QUAND LES HUMAINS SE VIRTUALISÈRENT

Récit science-fiction par Claude Fernandez

PRÉSENTATION

Quelles improbables ou inévitables limites le phénomène de virtualisation pourrait-il atteindre? La visio-conférence et le casque à réalité virtuelle augmentée nous en suggèrent aujourd'hui l'ébauche. Descente au fond de l'enfer cybernétique ou bien élévation vers le Monde pur de l'Essence? Chacun peut prêter une signification, négative ou positive, à cette évolution. L'auteur en illustre les principaux aspects au travers d'un récit alternant description et réflexion: l'évocation d'une étudiante et d'un lycéen dans quelques décennies.

Science-fiction, récit, prospective, virtualisation, informatique


Ainsi que tout potache, Evguenia tapotait machinalement sa phablette au fond de l’autobus la ramenant chez elle après sa journée de classe. Par la baie du véhicule, autour, ici, là-bas, sur la voie, sur les trottoirs, dans chaque automobile ou magasin, bar, agence ou restaurant, l’on pouvait surprendre ainsi de nombreux citadins, l’œil sur un appareil connecté. L’un communiquait par message, SMS, MMS ou vocalement, l’autre étudiait par GPS un itinéraire affiché, l’autre encor, d’un clic, payait un article ou bien en recherchait la référence... La ville entière ainsi paraissait conditionnée par les octets virtuels de ce magique objet, plus miraculeux que l’attribut d’Aladin, sa lampe exauçant tous les désirs. Tel Protée, polyvalent, tour à tour il pouvait se métamorphoser aussi bien en téléphone ou livre, en calepin, chéquier, porte-monnaie, carte identitaire ou bancaire, en calculette ou correcteur, convertisseur, en torche, appareil photographique, en grimoire ou miroir, loupe et boussole, en audio-lecteur, icono-lecteur et vidéo-lecteur, mappemonde et planisphère, encyclopédie, scrutateur et vérificateur digital ou choroïdien, caméscope, annuaire ou calendrier, chronomètre ou montre et magnétophone, en dictionnaire, analyseur environnemental, physiologique… Rien, semble-t-il, n’aurait pu freiner l’envahissement par ces médiums omnipotents. Leur puissance infinie signait modernité, progrès, consécration de la génération nouvelle, activiste, irrésistiblement dynamique. Depuis cet avènement, les humains se trouvaient libérés de la contrainte imposée jadis par l’ordinateur encombrant, ce lourd mastodonte. Le mobile ainsi représentait la finesse éliminant l’obésité, la souplesse éradiquant la rigidité, la miniaturisation triomphant de l’énormité. Bref, il était le futur balayant le passé.

Mais alors qu’Evguenia compulsait distraitement le contenu de sa boîte électronique, un bandeau l’apostropha: Profitez bien de vos adulés portables. Tous bientôt seront démodés, smartphone aussi bien que bracelet connecté, montre ou lunettes... Bientôt, le mobile invaincu sera devenu ringard. L’avenir, c’est la station domestique. L’icône exhibait le portrait singulier du vidéaste, un grand-père à l’expression vaguement cynique et malicieuse. «Quel ouf!» se dit Evguenia, puis elle éteignit l’appareil, le fourra dans sa bauge avachie car l’autobus arrivait.

***

Cependant, parvenue dans sa chambre, invinciblement, la collégienne empressée, de sa bauge extirpa son portable afin d’écouter la vidéo si bizarre. L’aïeul se profila sur l’écran plat. Quoiqu’il arborât sa perruque aux cheveux roux ébouriffés, qu’il se fût habillé d”un sur-polo flashy rouge et vert, ses mains tremblotant, son maintien fragile et sa voix chevrotant, sans peine, identifiaient un grand âge. Signe encor plus accusé de ce décalage, avec sa main gauche il triturait, manie de lycéenne aujourd’hui, le pendillant ourlet de sa manche excessivement longue. Son visage apparaissait botoxé, déformé par les opérations de liftings intégrant tenseurs, volumateurs, blépharoplasties, lipoaspirations, lesquels à défaut de le rajeunir, l’avaient amoché. L’essentiel n’était-il pas de camoufler sa vieillesse avancée, fût-ce en occasionnant un surcroît de laideur, assurément beaucoup moins outrageux que la sénescence, inadmissible infirmité. Sa lèvre inférieure enflée, vultueuse, atrocement turgescente, à chacun de ses mouvements, semblait vouloir se détacher de son menton. Plutôt que d’en ressentir gêne, il paraissait exhiber ce ravalement destructeur de sa face, attrait supplémentaire à sa verve oratoire. Son teint blafard évitait qu’on le confondît, lui, ce rabat-joie, cet oiseau de mauvais augure, avec un joyeux drille à la trogne écarlate et comique ou bien avec un baroudeur à la face épanouie, halée sous le soleil des tropiques. Sa vue sans doute assez floue, malgré le recours d’implant oculaire et de lentille, ainsi le condamnait à ne discerner au lieu d’humains que fantomatique apparence ou diffus ectoplasme autour de lui. Cependant, malgré cette insuffisance, il n’eût jamais voulu se présenter affublé de cet ignominieux stigmate affichant la sénilité que représentaient des lunettes. Lors, ainsi contrefait, sinon défiguré, ce personnage extravagant paraissait la chimère ou la fusion d’un pervers dandy revenu par hasard du grand siècle et d’un zombie téléporté fortuitement du futur en machine à remonter le temps. Cet assemblage étonnant, sinon détonnant, se trouvait doublé d’un autre amalgame, abject, impossible et cependant perpétré, celui du vieillard et de l’éternel adolescent. Pour terminer, parachevant cette ambiguïté, le conférencier farfelu pratiquait l’indétermination du genre, en l’espèce un mélange éhontée, scandaleux, de l’androgyne ou, pire encor, de l’asexué. L’on n’aurait pu savoir d’où sortait cet énergumène insensé qui défiait les marqueurs générarionnels, civilisationnels, sociétaux, moraux, s’affirmant crânement comme un visionnaire alors qu’il eût dû manifester humblement sa dévotion nostalgique à l’ancien temps.

