LA TERRE

Poème épique de Claude Ferrandeix évoquant la formation de la planète Terre, les phénomènes de la géologie, volcanisme, érosion, métamorphisme.


Tout semblait ténébreux' et l’on ne distinguait...
Ni l’aube du couchant' ni le jour de la nuit.
Les couches des nuées' formidables chaos
S’entassaient' déferlaient' sur d’orageux amas
Fantastique édifice' ébranlé' secoué
Brisé par le tonnerre' en terrible fracas
Tailladé par la foudre' en lézardes brillantes.
Puis les célestes pans' s’étiraient' s’écroulaient
S’épanchaient brusquement' en gigantesques trombes.
De partout surgissaient' les boules enflammées
Qui tombaient dans la mer' s’éteignaient' bouillonnantes.
Les éclairs sans répit' irradiaient les cieux noirs
D’une lumière intense' épouvantable' étrange.

La diluvienne ondée' s’abattait sur la Terre.

L’on ne distinguait pas' le roc du flot' de l’air.
Tout semblait diffus' confus' mobile et mouvant.
La Matière évoluait' multiforme Protée.
Les éléments fondus' n’étaient pas séparés.
Les brouillards saturés' de méthane et propane
Se mêlaient aux vapeurs' d’ammoniaque et d’azote.
Les cyclones furieux' fendaient la stratosphère.
Les ioniques maelströms' ceinturaient l’atmosphère
Jaillissements spatiaux' flux intersidéraux
Par le champ magnétique' attirés vers les pôles
Comme des moucherons' à jamais prisonniers
Dans le piège fatal' d’une toile invisible.
Sur le morne désert' de l’océan sans bord
Des chatoiements' irisations' fluorescences
Reluisent vaguement' s’irradient' resplendissent
Rocheuses concrétions' de la nuit sans rayons
Macles et cristaux purs' dans la roche incrustés
Grenat' zircon' jais' béryl' augite' épidote
Filons illuminant' la Terre imbibée d’eau
Comme un géant bijou' de la chaste planète.

C’est ainsi qu’émergeait' le premier continent.

Mais à peine exondée' la croûte est fragmentée.
Les monstrueux volcans' s’épanchent sur le sol
Furoncles tuméfiés' d’une peau scrofuleuse
Déversant' répandant' comme infecte sanie
Leurs cônes scoriacés' leur déluge lavique.
Sans répit ils grondaient' pareils à des cyclopes
Rageaient' vociféraient' tonnaient' tonitruaient
Menaçant les cieux noirs' de leur œil cramoisi.
Puissamment ils broyaient' dans leur gueule béante
Les magmas cinéfiés' de verre et microlithes
Régirgitaient' bavaient' de leur gorge flambante
La basanite noire' ou la grise andésite.
Roche désagrégée' de ces bouches en transe
Crachant' soufflant' éructant' météorisant
La ponce égratignait' leurs écumeuses lèvres.
Dans les antres secrets' de la Terre en démence
Les minéraux fondaient' puis se cristallisaient
Hornblende et péridot' plagioclase' amphibole
Muscovite et baryte' anorthite et biotite
Projetés violemment' au fond des cheminées.
L’astre s’époumonait' transpirait' vomissait.
Les fentes s’ouvraient' s’allongeaient' s’élargissaient
Plaies d’où sourdait' hideuse' une humeur bouillonnante
Qui s’écoulait' coagulait' se pétrifiait.
Les horsts' les necks aigus' hérissaient une aigrette.
Les dômes élevaient' leur masse trachytique
Se volatilisant' en ardentes nuées...
Cependant qu’avortaient' les profonds laccolithes.
Partout l’onde et le feu' s’épanchaient' s’imprégnaient.
Le froid glacier croisait' l’incandescente cheire.
Les cascades sombraient' au fond des caldeiras
S’évaporaient' giclaient' sur la roche en fusion.
Les vapeurs des geysers' dissolvaient' mêlaient
Fumerolles soufrées' mofettes méthanées.
La bruine s’abattait' sur la cendre fumante.
La brume se mêlait' aux jets des solfatares.
La cinérite blanche' en neige volcanique
S’accumulait au sol' des épaisses planèzes.
Tels grêlons embrasés' pleuvaient les ignimbrites.
Bombes et lapillis' éjectés brusquement
Dessinaient dans le ciel' de vives paraboles.
De limoneux lahars' et des brèches clastiques
Se frayaient un chemin' parmi les pouzzolanes.
Versant leur pépérite' en lourds pillow-lavas
De lentes éruptions' perforaient les abysses
Déclenchaint des marées' qui s’attaquaient aux rives.
Le continent fragile' ainsi qu’une coquille
Se brisait en fragments' gigantesques radeaux
Surnageant' dérivant' sur la mer du magma.
Par les rift écartés' le tapis lent des plaques
Subissait la subduction' dans les fosses profondes
S’étirant' s’enfonçant' en fluide asthénosphère.
Le tectonique effort' le choc des batholithes
Rompaient vallées' sommets' en déchirant le sol.
brusquement surgissaient' puis sombraient les massifs.
Les sierras dentelées' éployaient leur échine
Surélevant leurs pics' apophyses géantes.
Les failles s’allongeaient' cisaillaient le rocher
Rehaussant un plateau' surbaissant une plaine.
Puis déclenchés au fond' du sial et du sima
Par discontinuités' réfléchissant leurs ondes
Les séismes brutaux' propageaient leurs secousses.

