L'APPEL DU PAPE URBAIN

Poème épique de Claude Fernandez évoquant l'appel du pape Urbain II aux chevaliers chrétiens pour les inciter à la Première Croisade.


«Vous êtes venus tous, chevaliers et gens d'armes
Dans vos manteaux brillants, vos côtes scintillantes
Vos plastrons flamboyants, vos chausses reluisantes
Le visage réjoui, par vos déprédations
La mine épanouie, las, malgré votre impiété
Mais une autre vision, traverse mon esprit.
Je vois, là, devant moi, des corps déchiquetés
Des croupes lacérées, par le fouet de Satan.
Je vois des hommes nus, torturés, suppliciés
Des faces tourmentées, des regards effrayés.
Voilà ce que serez, quand vous comparaîtrez
Sous l'œil inquisiteur, de l'universel Juge.
Si l'on pouvait remplir, deux urnes gigantesques
Du sang que votre main, versa pendant vos jours
La première absorbant, celle des pieux chrétiens
La seconde étanchant, celui des vils païens
L'une déborderait, quand l'autre serait vide.
Vous n'ignorez pourtant, les malheurs qui nous frappent.
Les Turcs ont investi, le royaume du Christ.
Sans honte ils ont violé, couvents et monastères
Sans vergogne ils ont pris, les châteaux, les cités
Pillé, brûlé, détruit, égorgé, massacré.
Les saints lieux profanés, par l'odieux Sarrasin
Le tombeau de Marie, souillé par l'Infidèle
Pourrait-on supporter, cette abomination?
Le salut de votre âme, exige un sacrifice.
J'absous tous vos péchés, si vous prenez les armes
Contre les ennemis, qui menacent la Foi.
Le Seigneur vous enjoint, de vêtir vos cuirasses.
Vos yeux voient, j'en conviens, mes lèvres se mouvoir
Pourtant ce n'est pas moi, sachez-le, croyez-le
Qui vous tiens ce discours, c'est Dieu qui me le dicte.
C'est lui qui vous le dit, en sa miséricorde
Car il veut éviter, votre condamnation
Car il veut accepter, l'expiation de vos âmes.
Ce n'est point moi qui dit "Libérez des impies
Le sépulcre où gisait, le Fils de l'Homme hier"
Ce n'est point moi qui dit "Punissez les outrages
Qu'inflige l'Infidèle, au Rédempteur divin"
C'est une voix puissante, une voix impérieuse
Me traversant, me transportant, me transcendant.

Là-bas, vous défendrez, la femme et le vieillard
Là-bas vous aiderez, l'opprimé, l'orphelin.
Probité, loyauté, devront guider vos pas
Droiture et tempérance, animer votre épée.
Vous ne répugnerez, à priver de leur vie
Ceux qui n'ont de respect, à l'égard du Sauveur.
Ce n'est pas votre main, qui donnera les coups
Vos lances deviendront, l'instrument du Très-Haut.
Croisés, vous combattrez, pour le Bien, la victoire
De la Vérité, de l'Amour, de la Piété.
Vous étiez les damnés, les maudits, vous serez
Les défenseurs du Christ, les chevaliers du Christ
Ce ne sont des humains, que vous attaquerez
Mais les démons abjects, que le Diable inspira.
Vous les terrasserez, vous les écraserez
Comme l'archange ailé, surpasse le Cornu
Comme le rayon pur, disperse les ténèbres.
Vous êtes valeureux, alors qu'ils sont poltrons
Vous êtes forts, vaillants, alors qu'ils sont chétifs.
Croisés, vos pas vainqueurs, endurant les épreuves
Fouleront ton sol, ô, Jérusalem terrestre.
Vos âmes atteindront, paladins magnanimes
Ton parvis grandiose, ô, Jérusalem céleste.
Là-bas, vous trouverez, félicité, joie, liesse
De l'âme et de la chair. Là-bas, vous trouverez
Sérénité, repos, du corps et de l'esprit.
Vous serez les héros, qui vont à l'aventure.
Vous partirez enviés, respectés, honorés
Bientôt vous reviendrez, adulés, acclamés.
Le faste de l'Orient, sur vous resplendira.
Les femmes subjuguées, viendront baiser vos mains.
Les hommes déférents, à vos pieds tomberont.

Mais ces dons matériels, seront bien négligeables
Comparés au bonheur, de l'Éternelle Vie
Que vous procurera, cet exploit généreux.
Quand vous devrez quitter, le séjour des mortels
Prenant une balance, alors Dieu pèsera
Vos péchés et vertus, vos actes et pensées.
Lors, sur l'un des plateaux, il posera les âmes
Des compagnons chrétiens, qu'hier vous immolâtes
Puis sur l'autre plateau, celles des Infidèles
Que parvint à mater, votre épée vengeresse.
Le rigide fléau, d'un côté penchera.
Saint-Pierre au Paradis, viendra vous accueillir
Sinon c'est Lucifer, qui vous emportera»

«Dieu le veut, Dieu le veut, Dieu le veut, Dieu le veut»
Scandaient tous bruyamment, seigneurs et chevaliers.
Pendant que déclamait, le pontife inspiré
Que s'envolaient au vent, ses religieux propos
Dans leurs bouillants cerveaux, s'épanouissait un rêve
De rapine et de viol, de richesse et de gloire.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - © Éditions Sol'Air - 2007