PÉRICLÈS

Poème épique de Claude Ferrandeix évoquant Périclès harrangué par la sœur du Cimon à Athènes, Grèce antique.


Un matin Périclès' au jour de l’assemblée
Se dirigeait' heureux' vers la Pnyx élevée.
Les citoyens pressés' pour n’être pas marqués
Par l’irascible scythe' aux cordes vermillon
Pourtant le saluaient' avec ostentation
Car nul homme public' mieux que lui par sa verve
Du peuple n’a gagné' la considération
Car nul autant que lui' n’a grandi la Cité.

Il avait su flatter' l’orgueil des Athéniens
Par d’éloquents discours' à défaut de bravoure
Zélé pour le Conseil' plus que pour le combat
Plus habile à manier' verbe plutôt que glaive.
Par l’or achéménide' il soudoie la Pythie
Substitue la monnaie' dans les villes conquises
Par l’inpérieuse drachme' à l’effigie de chouette.
Sans vergogne il avait' dès la mort de Cimon
Frappé de l’ostracisme' Aristide et ses pairs
Dans la magistrature' aux sommet de l’armée
Démis un oligarque' et mis un démocrate
Sur le Pont à Sinope' au-delà des Cyclades
Sans remords implanté' colonies et clérouques
Chassé loin de Chalcis' les fils des hippobotes.
Bafouant tous les traités' sans regret il avait
Brutalement dissout' le Conseil de Corinthe
Pour saisir le Trésor' des Alliés panhellènes.
Puis il pilla Samos' jusqu’au dernier vestige
Massacra sans pitié' les fils des Achéens
Lâchement asservit' l’enfant comme la femme.
Cet exploit triomphal' aussi haut le grandit
Que le Sage Solon' même plus que Cécrops.
L’Atride mit dix ans' pour s’emparer d’Ilion
Périclès mit dix mois' afin d’éliminer
Des plus braves Ioniens' la cité prestigieuse.

Dans le Scambonidaï' précédant son esclave
Crânement il marchait' plein d’assurance' heureux
De s’être sacrifié' pour la commune cause.

Rien ne pourrait alors' détourner sa patrie
De son hégémonie' sur tous les Grecs soumis.
Le conflit de Corcyre' est un petit nuage
Dans l’éther lumineux' où va monter sa gloire.
Sans nefs' Lacédémone' est bientôt condamnée
Désormais prisonnière' en sa terre infertile
Cependant que l’Attique' est submergée de blé.
Voici maintenant l’heure' où victorieuse Athènes
De sa vieille rivale' étouffera la force
Comme Héraklès un jour' fit aux sinistres pythons
Que la jalouse Héra' pour l’occire envoya.
Devant lui tomberont' les bouleutes vaincus
Tenant l’eirésioné' dans leurs mains suppliantes
Car la sage Écclésia' qu’ont bernée ses promesses
Pour une fois de plus' octroiera sa confiance.

Devant l’Aréopage' il apercevait presque
L’hémicycle où bientôt' le front couvert de myrte
Sous les vivats nourris' superbe il clamerait...
Lorsque d’une encoignure' une femme apparut
Douloureuse et tragique' en sa himation blanche.
Son visage hagard' dans sa pâleur exsangue
Montrait qu’un grand malheur' venait de la frapper.
La voyant' l’on eût dit' l’Euménide en courroux
Vivante apparition' de la fatale Moire
Venue là condamner' les coupables mortels.
Violemment agitée' d’une impérieuse haine
Vers le stratège fier' sans peur elle avança.
«Périclès es-tu sûr' d’avoir hausser la Grèce
Lorsque tu réduisis' les villes des Ioniens?
Les hoplites hardis' sauveurs de la patrie
Que le noble Cimon' frère pour moi si cher
Commandait victorieux' au champ de Marathon
Jadis avaient battu' les tyranniques Mèdes.
Ceux que férocement' tu plonges dans l’Erèbe
Pour enchaîner des Grecs' perdent la vie sans gloire.
C’est assurément digne' et tu peux t’encenser»
D’un geste elle montra' la nouvelle Acropole
D’où l’on voyait briller' Athéna Promachos
«Crois-tu qu’elle est ravie' par tes opulents dons
Bassement arrachés' de la riche Samos?»
Vers le soleil couchant' elle tendit son doigt
Pour montrer la cité' que baigne l’Eurotas
Ville grandie' bâtie' par douleurs' sacrifices.
«Prends garde si lassée' par tes iniquités
La Vierge courroucée' ne puisse préférer
Le modeste peplos' que lui tissent là-bas
Les filles dévouées' de l’intègre Lycurgue»

Périclès' de ce jour' demeura taciturne.
Lorsque sur la tribune' il montait face au peuple
Ses propos de victoire' en sa bouche hésitante
Lugubrement sonnaient' tels présages funestes.

La Saga de l’Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol’Air - © Éditions Sol’Air - 2007