TARENTIUS VARRON

Poème épique de Claude Fernandez évoquant Caius Tarentius Varron après sa défaîte de Cannes lors de la Seconde Guerre Punique opposant Rome à Carthage.


Dans un bastion ruineux, au-delà du Samnium
Gît un homme en lambeaux, près d'une aigle éraflée.
Son flanc rouge est percé, d'une blessure ouverte
Qui le secoue parfois, de tressaillements brusques.
Plus douloureuse encor, est la profonde plaie
Tourmentant son esprit, accablé pour toujours.

C'est alors qu'il revoit, la funeste bataille.
L'on avait pris le centre, en un combat furieux
Mais les Carthaginois, remplaçant les Gaulois
S'étaient d'un coup rués, contre les manipules
Comme un piège imparable, un étau formidable.
Démunis, paniqués, vélites et triaires
Sont encerclés sur place, et bientôt massacrés.

À l'entrée du bastion, paraît alors un garde.
«Consul, fuyons, je vois, des hommes ceints de toge»
«Que dis-tu? N'as-tu pas honte, insensé? Crois-tu
Que sans vergogne ainsi, j'évite la Justice?
Va, fais signe aux licteurs. Qu'ils prennent leurs faisceaux
Pour trancher sans tarder, la tête d'un coupable
Car je n'ai récolté, que défaite et malheur»

Sur le seuil du bastion, des pas fermes résonnent
Puis des visages secs, dans l'embrasure avancent
Car voici les Patres, gardiens incorruptibles
Des tables conservant, les Douze Lois sacrées.
Pourtant nulle menace, en leurs yeux ne se lit.

«Ave Tarentius, notre ami, sois rassuré
Nous te renouvelons, notre fidélité»

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - Éditions Sol'Air - 2007