LE TRIOMPHE DE LA SCIENCE MODERNE

Poème épique de Claude Fernandez évoquant l'Histoire de la science moderne depuis la Renaissance: Mathématiques, Physique, Chimie, Biologie, informatique. Pollution engendrée par le progrès technique...


Depuis qu'un jour naquit, l'humaine société
Les César, les Bismarck, les rois, les empereurs
Sous leurs diktats forgeaient, le futur des nations
Décidaient le destin, des peuples résignés
Mais voici qu'aujourd'hui, le sceptre du pouvoir
Dans leur tremblante main, vacille et s'amenuise
Car de nouveaux héros, au firmament se lèvent.
Triomphe du savant, de l'expert scientifique
Sur l'homme politique, et sur le gestionnaire.
Celui qu'on reléguait, au rôle obscur, sans gloire
Transforme brusquement, l'histoire universelle.
Puis le monde évoluant, vers la technicité
Mobilise, organise, en un vaste réseau
Les universités, et les ressources grises
Diplômes et brevets, cursus et parutions.
L'inassouvie passion, du génial inventeur
Bricolant, solitaire, au fond de son hangar
Se trouve remplacée, dans un laboratoire
Par le commun labeur, des chercheurs anonymes.

Voici que la grande œuvre, apparaît, lumineuse.

*

Un homme se repose, à l'ombre en un verger.
Mais voilà par hasard, qu'une pomme insolente
Malencontreusement, lui tombe sur le crâne.
«Tiens, pourquoi donc ce fruit, n'est-il aux cieux monté?»
Dieu, ce propos n'est-il, divagation de fou?
Newton révèle au monde, interdit, ahuri
L'évidence cachée, qui gouverne les sphères.
Pourquoi d'un profond puits, l'eau ne peut se pomper?
C'est ainsi car Nature, abomine le vide
S'expriment sentencieux, les sages Florentins.
Pascal vient et résout, l'irritante question
Que Torricelli pose, observant le mercure.

Pavie. Que fait cet homme, en son morne atelier?
L'on dirait qu'il empile, ensemble des rondelles
Cuivre et zinc, puis carton, détrempé dans l'acide.
Possède-t-il raison? Pourquoi perd-il son temps
Dans cette occupation, vaine, oiseuse, inutile?
N'est-il pas un maniaque, à l'esprit dérangé?
Pourtant voici que naît, le courant continu.
C'est ainsi que Volta, vient d'inventer la pile.
New-York, la nuit profonde, en ce quartier choisi.
Lorsqu'Edison rabat, le grand commutateur
Soudain, magie, splendeur, tout luit, tout s'illumine.
Fiat Lux, désormais l'Homme, au Créateur s'égale.
Cette énergie se nomme, électricité, fée
Sylphide éblouissante, elfe éclatant, radieux.
C'est elle qui transforme en clarté les ténèbres
C'est elle qui transmet, la force polymorphe.
Puis Coulomb, Guericke, Micholson et Carlisle
Parviennent à dompter, ce fluide énigmatique.
Bientôt, sur la campagne, à travers les vallées
De poteaux en poteaux, pylônes en pylônes
De relais en relais, par ses transformateurs
La voilà connectant, bourgades et villages.
Les colosses de fer, aux épaules trapues
Soutiennent de leurs bras, les fils d'acier portant
La précieuse énergie, de foyer en foyer.
Cette énorme puissance, éclairant des cités
Mouvant grues et tramways, entraînant des moteurs
C'est un infime grain, qui peut la déployer.
Mais comment déceler, ce médium impalpable?
Milikan, repoussant, d'huileuses gouttelettes
Finit par débusquer, le fugace électron.
Le voici capturé, mesuré, soupesé.