Arborant un air faussement naïf d’ufologue et d’astrologue azimuté, le grand-père à l’insolent sourire apostrophait son auditoire ébahi. Tel Bouddha, par la révélation frappé, devant gourous et rishis près du Gange, il posait des questions incongrues autant qu’inattendues. «Pourquoi déplacez-vous sans répit tout le jour vos corps encombrants? Pour suivre assidûment cours, symposions, réunions, colloques? Vous ne croyez pouvoir aussi bien y participer depuis votre appartement par le biais de l’informatique? Pour gagner cabinet, officine, étude, agence? Vous ne croyez pouvoir accomplir ce travail aussi bien à domicile? Pour construire un immeuble? Mais vous ne pensez pas qu’un robot saura bientôt l’édifier? De plus, que faire ainsi de locaux s’ils n’ont plus aucune utilité? Pour visiter un musée? Mais vous en profiterez mieux sur internet où vous pourrez visionner des agrandissements, des clichés traités par le rayonnement X... Vous désirez voyager pour vous recueillir devant le Grand Sphinx émergeant vers Siouah son léonin visage au-dessus de l’erg saharien? Vous souhaitez à l'issue d'un périple admirer l’écroulement tumultueux du Niagara dans son gouffre amer? Point ne faut que vous affrontiez l'Océan ni que vous traversiez le désert, vous contemplerez mieux ces trésors de l’Art ou ces créations de la Nature au moyen de vidéos les dévoilant depuis un ballon dirigeable, un hélicoptère, un satellite. Bien sûr, me répondrez-vous: senteurs, odeurs, sensations du milieu tangible et réel sont irremplaçables. Mais vous ne croyez pas qu’un appareil en les reconstituant vous permettrait de les apprécier mieux chez vous qu'à des mégakilomètres? Bise, ouragan, moëlstrom, simoun seront évoqués par un ventilateur que règle anémomètre. Pluie, trombe ou crachin seront suggérés par un humidificateur insufflant vapeur. Neige ou grêlons seront mimés par duveteux coton, résine éjectés par un canon… Parfums de rose ou de jasmin seront imités par phényléthanol et benzylate. Vous travaillez dans une entreprise en travaux publics et vous devez implanter une autoroute, ériger un pont, mais, s’il ne devenait plus nécessaire ainsi de se déplacer, pourquoi tracer autoroute, élever pont? D’autre part, êtes-vous cohérent? Pourquoi vaquez-vous sans répit de lieux en lieux si vos yeux toujours sont rivés sur les écrans de vos appareils mobiles?»

