VERSAILLES

Poème épique de Claude Fernandez évoquant le Jardin du Roi Soleil Louis XIV à Versailles.


Ô grandeur, ô splendeur, ô majesté, Beauté.
Jardin, pensée concrète, hymne à l'Intelligence.
Dématérialisés, désubstantialisés
Les éléments réels, s'élèvent en Idées.
Le végétal devient, dessin géométrique.

Sur le vertugadin, se dressent les topiaires
Comme sur le damier, d'un géant échiquier.
Les boulingrins taillés, sont cônes ou bien sphères
Les buis, ifs palissés, parallélépipèdes
Sur le sol figurant, triangles et rectangles
Qu'enferme le tracé, des allées rectilignes.
La charmille élaguée, forme une broderie
Découpant les carrés, du gazon monotone.
La grotte acclimatée, devient grecque nymphée
L'étang domestiqué, se transforme en plan d'eau.
Pelouse et bassin, pierre, onde, azur, gravillon
Vert et blanc, jaune et bleu, couleurs fondamentales
Que de leur éclat rompt, la teinte des corolles.
Pourrait-il être au monde, une fleur mieux seyante
Pour ce jardin parfait, épris de netteté
Que la sobre tulipe, au port ferme, élégant?
Quel noble matériau, pouvait mieux convenir
Que le marbre sans tache, immuable, éternel
Pour ce rêve Idéal, coulé dans la Matière?
L'insensible pendage, et le nivellement
Sacrifient au bon goût, les effets contrastés
De la déclivité, qui tourmente les sens.
Toute bosse, éminence, arête ou mamelon
Sont aplanis, arasés, puis égalisés
Pour que l'œil ne rencontre, aucune aspérité.
La Nature est domptée, par le paysagiste
La Création confuse, anarchique et touffue
Se trouve maîtrisée, par l'Homme Créateur.
La régularité, soumet la fantaisie.
Le désordre est banni, par l'ordonnancement.
La rectitude unie, soumet plis et méandres.
L'exactitude chasse, indigne imprécision.
Points de fuite, échappée, mire et perspective
Rien ne laisse au regard, loisir d'errer sans but.
L'horizontalité, principe directeur
S'impose en écrasant, la verticalité.
Les statues, les rameaux, troncs, feuilles et pétales
Sont réduits, s'abstrayant, en volume et surface.
L'harmonie règne ici, rompant la dissonance.
Les aplats et méplats, gomment rotondités.
La droite à son concept, assujettit la courbe.
L'art classique abolit, difformités gothiques
Dans sa pure esthétique, aux rigoureux canons.
Rien ne peut échapper, à l'esprit cartésien.
Point d'incertain contour, et point d'asymétrie
Car ici l'on consacre, à Thallès, Pythagore.
Le parterre est figure, axiome et théorème.
La droite est médiatrice, ou bien hypoténuse.
L'obsédant Labyrinthe, est Énigme arbustive
Le complexe énoncé, d'un problème insoluble
Que semblable à Thésée, l'esprit tente de résoudre
Guidé par sa logique, assidu fil d'Ariane
Pour abattre l'Erreur, ce Minotaure abject.
Le bassin, clair miroir, que n'agite nul souffle
Devient pour la conscience, objet de connaissance
Réflexive pensée, de notre ipséité.
Pontos, Hélios, double fécondité, mariage
Du flot et du rayon, du soleil et de l'eau.
Ce lieu ne serait-il, un Olympe nouveau?
Trônant de leurs podiums, voici Latone et Diane
Saturne et Cérès, Flore et Neptune, Apollon.
Dans leurs étroits caissons, voici les orangers
C'est l'Espagne torride, au pays de la brume
Le Canal assagi, dans sa berge sommeille.
Voilà qu'est recréée, Venise en pleine France.
Les massifs chamarrés, sont tapis orientaux.
Nous voici transportés, au fond de la Turquie.
Le parc avoisinant, par successifs degrés
Se fond dans la campagne, à l'horizon lointain.
Le jardin sans limite, approfondit l'espace.
L'univers est enclos, dans son giron sans borne.
Rien d'autre ne saurait, exister hors de lui.
Dans l'axe principal, de l'immense clairière
Le grandiose palais, s'étend comme une gloire.
C'est alors que l'on voit, l'immense baie s'ouvrir.
Des laquais affairés, s'agitent sur le seuil

Car voici que paraît, le grand Louis, Roi Soleil.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - © Éditions Sol'Air - 2007