Plus subtiles encor, les ondes fluctuantes.
Maxwell, Herz, Marconi, détectent l'invisible.
Transmissions, trains de signaux, télégraphie. Morse
Parvient à recréer, un alphabet sonore.
Diapason, conducteur, électro-aimant. Bell
Devient le promoteur, du premier téléphone.
Bientôt milliers de voix, transitent dans les fils.
D'Amérique on entend, le cousin d'autrefois
Que jamais de sa vie, l'on ne rencontrera.
Puis naît le gramophone, au timbre nasillard.
Sans nul instrumentiste, un violon retentit
Sans gosier une voix, surgit d'un haut-parleur
Sans la moindre chorale, un orphéon résonne.
Comment d'une lamelle, agie par le courant
L'on peut ainsi produire, une conversation?
TSF, émetteur, comment cette influence
Peut-elle traverser, les murs d'une maison?
Plus encor, plus encor, pour maîtriser les ondes
Les capricieux photons, sont guidés, mis en phase.
Le pinceau du laser, cohérente lumière
Crée les virtuels objets, d'un monde imaginaire.
Bientôt comme le son, l'image est transportée
Car voici l'ionoscope, et la télévision.
Vladimir Zworykin, réalise l'écran.
Pour le bien, pour le mal, en tout point sur la Terre
L'on peut voir et comprendre, entendre et comparer
De Varsovie, Moscou, jusqu'à Vladivostok
De Perth, Lima, Berlin, jusqu'à Philadelphie.

Radioactivité, Pierre et Marie Curie.
Dans un fruste appentis, la pointe de la science
L'avenir des nations, l'équilibre du monde.
Röntgen, manipulant, cathodiques rayons
Découvre stupéfait, les os de ses phalanges.
Particules alpha, rayons bêta, gamma.
La désintégration, produit les nucléons.
Rutherford, le noyau, débusqué, disséqué.
L'uranium, or nouveau, de l'âge scientifique.
Mais voici qu'apparaît, mage des temps modernes
Fermi, père, accoucheur, d'un enfant monstrueux
Boule énorme enrobant, la fissile matière.
Le graphite est le frein, le cadmium est la digue
Contenant l'émission, des sauvages neutrons.
Pour sonder en son for, l'antre de la matière
L'on construit sous le sol, des anneaux gigantesques
Cyclotrons, synchrotrons, puis synchrophosotrons.
Les protons sont lancés, dans l'immense tunnel
Dirigés, maîtrisés, par les champs magnétiques.
Les voici projetés, contre leur cible inerte.
Collision formidable, effrayante explosion.
La chambre de Wilson, trahit les particules.
C'est ainsi qu'apparaît, la faune ésotérique
D'entités inconnues, mourant aussitôt nées
Hadrons, leptons, positons, mésons, neutrinos.
L'on observe, agrandies, leurs pirouettes fantasques.
Voici l'antimatière, énigmatique, inverse
Du visible univers, dans lequel nous baignons.

«Tout n'est-il pas rayon?» s'exclame Louis de Broglie.
«Forme corpusculaire, ou forme ondulatoire?»
Le Réel n'est-il pas, objet mathématique?
Ne peut-on le réduire, à la Corde, à l'Anneau?
L'espace et la durée, deviennent paramètres.
Le phénomène est Loi, théorique abstraction.
Schrödinger, triomphant, émet le nouveau dogme.
«La probabilité, soumet les électrons.
L'incertaine présence, est un diffus nuage.
L'on ne peut mesurer, vitesse et position»
«Newton a tout prévu, la Physique est finie»
Clamaient depuis Kepler, mécaniciens classiques
Mais il faut déchanter, revoir les paradigmes.
Voici que Michelson, tente de mesurer
Dans toutes directions, la marche des rayons.
Catastrophe impensable, incroyable désastre.
L'éther n'existe pas. Rien ne vibre au cosmos.
Mais comment dans le vide, une onde se propage?
Mais comment accepter, cette contradiction?
Nous devons tout revoir, la Physique s'écroule.
Si Galilée pouvait, revenir en ce monde
La stupeur saisirait, son esprit incrédule.
C'est alors que s'avance, un prodigieux cerveau
«L'Existence est régie, par les quatre constantes.
J'ai trouvé le sésame, E égale mc deux.
S'interconvertissant, l'Énergie, la Matière
Sont unique entité, seule réalité.
Le Temps n'est qu'illusion, dont se joue la vitesse
La relativité, gouverne l'univers»
La relativité, la théorie quantique
Niels Bohr, Einstein, choc, duel, bataille d'arguments
De fictive expérience, et calcul théorique.
«Vous ne pouvez lever, l'indétermination.
Comment un chat peut-il, être mort et vivant?
Niant causalité, vous rejetez la science»
Langevin courageux, hors des lignes s'engage
«Concevons deux jumeaux, qui donc ont le même âge.
L'un demeure immobile, en restant sur la Terre
Pendant que l'autre au loin, visite le cosmos.
Lorsqu'ils seront tous deux, à nouveau réunis.
L'on ne pourra savoir, lequel sera plus vieux»