Usant de sa rhétorique à la circularité vicieuse, indue, le grand-père ainsi développait abstrus et corrompus syllogismes. Tel un virtuose, il en nourrissait le contenu de leur substantialité propre et de leur mise en abîme indéfinie. Comme un judoka terrasse un combattant plus fort, il utilisait le raisonnement de ses potentiels contradicteurs, les poussant dans leur illogisme. Tel un rétiaire, il emprisonnait l’adversaire impuissant dans son filet d’apories inextricables. Succédant à la révolution du mobile au début des années deux mille dix, il prévoyait la révolution de l’immobile. Ce fatal destin bientôt s’abattrait sur les humains. Les trémolos de sa voix suggéraient l’effroi de cette apocalypse imminente, indolore autant que terrible en n’occasionnant pas la minime égratignure et ne versant nulle hémoglobine. «Circulez, marchez, courez, voyagez, naviguez, volez, en voiture, en TGV, train magnétique, en paquebot, caravelle, avion, propulsez-vous jusqu’à la stratosphère en capsule, en station, module, ainsi montez, montez, montez encor, un temps viendra, lointain mais pourtant proche, où vous n’aurez ni pieds, ni mains, ni bras, ni jambes. Vous serez un algorithme enfermé dans un ordinateur quantique. Pourtant vous pourrez voyager, loin, loin, sans que ne vous déplace aucun membre. Vous pourrez voir sans que nul œil ne vous transmette aucune image. Vous parlerez sans qu’un larynx n’émette aucun son. Tel un prédicateur, il affirmait avoir en un songe entrevu la Divinité pour décrypter son dessein. L’Ordinateur quantique, un jour ne deviendrait-il virtuel Palladion, Toison d’Or, Vérité cardinale et Graal, Microcosme et Condensation du Tout, l’Alpha, l’Oméga de la Création, le Destin définitif du Réel. C’était Dieu parachevant son grand œuvre. Tel un trou noir, par sa gueule hideuse, il avalerait la Matière et la transformerait en code ultime. Le grand-père ainsi vociférait, tonitruait, s’étranglait, s’étouffait. L’on aurait dit qu’il voulût à jamais condamner les humains par sa prospective anathème. Son iris fuligineux pourtant n’eût envoyé la foudre et nul éclair n’eût pu jaillir de sa pupille éteinte. Son expression détachée, vaguement goguenarde, équivoque, incitait l’auditeur à penser que telle emphase était certainement affectée par une empreinte ô combien manifeste, amphibolique, ambiguë de second degré. Sa cauchemardesque évocation paraissait l’enchanter. Cependant, ce qui le réjouissait plus que tout, c’était de scandaliser précisément la caste imbue des progressistes. Bref, il se complaisait visiblement à prophétiser la déchéance avancée de la pauvre humanité s’abîmant dans la spirale évolutive, à moins que cet indigne état, pour lui, ne correspondît au degré supérieur de la Perfection, le Paradis entrevu par les mystagogues. Puis, levant les bras et fixant l’internaute en défi conclusif à sa tirade enflammée faussement, le grand-père alors déclama: «Bientôt, je n’habiterai plus cet univers moribond, mais tandis que je serai depuis longtemps près du Seigneur environné par les séraphins, vous reviendra le souvenir d'un certain aïeul prédisant votre avenir.» Son religieux transport, son eschatologiue allusion, naturellement, n’étaient que mascarade, ironie d’athée convaincu.

Evguenia demeurait en aporétique. Si par un hasard malheureux, son corps se réduisait un jour au code algorithmique, alors, que deviendraient ses beaux cheveux blonds? Coquetterie féminine ou bien humour détaché, sinon philosophique interrogation? Pouvait-elle imaginer que sa chair fût contenue dans un ordinateur pareil à la méliade enfermée dans son frêne? Que seraient alors ses mains, son visage et ses bras, ses prunelles? Pourtant, ses mains, ses cheveux, ses bras, c’était son identité, son ipséité. Pouvait-elle envisager que fût anéantie sa matérialité? Son esprit sans l’incarnation pourrait-il cogiter, ratiociner sous le soleil concret de la réalité?

***

Evguenia jusqu’à souper n’y pensa plus. C’est alors que dans le cadre illuminé du téléviseur, comme un diablotin hors de sa boîte, à nouveau surgit l’odieux grand-père. Suite à sa conférence, il était l’invité du journal télévisé. L’on enregistra les réactions parmi les auditeurs. Certains s’esclaffaient, jurant que d’aussi farfelues prédictions confinaient à la fiction pure, à la folie. Nul individu normalement constitué ne souhaiterait demeurer chez soi plutôt que de pleinement vivre à l’extérieur. Le futur, c’était l’épanouissement des humains dans l’espace et le temps, l’absolue satiété de sensations, réplétion, plénitude engageant le corps et l’esprit. L’avenir, c’était voyager de plus en plus rapidement en restant connecté grâce à des objets de plus en plus diversifiés, performants, hyper-sophistiqués. La mobilité, c’était la Vie, la modernité s’opposant à l’immobilisme, état voisin de la stagnation, de la Mort. Comment un être accepterait-il de s’enfermer volontairement dans un cachot informatique au lieu de se réjouir en liberté? Des blagueurs à l’œil rigolard se pouffaient sous cape à l’idée que l’acte éminent de l’amour se fît par le truchement d’appareils simulant un orgasme. D’autres encor avaient choisi d’ignorer de leur mépris cet hurluberlu débile. Ce qui les indignait, les outraient, c'était que le progrès pût tendre à l'immmobilité. Cette impossible antinomie, pour eux, vouait au désaveu le concept aliénant du conférencier. Le futur ne manquerait pas d’en fournir la preuve éclatante. Ces détracteurs, fulminant, regrettaient que le grand âge annonçant un décès prochain de l’aïeul, ne pût un jour lui jeter à la face un démenti cinglant de ses théories fumeuses. Certains, plus méfiants, qui soupçonnaient un danger potentiel, vitupéraient, se déchaînaient sur le petit vieux, proférant sifflet, injure, insulte et projetaient sur lui peau de banane, œuf pourri, tomate... Sous l’immonde avalanche, il se rengorgeait, triomphant. «N’est-il pas dégradant, honteux» disaient tous ces conservateurs «d’occuper sans répit son temps derrière un écran, chez soi, de jouir en visionnant les fallacieux reflets d’objets réels qu’on pourrait contempler de son œil. C’était pur simulacre et mensonge intolérable. C’était vivre une imposture. L’ersatz d’une imitation ne remplacerait jamais l’authenticité».

