et tapotait).
In fine, cette indication des pauses et inflexions vocales respecte la règle fixée par l’Académie et s’inscrit dans la tradition universitaire de l’analyse prosodique. La modification scripturale des signes pour la coupe et la césure est purement une variante graphique comme peut l’être celle des polices de caractères. Par ailleurs, nous avons constaté que le lecteur ne se trouvait nullement dérangé par cette ponctuation, même s’il ne la respecte pas obligatoirement.

-En prose, limitation des syntagmes (portions de texte) entre 2 pauses à 19 syllabes
Cette valeur, que doit respecter l'auteur, est approxivement adaptée à la capacité respiratoire dans les conditions de la lecture déclamatoire.

-évitement des répétitions (participes, prépositions, conjonctions…), sauf structure en série ou symétrie
Il vit le chevreuil qui fuyait sur le chemin qui s’enfonçait dans la forêt. (répétition incongruente de qui)
Il vit les écureuils qui sautaient, les oiseaux qui volaient. (répétition congruente de qui en série)


Pour terminer, précisons que les principes de l’écriture euphonique ne sont nullement destinés à une utilisation pour tous types de texte, mais, de manière restreinte, pour certains textes littéraires à vocation esthétisante.