Le déluge sans fin' submergeait la surface.
Là naissait une source' et là mourait un fleuve
D’un mont surgi soudain' le jour suivant détruit
Pour toujours disparu' dans l’insondable gouffre.
L’érosion lente et sûre' exécutait sa tâche
Vermine sans repos' implacable' insatiable
Soumettant' corrodant' les géants granitiques.
L’eau scindait patiemment' les réseaux cristallins
Dissolvait la silice' et clivait les micas.
L’infiltration forait' les dolines et combes.
Les cascades et rus' déboulaient dans les vaux
Découpaient des lapiez' écartaient les diaclases
Perforaient les vallées' creusaient vallons' canyons.
Les torrents déchaînés' sombraient dans les avens
Serpentaient sous le sol' en un profond boyau.
De leur fin carbonate' ils construisaient ainsi
De fabuleux palais' aux fantastiques salles
Parées de hauts piliers' calcitiques tentures
Stalagmites montants' et tombants stalagtites.
Le hasard engendrait' sans nulle utilité
Ces merveilles enfouies' jusqu’à la fin des mondes.
Grain par grain' dépôt sur dépôt' strate par strate
Les sédiments croulaient' dans les fosses profondes
Superposés' lités' en épaisseurs multiples
Qu’à nouveau soulevait' l’orogénèse intense.
Les terrains lentement' s’étiraient' se bossuaient.
Par hasard naît un pli... qui se tord en flexure.
Puis là s’affaisse un môle' en nappe de charriage.
La croûte se pliait' sous le poids minéral
Se brisait en graben' s’élargissait en mer.
Le calcaire enserré' par la chaleur fondu
Plongeait dans le magma' puis affleurait en marbre.
Lors métamorphisée' l’argile sous pression
Devenait schiste et gneiss' pour finir migmatite.

Ainsi le temps passait' inexorablement
Seconde par seconde' année' siècle par siècle
Détruisant' construisant' les chaînes et massifs
Reconstitués cent fois' cent fois décomposés.

Furieuse et déchaînée' la force tellurique
Manifestait sans frein' sa vigueur formidable
Sans limite créait' ses formes innombrables
Triomphe souverain' de l’Énergie première
Du jaillissement brut' violent' démesuré.
Pouvoir des éléments' puissance naturelle
Qui sans raison forgeaient' leur grande œuvre éphémère
Dans l’Absence infinie' de l’Espace immuable.

Et partout le désert' la nudité partout
Qui recouvrait le sol' du globe désolé.
Ni ver et ni ciron' nul arbre et nul herbage.
Pas une algue ondoyant' au sein des mers limpides.
Pas un lichen fixé' dans les vierges rochers.
Nul être là pour voir' ce fabuleux spectacle
Grandiose apocalypse' immense cataclysme.
Nulle oreille pour ouïr' l’assourdissant vacarme
Le choc des continents' l’éruption des volcans.
Nul regard pour sonder' obscurité' lumière
Le fond noir de l’abîme' et le pic blanc du mont
Les ténèbres des nues' le rougeoiement des laves.

Mais là dans l’onde glauque' au sein de l’océan
Dans la vase et la boue' dans les écueils' le sable
Dans les condensations' dans les émanations
Dans l’acide et les sels' parmi les anhydrides
Par les vapeurs nourrie' la foudre fécondée
Formant coacervats' générant sphéroplastes
Le ferment de la Vie' palpitait' silencieux.

La Saga de l'Univers - Claude Ferrandeix Éditions Sol'Air
© Éditions Sol'Air - 2007 - ISBN 978-2-35421-001-4
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