Le télescopage incongru de ces deux réactions valait son pesant. Les partisans de la technophilie rageaient d’être assimilés aux grincheux technophobes. Le grand-père adolescent, tel un torero dardant sa banderille argumentaire, excitait la meute acharnée de ses contradicteurs dans une arène où leur confrontation les annihilaient.

***

L’une après l’autre avaient passé les années. La potache hier enfant s’était muée ce jour en nubile étudiante. Comme autrefois sans doute elle usait de son portable, insigne objet satisfaisant tous ses vœux. Pourtant, le magique ustensile abandonné cédait la place au dangereux concurrent qui défiait sa domination. La fille aux blonds cheveux devait se l’avouer: son existence avait bien changé depuis le temps du collège.

Son programme en cette après-midi l’obligeait d’assister à des travaux dirigés en psychologie cognitive. Cependant, au lieu d’agripper sa bauge et de rejoindre un lointain amphithéâtre ainsi que ses parents jadis, en cinq ou six pas simplement elle atteignit la salle informatique au sein de la villa familiale. C’était l’espace incontournable, indispensable, inévitable où tous gravitaient. L’étudiante objectivement constatait qu’elle abandonnait de plus en plus souvent son cher smartphone au profit de cet endroit, pareil à la caverne emplie d’or où se retrouva le naïf Alibaba, lieu miraculeux des nouveautés et possibilités cybernétiques. Dans la vie courante, il s’avérait que les inconditionnels du mobile étaient devenus majoritairement des vieillards dans l’incapacité de changer leurs habitudes.

Et c’est alors qu’en sa mémoire apparut une image oubliée, l’odieux grand-père, il avait donc raison.

Là-dessus, la jouvencelle engagea ses pas dans la vidéosphère informatique. C’était, d’un bloc unique, un local de forme ovoïde, uniquement percé d’une ouverture. L’intérieur, spartiate au maximum, présentait sur le bord curviligne un exigu reposoir ainsi qu’un sofa. L’ensemble apparaissait uniformément blanc, désespérément blafard. Ce dénuement pétrifié contrastait vivement avec l’animation qui remplirait l’habitacle étroit quand l’activerait sa machinerie. Silence éclaterait en sons, l’exiguïté deviendrait vastitude et la grisaille engendrerait couleurs. Sur la paroi, la diffusion du rayonnement se réalisait par la surface à l’aspect d’écran pixélisé. Face au reposoir, un système optique assurait la fonction de camescope et magnétoscope. Lentille et prisme en chaque unité dioptrique entraînait réflexion, réfraction, diffusion, diffraction, filtrage afin d’assurer l’ambiance imagée perfectissime. Les terminaux de visio-conférence existaient déjà depuis longtemps, mais ne concernaient que d’importants centraux administratifs. Ce concept rudimentaire en s'améliorant, s‘était largement démocratisé. L’image autrefois déformée, précaire, en flux saccadé se figeant, n’était plus qu’un lointain souvenir. Le visionnement, de qualité supérieure, était devenu continûment fluide. La salle où se trouvait l’étudiante équivalait au plus commun standard en gamme ordinaire. La superstructure émergeant de l’ensemble était représentée par l’aménagement audiovisuel tandis que l’informatique unité se trouvait déportée sur un serveur.

Détectant la présence immédiatement, le photorécepteur activa le système. Le revêtement blafard soudain fut remplacée par un film épousant la surface incurvée de l’hémisphère. L’assistant, jeune enseignant drapé de grège à la mode universitaire actuelle, apparut au centre. Les étudiants composant le groupe étaient disposés de part et d’autre en dimension réelle, accoudés sur un pupitre ainsi qu’Evguenia. Comme elle également, ils n’avaient pas quitté leurs foyers respectifs. Reconnaissant une amie chinoise établie dans la région pékinoise, Evguenia, d’un geste, en souriant la salua. Certains étudiants résidaient au Brésil, en Afrique australe, en Inde, en Biélorussie... La séance alors commença. L’enseignant sans tarder entama son discours tandis que le texte au-dessus de lui s’inscrivait en un phylactère.