Tandis que l'on spécule, et que l'on s'interroge
Dans l'ombre se prépare, une révolution.
Germanium, silicium, les semi-conducteurs
D'un coup sont projetés, sur la scène historique.
Par la photographie, que l'on miniaturise
L'on parvient à graver, le schéma des circuits.
Jonction PN, voici, le transistor, la diode
Se fermant et s'ouvrant, comptant les impulsions.
Porte logique, amplificateur, dénombreur.
Le courant en passant, dans la mémoire active
Par le signal binaire, à chaque bit inscrit
Les deux nombres permis, par l'algèbre de Boole
Zéro, zéro, puis un, puis encor un, zéro...
Voici la star nouvelle, oracle du futur
Le premier computer, le prodigieux ENIAC
Masse énorme occupant, un étage d'immeuble.
Mais voilà détrôné, le vénérable ancêtre.
Le voici devenu, près d'une calculette
Se logeant dans le creux, d'une enfantine main
Le mammouth obsolète, épais et ridicule.
Plus encor performants, et plus microscopiques
Les microprocesseurs, deviennent surpuissants
La mémoire évolue, de clusters en clusters
Disques durs, vingt mégas, cent mégas, cent gigas
Disquette et CD, DVD, clés USB.
Puis les programmateurs, puissants hiérogrammates
Gravent magiquement, leurs signes sibyllins
Cobold, Visual Basic, HTML, C Plus.
Viennent les progiciels, aux multiples fonctions
Le traitement du son, la retouche d'images.
Déjà le DOS n'est plus, Windows sort de ses limbes.
La bataille du soft, fait rage et s'envenime
Le conflit des formats, des standards et langages
Par contrats abusifs, perverses protections.
Gimp contre Photoshop, Word contre Openoffice.
Le nain Linux contraint, le géant Microsoft.
Windows, l'usine à gaz, archaïque, obsolète
Que guettent les virus, conçus par les hackers.
Windows raillé, nargué, Windows haï, honni
Lors qu'outsider, Apple, demeure en embuscade
Sur le marché jetant, son dernier MacOS.
Bill Gates essuie procès, pour déloyal commerce.
L'éternel étudiant, qu'admirait la jeunesse
Devient le millionnaire, indélicat, jaloux.
Maintenant le voici, vilipendé, vomi.
L'homme hier était gai, cordial et sympathique.
Voici qu'un amer pli, se dessine en son front.
Son visage est creusé, par la tenace lutte
Son regard endurci, par les années d'épreuves.
Cependant l'Internet, filant son réseau dense
Réunit les humains, en fraternelle entente.
Puis, d'abord minuscule, une étoile nouvelle
Par ses milliards de liens, de pages indexées
Blogs, pdf et portails, sites et fichiers
Gif, jpeg, png, news, pop-up, topics, chats
Wikis, podcasts, maps, vidéos, forums, widgets...
Monte comme un soleil, à l'horizon du net.
Google, irrésistible, énorme, éblouissant
Qui pâlit de ses feux, l'ancienne informatique.
Le courrier laborieux, devient courriel aisé.
La paperasserie, fastidieuse, indigeste
Qui jadis oppressait, le citoyen soumis
Finit par desserrer, son étreinte abusive.
La pensée libérée, se dématérialise.

