SYNODE À SAINTE-SOPHIE

Poème épique de Claude Fernandez évoquant dans le mode burlesque les conflits religieux à Byzance lors d'un Synode.


«Dieu n'a rien d'amissible, et n'a rien de muable
Car il est aphatos, anescereuniétos.
Nulle icône sacrée, ne peut le circonscrire.
Lors, Jésus-Christ de même, est askématistos
Car le Fils est divin, se confondant au Père
Consubstantiellement, hypostatiquement.
La matérielle forme, induit une apparence
Que l'orant abusé, confond avec le Verbe.
L'icône fallacieuse, éloigne le chrétien
De la Foi véridique, et du pur mysticisme.
Nul marbre et nul argent, nulle pourpre ou dorure
Ne peuvent témoigner, de piété religieuse.
La Matière est Satan, l'impure émanation
Remontée des Enfers, afin de souiller l'Homme.
Volumes et couleurs, sont trompeuse illusion
Masquant sous l'oripeau, l'essentielle Nature.
Le discours n'est la bouche, écarlate et pulpeuse
L'Âme ne se confond, avec le corps impur.
L'on ne saurait ainsi, le peindre ou le sculpter»

«Jésus, vous le savez, fut matérielle chair
Car le Verbe fut corps, yeux, cheveux, bras et jambes.
Le discours serait-il, sans la bouche mobile?
Christ n'est aoratos, il est skématistos
Car s'il vint en ce monde, à l'image d'un homme
C'est pour qu'on l'entendît, qu'on le vît, le touchât.
Dieu miséricordieux, ne voulut que son Fils
Ne fut vaporeux spectre, invisible nuée.
Le sensible croyant, pourrait-il vénérer
Sans nul intercesseur, de couleur ou de forme
L'ineffable divin, que l'on ne peut connaître?
Du Christ pantocrator, souverain, magnifique
Perpétuer l'icône, incombe aux religieux
Pour que triomphe ainsi, la Vierge et son enfant»
«L'hostie chez vous prend goût, d'ocre et de vermillon.
Pour vous Jésus n'est-il, que bêlant animal?
Qui baise l'outremer, commet un sacrilège.
Qui révère une image, est ignoble idolâtre»
«Pour vous Jésus n'est-il, que souffle inconsistant?
Qui méprise l'Agneau, déprécie le Seigneur.
Qui piétine l'image, insulte Jéhova»
«Ne serrez cette Bible, à vos idées contraire»
«Ne citez l'Évangile, hommage au Fils divin»
«Jetez ce crucifix, dont vous n'êtes pas digne
Puisque vous en reniez, la représentation»

«Arius, Arius, Arius» «Nestorius, Nestorius»
«Traître, infidèle, impie» «Mécréant, hérésiarque»
«Vous blasphémez Jésus» «Vous reniez le Très-Haut»
«Serviteur du Saint-Siège» «Valet de Mahomet»
«Retirez, je vous prie, vos propos malveillants»
«Retirez, je vous prie, vos propos diffamants»
«Païen» «Suppôt d'Allah» «Païen» «Suppôt d'Allah»
«Vos raisonnements creux, sont vaine éructation»
«Vos arguments sont pets, empestant l'atmosphère»
«Votre bouche est anus, déféquant des étrons»
«Votre langue évacue, diarrhée malodorante»
«Ne tirez pas ma barbe» «Relâchez mes cheveux»

Synode interrompu. Bataille générale.
Coups de poings, coups de pieds, allègrement s'échangent
Délectables jurons, délicates injures
Sont généreusement, distribués à tous.
L'insulte s'abat drue, comme une giboulée
Crachats sont déversés, comme averse orageuse.
Les gardes médusés, viennent pour séparer
Les pieux représentants, du Seigneur sur la Terre.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - © Éditions Sol'Air - 2007