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Abandonnons l’étudiante à son cours de psychologie pour dresser un tableau de la société dans cette évolution vers l’immobilisme, étape annonçant la virtualisation planétaire. C’est avec difficulté que put s’amorcer le phénomène en raison de l’inertie politique. Tout sociétal agent, syndicat, parti, fédération, banque ou multinationale usait de son influence afin de freiner un mouvement qui provoquait dépossession des rentiers, chômage en ruinant l’humaine activité. Néanmoins, la concurrence et les choix opérés par les consommateurs favorisaient la mutation. Cahin, caha, l’économie chancelante ajusta sa norme à la réalité. Sans frein désormais, le développement devint fulgurant. Notre Evgenia, précisément, vivait en ce bouleversement.

La déplétion drastique affecta d’abord les transports. Dès cette époque, il aurait paru de la dernière incongruité qu’un représentant prît l’avion pour négocier un contrat, son interlocuteur fût-il chef d’État, PDG d’un important groupe, émir pétrolier ou magnat de l’industrie. L’entretien visio-cybernétique offrait un meilleur confort, un dérangement bien moindre, également pour celui qui, sans cela, n'eût pas été contraint de se déplacer. L’échange y gagnait en rapidité comme en efficacité sans perdre un éventuel affectif contenu. L’imagerie, traîtreusement ou fidèlement, reconstituait le message infraliminaire émanant de chaque attitude, expression du visage ou bien les modifiait afin de les masquer. La virtualisation de l’entretien, supprimant la confrontation des corps dans leur pesanteur, dans leur matérialité primitive, élevait la qualité de la communication. L’on jugeait ce nouveau concept idoinement aseptique aussi bien que suprêmement poli. Quel irrespect à l'égard d'un interlocuteur que de présenter un faciès ravagé par les ans! Pour tous, le rapprochement physique eût paru d’une indélicatesse intolérable. Ce fût là mœurs d’ostrogoth, de néanderthalien. Cela n’équivalait-il pas à présenter les gens nus ou bien sous l’aspect de radiographie? Quelle indécence! Rapidement, la relation professionnelle au sein de l’entreprise évolua vers l’entretien vidéo. Cet aménagement paraissait moins intrusif, plus respectueux de la personne et moins gênant que de réels rapports, sans mentionner l’évident gain de productivité.

Par effet démultiplicateur, l’économie subissait un implacable effritement. C’était l’objectivation du raisonnement qu’avait si bien illustré le grand-père en sa conférence. Plus d’activité dans les bureaux, donc plus de bureaux à construire, équiper, meubler, entretenir. L’Université ne réunissait des étudiants que lors de travaux bien définis, comme en physico-chimie, ce qui libérait par milliers studios et chambres. Plus aucun enseignement ne fut dispensé dans un amphithéâtre. Les opérations de gestion, de comptabilité, largement centralisées, ne concernaient que des serveurs. Tout ce qui se réduisait au flux d’information ne générait plus aucun déplacement de personne ou de matériau. Le même effet se répercuta sur les besoins d’énergie. Bien que l’on diminuât sa production, l’on ne trouvait plus d’assez dispendieuse activité pour en éliminer l’excédent. La boucle aujourd’hui vertueuse, autrefois vicieuse, augmentait son effet de rétroactivité négatif. Le phénomène encor se trouvait accru par un autre aspect de la technicité, celui des robots qui réparaient, construisaient l’infrastructure essentielle au maintien du monde extérieur. Sans repos, sans fatigue, ils transitaient sans relâche afin d’acheminer matériels et denrées sur l’autoroute aussi bien que sur la voie navigable, aérienne ou magnétique. Plus efficacement que le troupeau d’ovin par le chien du pastoureau, leur besogne était surveillée par de vigilants drones. Les humains ne se déplaçaient que pour satisfaire ainsi leurs désirs personnels. Chacun pouvait à sa guise établir des liens électifs entre individus partageant leur corporéité.

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Mais revenons à la chère étudiante. Son cours, dont elle avait absorbé la moëlle informatique et substantifique arrivait à son terme. Libérée de ce pensum visio-cybernétique, elle apparut hors de l’habitacle afin de s’offrir un moment récréatif. Dans la cuisine, elle écala des noix et grignota les cerneaux.