Tout cela serait-il, sans les mathématiques
Le conceptuel outil, la truelle virtuelle
Qui permet de bâtir, la cathédrale Science?
Poursuivant les travaux, des antiques savants
Descarte ajoute un signe, à la naissante algèbre.
Leibniz entrevoit, l'infiniment petit.
Calcul différentiel, et trigonométrie
Sinus et cosinus, logarithme, exponentielle
Probabilités, courbe de Gauss, loi normale.
Translation, rotationnel, produit vectoriel...
Chaque opération forge, un nouvel instrument.
Lentement se construit, l'édifice logique.
Lobatchevsky, Rieman, désavouant Euclide
Créent leur géométrie, bizarre, inattendue.
Galois, Kronecker, Jordan, théorie des Groupes
Théorie du chaos, Lorenz abasourdi.
Le papillon pourrait, déclencher un cyclone.
Mandelbrot introduit, l'univers des fractales.
Complexité, hasard, Thom, Ilya Prigogine
S'affrontent sans l'espoir, de réconciliation.
«Rien n'est déterminé» «Dieu ne joue pas aux dés»
La connaissance abdique, et la raison renonce.
L'essai de connaissance, étayé par le Nombre
S'évanouit dans le vague, et l'indéterminé.

*

Pendant que la Physique, établit sa puissance
Pendant qu'elle divague, incertaine et précaire
Sa compagne effacée, discrètement s'impose
Matérielle et terrienne, efficace et pratique
L'inquiétante Chimie, satanique sorcière
Créant le défoliant, aussi bien que l'engrais.
De son tube elle extrait, démoniaques produits
Comme le magicien, d'un chapeau son lapin.
Le mystique alchimiste, intuitif, disparaît
Car voici Lavoisier, qu'anime la rigueur.
«Dans tout corps enfermé, se trouve un phlogistique.
Le métal s'alourdit, en allégeant le gaz
Rien ne se crée, pourtant, rien non plus ne se perd»
Querelle, atome, équivalent? Quelle hypothèse
Pourra trancher le nœud, de la problématique?
Brillant et méthodique, efficace et précis
Canizarro triomphe, humilie Berthelot.
Mole et stockiométrie, nombre d'Avogadro
Tout s'éclaircit enfin, tout devient lumineux.
Les atomes se lient, se délient, s'éparpillent
Par liaison covalente, unique ou bien multiple
CH4, H2O, KMnO4, Mg
C6H12O6, HCl, HCN...
Chlorate de zinc, soude, acide sulfurique
Cyclohexane, éthanol, phosphore, éthylène...
Mendeléïev construit, sa classification.
Voici les éléments, non-métaux et métaux
Néon, sodium, fluor, fer, carbone, azote, iode...
La réaction chimique, est bientôt maîtrisée.
Henri le Chatelier, décrit les équilibres.
L'analyste repousse, au rang des antiquailles
Les vieux indicateurs, aux changeantes couleurs.
Bleu de Bromothymol, et Rouge de Crésol
Jaune d'alizarine, et phénolphtaléine
Se trouvent remplacés, par un seul Phmètre.
Béchers, erlenmeyers, fioles sont relégués.
La pipette a rejoint, la cornue folklorique.
Spectrographie de raie, spectrographie Raman
Révèlent groupements, des chimiques fonctions.
RMN, RPR, indiquent radicaux.
Désirant dépasser, la prodigue Nature
Le chimiste conçoit, de nouveaux composés.
Le pétrole est craqué, distillé, séparé.
La raffinerie dresse, au milieu des campagnes
Les cylindriques tours, de son architecture.
La synthèse produit, les macromolécules
Polyacétylène, et résine époxyde
Le textile acrylique, habille les humains.
Rhovyl, nylon, crylor, concurrencent cotons.
Comme d'un réservoir, inépuisable, immense
La corne d'abondance, épanche ses trésors
Médicaments, parfums, additifs, cosmétiques
Gélifiants, antioxydants, épaississants
Tensioactifs, alcalis, savons, fullarènes
Solvants, liants, détachants, ciments, zéolithes
Vernis, édulcorants, colorants et teintures...

