LE SAMPO

Poème épique de Claude Fernandez évoquant d'une manière burlesque les héros de l'épopée finnoise: le Kalevala partis à la recherche du sampo.


«Vous tous oyez, oyez, car advint grand malheur.
Venez de Sariola, venez de Tapiola
De la taïga, des marais, de la toundra.
Je suis parti là-bas, au pays de Pojha
Pour la trop jolie fille, attirant mes regards.
Voilà ce que je fis, soyez-en bien témoin.
J'ai forgé le sampo, j'ai sué, besogné.
Voilà ce que je fis, au pays de Pojha.
Pour mon travail ardu, point ne fus gratifié.
Le sampo disparut, au pays de Pojha.
Tous oyez, oyez-moi, car échoit grand malheur.
Venez de Sariola, venez de Tapiola
De la taïga, des marais, de la toundra.
Peuple de Kaleva, peuple de Carélie
Partons laver l'affront, partons livrer bataille
Holà, tous, ramenons, le sampo jusqu'à nous»
Le fabre Ilmarinen, ainsi clama ces mots.
Lemminka, le cœur fol, à ces mots applaudit.
Voïnamoïnen, de même s'en émeut.
Le fabre Ilmarinen, par ces mots l'interpelle.
«Voïnamoïnen, vieux fainéant, lève-toi.
Réveille ta carcasse, il nous faut naviguer.
Voïnamoïnen, travaille à ton radoub.
Vieux roublard impotent, va quérir une hache.
Marin piteux, prends soin, de ton piètre navire.
Qu'il ne prenne pas l'eau, qu'il ne s'abîme au fond.
Replace le bordage, et remplace la quille.
Remets le gouvernail, et replante le mât.
Calfate bien le pont, recloue bien les membrures.
Qu'il nous transporte au loin, vers le champ de bataille»
Voïnamoïnen, tandis qu'il dit s' affaire
Voïnamoïnen, tandis qu'il dit s'active
Replace le bordage, et remplace la quille
Remets le gouvernail, et replante le mât
Calfate bien le pont, recloue bien les membrures.
Voici prêt le bateau, voici prête la voile.
«N'avons point maintenant, d'armes pour attaquer
Dit Lemminkaïnen, le cœur fol, amoureux.
N'avons point boucliers, n'avons point javelots»
Dès qu'il eût dit ces mots, le fabre Ilmarinen
Dans ses puissantes mains, saisit pince et marteau
Puis il tord, puis il fond, puis il bat, puis il frappe.
Voici qu'il a forgé, les tranchantes épées
Voici qu'il a forgé, les épaisses cuirasses
Voici qu'il a forgé, les solides jambières.
Puis il dit «Lemminkaïnen, ô, fanfaron
Bonimenteur, bravache, ô coureur de jupons
Réveille ta valeur, il nous faut guerroyer.
Par le mitan brandis, ta lance étincelante
Par la guiche suspends, ton bouclier bien rond
Par la garde secoue, ton glaive à lame fine»
Point ne se fait prier, le héros valeureux.
Par le mitan brandit, sa lance étincelante
Par la guiche suspend, son bouclier bien rond
Par la garde secoue, son glaive à lame fine.
«Suivez tous, venez tous, enfants de Carélie.
Filles de Pojhola, mes genoux baiseront
Filles de Pojhola, de pleurs me couvriront
Car je suis meilleur preux, de tout Kalevala.
Guerriers de Pojhola, moineaux pusillanimes
Gorets ventripotents, couards, poltronnes brebis
Guerriers de Pojhola, tremblez car nous voici.
Le magique sampo, bientôt sera pour nous»

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - © Éditions Sol'Air - 2007