Exceptée la vidéosphère, ici, dans la villa, rien ne semblait avoir changé par rapport à ce qu’elle avait connu chez ses grands-parents. Pourtant, nul objet n’échappait à la connexion, tel esclave attaché par sa chaîne invisible. Partout, sur les murs, le tableau permanent s’effaçait devant le vidéo-cadre au changeant contenu. L’essentiel du travail domestique était réalisé par des robots. Cependant, l’engouement pour le rétro voulait que l’on en revînt aux mœurs d’autrefois. C’est ainsi qu’on avait enlevé dans la propriété la pelouse artificielle afin de restaurer verger, potager qui produisaient fruits pulpeux et délicieux légumes. L’arbre en cellulose et lignine où transitait la sève était plus résistant qu’un végétal en polypropylène ou polycarbonate. De même, on avait remplacé partout convecteurs caducs par un insert imitant la cheminée primitive. Flamme et braise illuminaient l’âtre où se consumaient fayard dense et bouleau tendre. La chaleur était distribuée par l’hypocauste aux canalisations de céramique. Zeus par l’antique impluvium, Apollon par le panneau photovoltaïque apportaient potable ondée comme électrique énergie. C’est ainsi qu’harmonieusement, domotique amalgamait tradition, technologie rejoignait écologie, progrès s’appropriait coutume.

Perplexe, Evguenia s’avisa. L’après-midi s’amenuisait. Que faire alors pour terminer la soirée? Sortir en compagnie d’amis? Quel intérêt d’affronter froid, chaleur, vent, pollution, virus à l’extérieur alors que la villa confortable offrait une atmosphère hygiénique, homéostatique et dépourvue du moindre agent pathogène. De plus, quelle activité choisir, où se rendre à part flâner sans destination? Dans le bourg, plus un magasin, plus une échoppe en raison du commerce en ligne. Galerie commerçante, hypermarchés n’étaient plus fréquentés que par des attardés. Qu’aurait-on souhaité de nos jours acquérir? Pourquoi posséder bibelots, peinture, ameublement si l’on pouvait comme en un conte enfantin les créer, les effacer, les substituer, les moduler par un jeu de rayonnements dès qu’on s’en lassait? Des reconstitutions par faisceaux laser 3D commençaient même à se répandre. Les objets n’apparaissaient-ils pas dans leur virtualité plus beaux, plus attractifs, plus purs que dans leur matérialité sordide?

Evguenia s’interrogeait toujours, allait-elle opter pour la sortie qui l’obligerait à s’enfermer dans son véhicule automatique? La conduite en était sans risque assurée par le pilotage informatique, il est vrai, mais l’ennui d’un tel déplacement la décourageait déjà. C’est ainsi qu’obéissant à la facilité, l’étudiante à nouveau gagna la vidéosphère. Le précédent lieu de travail alors se métamorphosa, le temps d’un éclair, en lieu de loisir. Pour cela, rien de plus élémentaire. Le système en s’activant remplaça le fastidieux mobilier de l’étude en plage agréable. Des cocotiers avaient surgi, s’éployant langoureusement sur un lagon saphiréen. La vague océane en léger clapotis s’étalait mollement sur le sable. Dès qu’Evguenia s’allonga, les sollicitations l’assaillirent. Parmi les contacts en attente, elle en choisit un qui particulièrement l’interpelait. Bien sûr, l’amie pékinoise. Bientôt s’établit un échange animé, bien que chacune exprimât sa pensée dans son maternel idiome. L’une en russe et l’autre en cantonais. L’ordinateur instantanément traduisait tout langage, aussi bien répandu que vernaculaire. Bien sûr, l’étudiante eût bien été dans l’entière incapacité de se mouvoir à l’extrémité du continent comme apprendre un aussi compliqué dialecte. Le profil de l’amie s’affichait sur la paroi de façon véridique et précise au point qu’on l’eût cru désincarnée, puis réincarnée par magie. L’asiatique apparaissait éminemment séduisante et pure. Son image évidemment n’était qu’un avatar choisi dans sa collection d’icônes.. Lin Yao, c’était son pseudonyme, introduisit une autre amie. Naturellement, celle-ci n’était qu’un avatar. De même Evguenia, souvent, ne se présentait que par le truchement d’un tel substitut. Bien qu’elle eût de son physique une avantageuse opinion, l’étudiante avait allongé plus encor ses cheveux, gommé sa fossette au menton, pigmenté sa lèvre, effacé la rougeur de sa pommette. Les trois amies, chacune à sa manière, évoquaient la perfection divine. Des cieux descendus sur la Terre, on eût dit un concert d’angelettes. Cependant, sous le féminin visage à la natte aussi bien lissée pouvait se cacher un éphèbe à la tignasse ébouriffée. Telle autre adolescente au minois juvénile et charmant pouvait cacher un vieillard chenu de cent vingt ans. Nulle intention de tromperie n’entachait le recours à ces métasomatoses. Ne s’agissait-il pas d’utiliser tout procédé qui rendît la réunion plus harmonieuse. Le Monde ainsi redevenait un Eden.