*

L'être vivant, énigme, impossible à résoudre.
Comment sont apparus, les vers sur un cadavre?
Par la putréfaction, le ciron s'élabore.
Création de novo, qui naît spontanément?
Germes préexistants, que l'œil n'a discernés?
Devant l'Académie, sceptique et réfractaire
Le rigoureux Pasteur, démonte une croyance.
Que fait cet animal, pourvu d'un long flagelle
Dans la semence d'homme, ainsi qu'un parasite?
S'interroge étonné, l'ingénu Leeuwenhoek.
L'on comprend la fonction, du spermatozoïde.
Que fait ce moine à Brno, dans ses rangées de pois?
L'homme en les écossant, observe leur couleur.
Pourquoi certains sont-ils, verts et les autres jaunes?
Pourquoi la proportion, de trois quarts et d'un quart?
Le phénotype est-il, reflet du génotype?
La F1, la F2, croisement en retour
Parentaux, recombinés, récessivité
Mendel vient d'éclairer, l'hérédité confuse.
Loi de la pammixie, de la ségrégation.
Vient Morgan découvrant, le support des allèles
Distinguant les marqueurs, au long du chromosome.
La drosophile sert, de cobaye au savant
Mutations curly, cinnabar, white, ebony...
Le secret de la vie, tapi dans le génome.
Watson, Crick, éblouis, décryptent l'ADN
Mais voici le cistron, qui remplace le gène
Suite d'introns, d'exons, que l'opéron commande.
Jacob, Monod, pionniers, découvrent la synthèse
Qui s'élabore au sein, du gel hyaloplasmique
Triplet, codon, messager, puis la migration
L'ARN de transfert, s'accroche et se décroche.
Voici la protéine, édifiée lentement.

Pour les Galapagos, le Beagle appareille.
Sur le pont du bateau, l'on voit un jeune Anglais
Réfléchi, pondéré, songeur, observateur.
Fût-il plus grand savant, depuis l'Antiquité?
Sans jamais affirmer, prudent il s'interroge
«Pourquoi tous ces pinsons, ne sont-ils identiques?
Certains ont un gros bec, pour casser une graine
D'autres ont un bec fin, pour saisir un insecte.
Pourquoi n'auraient-ils pas, un ancêtre commun?»
L'Évolution, Darwin. Le néo-darwinisme.
Sélection, mutation, produisent les espèces.
Rien ne peut infléchir, l'aveugle variation.
Le hasard influe seul, sur toute spéciation.
Le soma, le germen, sont unités sans lien.
Ni la finalité, la téléologie
Ne sont explication, des modifications.
Pauvre Lamarck pensant, que la girafe put
Voir son cou s'allonger, à force de le tendre.
L'Évolution, plus vaste, immense conception
Théorie lumineuse, audacieuse, admirable
Magistrale hypothèse, intégrant le savoir
Plus grandiose aventure, associant tant d'acteurs
Plus formidable essai, de reconstitution
Que put réaliser, l'intelligence humaine
Plus ambitieux projet, plus vaste construction
Mobilisant l'apport, multidisciplinaire
Géomorphologie, paléontologie
Cosmologie, systématique, atomistique
Stratigraphie, cristallographie, tectonique
Dendrochronologie, paléogénétique
Biochimie, zoologie, palynologie
Combinant induction, logique et déduction
Méthode synthétique, analytique approche
L'Évolution, plus vaste, immense conclusion
Plus gigantesque effort, plus étendu labeur
Que jamais entreprit, une communauté
Le raccourci hardi, résumant, décrivant
Quatre milliards d'années, sur toutes biocénoses
Du Pangée primitif, aux continents actuels.
Pour imposer le dogme, établir sa prégnance
Gould, le prédicateur, dénonce pharisiens
Poursuivant, confondant, cliques de faux docteurs.
Mais voici le scandale, égratignant l'idole.
Phalène du bouleau, preuve ou supercherie?
Kettlewell imposteur, photographies truquées.
Darwin est contesté, par l'odieux Kimura.
Darwin, le demi-dieu, le mythique savant
Le grand Maître à penser, l'absolue référence
Pourrait-il vaciller, tomber du piédestal
Patiemment édifié, par tant de biologistes?
Les ingrats fils renient, la parole du Père
La sainte Vérité, qu'énonça leur prophète.
Comment cet Agrostis, put à chaque pylône
S'adapter aussi vite, aux surconcentrations
Du zinc accumulé, par le nocif enduit?
Comment ces bactéries, de glucose privées
Peuvent en quelques jours, se nourrir de lactose.
Le caractère acquis, voici que resurgit
La théorie honnie. Hantise et cauchemar.
«Lyssenko, Lyssenko. Trahison, trahison»
«Vous nous avez trompés, vous nous avez bernés.
La survie des plus forts, n'est que tautologie»
L'Évolution blessée, par la contestation
Plonge dans l'insondable, et dans l'inexplicable.

