LE SONGE DE L’EMPEREUR FERDINAND II

Poème épique de Claude Fernandez évoquant la prémonition de la guerre de Trente ans au travers d'un songe de l'empereur Ferdinand II du Saint-Empire romain-germanique..


Après son élection, par la diète d’Empire
Ferdinand de Habsbourg, prince héritier régnant
Sur la Maison d’Autriche, et le fief de Hongrie
Fut la nuit visité, par un funeste songe.

Dans son esprit il vit, un radieux paysage
De prodigues prairies, fertiles potagers
Parmi burgs opulents, et manoirs somptueux.
Du Sud au Nord partout, l’humaine activité
Générait harmonie, paix, concorde, unité
Si bien que l’on eût dit, revenue sur la Terre
L’époque de Cronos, et des hommes en or
Dépeinte par Hésiode, en ses vers dactyliques.
Sinon ce fut alors, en ce lieu recréé
Le verger luxuriant, de Pomone et Vertumne
Le fabuleux Jardin, qu’habite l’Hespéride.

Mais brusquement parut, un ouragan furieux
Qui charriait son essaim, d’arquebusiers, piquiers
Dévastant, pillant, brûlant, violant, massacrant.
D’abominables cris, s’échappaient des gosiers
Le boulet arrachait, les têtes et les membres.
La balle déchirait, les vulnérables chairs.
L’estrapade brisait, poitrines et poignets.
Les arbres se changeaient, en potence et gibet
Portant difformes corps, tels de monstrueux fruits.
Les piquets devenaient, poteaux d’exécution.

L’Empereur terrassé, par l’horrible présage
Sur le sol ravagé, du morne paysage
Trente fois vit passer, les étés, les hivers
Sans que ne s’affaiblît, cet horrible carnage.
Trente fois devant lui, revint le Nouvel An
Sans que ne s’arrêtât, cet immonde fléau.

Plus rien ne subsistait, qu’un désert uniforme
Recouvert par la ruine, et jonché de cadavres.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Dépôt légal électronique BNF - 2014