***

Qu’importait finalement le véritable aspect physique affectant l’individu, cette enveloppe arbitraire issue de la Nature. Le virtuel physique apparaissait plus conforme à l’intériorité de l’être, à son identité propre? Tous pouvaient ainsi devenir beaux, élégants, séduisants, jeunes. L’habillement de même était composé d’habits fictifs que l’on pouvait choisir à volonté dans la base informatique. L’on eût trouvé fille acceptant d’acheter robe ou corsage alors que des milliers, gratuitement, s’offraient, ajustés à leur avatar. De même aucune aurait manifesté l'intention de se farder avec du blush ou du mascara. C’est ainsi que s’effondra l’industrie vestimentaire et cosmétique au profit d’immatériels algorithmes. Comparablement déclina la chirurgie corporelle esthétique. Le progrès dans sa marche inexorable avait rendu caduc ce qui’il avait concouru lui-même à créer. Plus sûrement que l’artisanale activité, le modernisme exacerbé se phagocytait, se détruisait en s’enfantant. L’authenticité, seule, émergeant de sa ruine, aurait le pouvoir d’éviter l’engloutissement cannibalistique en lequel disparaissait l’univers matériel au profit de la virtuelle apparence. Du moins, c’était le discours tenu par les détracteurs de la technologie. Réunis en associations, confédérations, toujours sur la brèche, ils défendaient avec d’autant plus d’acharnement la survie du monde ancien que ce dernier s’évanouissait inéluctablement, pareil à la neige himalayenne au soleil vernal.

Tout cela n’était pas réellement nouveau. Depuis longtemps sur les forums se multipliaient biographies trafiquées, photos frelatées, identités maquillées, cryptonymes. Krishna lui-même en fût jaloux. Cependant au-delà du progrès quantitatif et qualitatif, la différence apparaissait dans le fondement de ces pratiques. Les us relationnels, aujourd’hui, n’étaient plus vécus et considérés comme illusion, tromperie, palliatifs, mais comme exigence éthique. Les avatars gommaient les anomalies de la Nature et permettaient de ne jamais vieillir. L’on était parvenu même à renverser les valeurs de la réalité physique et de la fictive apparence. La première était considérée comme une identité fausse imposée par la naissance arbitrairement, la seconde, authentiquement choisie par l’individu, seule était légitime. L’avatar acquit statut juridique officiel, reconnu par l’administration républicaine. Les citoyens devaient la déposer dans un fichier central de la région, puis l’actualiser régulièrement.

***

Les amies s’étaient dispersées vers de nouveaux cieux virtuels et fictifs paysages. Lors, Evguenia, gavée de soleil artificiel et de vent marin factice au bercement de cocotiers irréels s’avisa de terminer la séance et quitta la vidéosphère. Là-dessus résonna le timbre avertisseur du portail. C’était son frère encor lycéen, Boris, qui revenait du sport.

Prestement, il gagna sa chambre, et sans même avoir pris le temps d’en refermer la porte, il enfila sa combinaison de réalité virtuelle augmentée, puis se coiffa machinalement de son casque à fonctions sensori-motrices. Bien qu’’avec son attentionnée sœur, il entretînt d’excellents rapports affectifs, il n’aurait pu retarder, la saluant, le moment de se plonger à nouveau dans son jeu favori. Ne l’avait-il pas abandonné pour un laps de temps qui dépassait déjà trois heures? L’étudiante en l’observant ne s’en offusquait pas. Du reste, ils se voyaient plus souvent sous le réciproque aspect d’avatar que sous leur véritable aspect car vidéosphère et casque obéissaient au protocole universel permettant synchronisation..

La combinaison de réalité virtuelle augmentée permettait une expérience immersive absolue mimant tout phénomène extérieur. L’adepte en l’enfilant, se coupait totalement de son environnement. Le Réel pour lui n’existait plus. Jamais sans doute inventerait-on de technologie plus disruptive et plus effrayante. Bardée partout d'excitateurs diversifiés stimulant thermocepteur, propriocepteur, cryocepteur, nocicepteur, elle occasionnait sensation kinesthésique aussi bien que visuelle, auditive, olfactive... Plus que la vidéosphère, elle orientait l’évolution vers la virtualisation définitive.

Boris, de plus en plus rarement, s’adonnait au vrai sport, optant plutôt pour la prometteuse électro-myostimulation, l’EMS plus efficace et pratique. De nos jours, qui n’eût préféré se fixer une plaquette en un tourne-main chez soi plutôt que de suer dehors sous l’averse ou la canicule? Cependant, un corps pourvu de puissants bicepts, abdominaux, dans l’avenir lui serait-il nécessaire? L'EMS, finirait par disparaître. Tel un serpent mordant sa queue, le modernisme annihilait ses créations. Boris passait donc la majorité de son temps libre enveloppé de sa combinaison virtuelle. C’est ainsi que sans bouger ni phalange, orteil ou paupière, il s’adonnait à divers sports, tennis, football, curling, bandy, skwal, hockey, bobsleigh ou bien lancer la Ferrari de son choix sur le macadam prestigieux d’Estoril ou Monza. Pourquoi risquer sa vie sur un circuit dangereux? Pourquoi vivre en un monde où l’on pouvait mourir alors que le fictif univers permettait, pareil au phénix, de renaître à chaque épreuve en usant de vies successives?