*

Physique et Biologie, vont ensemble engendrer
Leur fille Médecine, exigeante, incertaine
Qui cependant grandit, se fortifie, s'affirme.
L'analyse établit, dosages et bilans
Sédimentation, transaminase, ionogramme.
La boîte de Pétri, devient anachronique.
L'identification, par la galerie-test
Remplace le support, de l'agar gélifié.
Mallasez et Thoma, sont aïeux d'un autre âge.
Comptages fastidieux, sur lames quadrillées
Sont lointain souvenir, de l'époque héroïque.
L'impédencémétrie, compte les hématies
Mieux qu'un laborantin, s'embrouillant dans les nombres.
Les germes sont bloqués, par les antibiotiques
La bronchite enrayée, par la pénicilline.
La quinine jugule, accès de paludisme.
Par la streptomycine, on vainc tuberculose
Tétanos et charbon, sont alors combattus
Par la vaccination, la sérothérapie.
L'aspirine évacue, la céphalée maudite.
L'analgésique endort, l'intenable souffrance.
L'anxyolique apaise, inquiétude, affliction.
La chirurgie répare, os, cornée, poumons, vaisseaux
Coud, raccorde tendon, peau, séreuse, adventice
Greffe doigt, main, pied, foie, moelle osseuse et cheveux.
Sur un cœur déficient, la valvule est changée.
Voici que l'on supplée, d'une dialyse un rein.
L'on transforme Gorgone, en charmante Psyché
Dont saillit le beau sein, rempli de silicone.
Le médecin vainqueur, peut surpasser la Vie.
Ne pourrait-il bientôt, comme fit Esculape
Dont se plaignit Pluton, désormais sans labeur
Pour nous rendre éternel, soumettre aussi la Mort?