Ainsi, par l’ouverture, Evguenia contemplait son frère, inerte en son lit tel un cadavre. Cette image évoquait pour elle un cosmonaute enfermé pour toujours en un scaphandre à des années-lumière au sein de la Galaxie. Plutôt n’aurait-on dit un fossile épigénisé dans un filon sédimentaire, ou la chrysalide enfermant sa nymphe, un gisant marmoréen minéralisé pour la fin des temps, à moins qu’il ne s’agît de la momie poussiéreuse emprisonnée dans ses bandelettes. Ces visions perturbaient la jouvencelle au point qu’elle en fut glacée. N’était-ce pas le morbide envers de ce rêve illusoire engendré par la virtualisation? Que cette obscène apparence était loin du beau chevalier médiéval qu’avait choisi Boris comme avatar officiel par défaut?

Mais c’est alors qu’il se leva soudain, s’agita dans tous les sens, projetant ses bras contre un invisible ennemi, hurlant sur le mur insensés propos. Qu’il était drôle! Dans son fictif monde, il se débattait si bien qu’Evguenia ne put s’empêcher de sourire. N’aurait-il plutôt fallu qu’elle en pleurât? Le témoin d’un tel comportement, au précédent siècle, aurait appelé d’urgence une ambulance afin d’interner un tel schizophrène. Bien sûr, Evguenia comprenait que Boris avait changé de programme. C’était probablement un ancien jeu car les nouveaux ne sollicitaient que suggestions de mouvement purement psychiques. Puis soudain, l’adolescent à nouveau s’affala, parfaitement immobile en travers de son drap, suaire ou bien linceul étalé sur le sommier, tel un risible, indigent catafalque. N’était-ce une allégorie? L’épisode actif n’avait-il représenté qu’un ultime et vain soubresaut, la convulsion d’un être agonisant avant sa mort clinique?

***

Ce tragi-comique épisode avait plongé l’étudiante en un songe angoissant. N’était-ce une illustration de nos destins pitoyables? Pourtant, qui de nos contemporains aurait souhaité quitter l’univers fictif, paisible, indolore et si délicieux pour l’univers dangereux, violent, de la réalité? C’était folie pure. Ne devait-on bannir cet inframonde obscur traversé de monstruosités, de férocités, de cruautés pour le supramonde éclairé par Beauté, Majesté, Lumière? Sans le savoir, ne vivons-nous telle une ombre en un ténébreux aven au milieu de falots reflets alors qu’au dehors flamboie le Soleil de l’Essence. La matérialité constituait l’horreur insupportable, odieuse à tous, qu’il fallait abolir. Dans le futur, les avatars parfaits triompheraient sur les écrans pixélisés, mais pendant ce temps, que ferait-on de ces corps dégénérés devenus hideux amas de chair croupissante? Le grand-père avait fourni la réponse. L’âme importait seule, enfermée dans les circonvolutions de l’encéphale. Dès lors, il ne restait plus qu’à remplacer le cerveau par son équivalent programmé sur un serveur qu’entretiendraient les robots, à moins qu’on préférât le greffer directement sur la structure informatique. La différence impliquait le mécanisme et le substrat. Les trains d’octets parcourraient la fibre optique au lieu de la dépolarisation dans l’axone. Semi-conducteur, diode et transistor de germanium et silicium, condensateur, microprocesseurs, quartz, remplaceraient tissu neuronal, microglie, dendrocytes. Le médiateur chimique, acétylcholine, adrénaline ou sérotonine alors serait électrique impulsion franchissant la jonction P-N, le branchement, le bornier, la soudure au lieu de la synapse. Le courant serait conduction, longitudinal déplacement électronique au lieu de migration, transversal mouvement cationique. Les faisceaux, nerfs, trigone et pont calleux, seraient connectique USB, sata, light pick. Chimie du métal, du cristal en phase anhydre assujéttirait biochimie de la molécule et de l’ion dissous dans la phase aqueuse.

Evguénia fut traversée par une illumination. Mais oui, l’intuition des théologiens se confirmait. L’on pouvait concevoir une âme ainsi délivrée de la chair. La Vérité philosophale était le code informatique. La résurrection miraculeuse était la virtualisation. Dieu même existait. Le fameux grand-père en sa conférence autrefois ne l’avait-il affirmé? Dieu, c’était l’Ordinateur quantique, invulnérable, omnipotent, souverain, multivalent, omniscient, tout-puissant, universel, immortel... dépourvu de la moindre empathie.

Evguenia, sortant de sa rêverie lugubre, actionna l’imprimante, une option 3D culinaire. La pizza garnie de tomate et salami lui parut soudain très fade.

FIN


© Claude Fernandez
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