*

La science incontestée, s'impose triomphante
Mais voici qu'apparaît, son visage occulté.
Les pollutions partout, dégradent la Nature.
L'Humanité se meurt, en ses propres déchets.
Dans l'impure atmosphère, envahie de fumées
Le soufre s'accumule, attaquant les muqueuses
Dégradant monuments, fragilisant les arbres.
La nappe phréatique, est chargée de nitrates.
L'eau du lac est troublée, par l'eutrophisation.
Le sac abandonné, dans les branches s'agrippe.
Mais comment dégrader, ces millions d'emballages?
Fierté du conducteur, la vive automobile
Qui filait, conquérante, au long des autoroutes
Devient la triste épave, encombrante et gênante.
Dans l'assiette un cocktail, de composés chimiques.
Le cyclamate est sucre, engendrant les tumeurs.
Ce bonbon rouge vif, qui présente au bambin
La couleur de la fraise, et le goût de la fraise
La forme de la fraise, et l'aspect de la fraise
Ne contient cependant, pas une once de fraise.
Le mets appétissant, le succulent breuvage
Sont létale potion, cancérigène agent
Plus que ciguë versée, par Locuste ou Borgia.
Déchets, haillons, tessons, bidons, pots, containers
La hideuse décharge, exhibe indécemment
Sa répugnante ordure, à l'odeur méphitique.
Le ruisseau pur, limpide, entre les rocs fluant
Devient rouge, imprégné, de chlorure et de cuivre.
Minamata, Japon, le dimétylmercure
Se transmet en suivant, la chaîne alimentaire.
Celui qui l'a produit, bientôt l'absorbe et meurt.
Dioxine à Seveso, foudroyante agonie.
Tous ces morts sacrifiés, n'ont aucune importance
Quand un holding puissant, conforte son profit.
Torrey-Canyon, Amoco Cadix, Erika
Blonds rivages se muent, en marais du Léthé.
L'immaculée mouette, en spectre noir se change.
Le sterne mazouté, bat de l'aile, impuissant
Puis s'écroule asphyxié, dans la visqueuse boue.
Le minuscule atome, inquiète les États.
Devant l'Homme se dresse, effroyable, effrayant
Le terrible danger, de l'hiver nucléaire.
Le surgénérateur, est pour tous une aubaine
Mais comment retraiter, ces dangereux déchets?
Qu'importe, envoyons-les, vers les pays lointains.
Mais voici Tchernobyl, secouant les consciences.
La Terre est menacée, par les hydrocarbures.
Le carbone excessif, absorbe les rayons
Dilate l'océan, réchauffe l'atmosphère.
Le pôle s'amincit, et le Gulf Stream s'épuise.

Mais Ralph Nader se lève, accuse l'industrie.
Qu'est-il face à l'argent, des groupes financiers?
Minuscule avocat, devant les puissants trusts.
«Comment éliminer, ce gêneur malséant
Nous privant d'encaisser, toujours plus nos dollars?»
Cette nouvelle usine, embauche un ouvrier
L'idéal travailleur, qui jamais ne se plaint
Qui sans répit travaille, et jamais n'est payé.
Quand il est trop âgé, sans remords on le jette
Car nul cœur ne palpite, en son corps métallique.
Point il n'est syndiqué, point il ne se rebelle.
C'est ainsi qu'un robot, remplace un ouvrier
Mais qui pourra payer, le produit fabriqué?
Le progrès triomphant, engendre le marasme.
La course à l'armement, se nourrit de recherche
Rampes de lancement, fusées pour les ogives.
La prolifération, des armes stratégiques
Menace d'allumer, un conflit général.
Variole disparaît, mais apparaît sida.
L'encéphalopathie, se loge en nos cerveaux.
L'Humanité se noie, dans la cybernétique.
L'Internet en sa toile, emprisonne le Monde
Pieuvre tentaculaire, enserrant les humains.
Le courriel est pourriel, qu'injecte le spammer
Tandis qu'indiscrets blogs, répandent commérages.
Les jeunes sont drogués, par les jeux vidéos
Sans répit abreuvés, de sanglants téléfilms.
Le realityshow, confine au voyeurisme
Le pouvoir médical, soumet l'individu
La biodiversité, diminue, s'appauvrit
Car une seule espèce, effrontément prospère.

L'Homme désemparé, clairement ne sait plus
Si la Science est bienfait, ou bien calamité
Si l'avenir du Monde, est rêve ou cauchemar.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - © Éditions Sol'Air - 2007