L'HÉGIRE

Poème épique de Claude Fernandez évoquant le discours du Prophète Mahomet devant les Kuraysh, à l'origine de l'Hégire.


Le visage nimbé, de mystique fureur
La prunelle embrasée, le regard enflammé
Rayonnant, impérieux, magnifique, effrayant
Le Prophète d'Allah, monta sur la colline.

C'est l'esprit supérieur, le souverain génie
Conciliant en son for, les qualités contraires
Du saint méditatif, du chef charismatique
De l'ermite paisible, et du guerrier fougueux
L'humble contemplation, la détermination
L'ardente conviction, le réalisme froid.
C'est le guide éclairé, le zélé missionnaire
Qui soumet la puissance, au dogme religieux
Le pouvoir temporel, au rôle spirituel.
C'est l'homme exceptionnel, acteur providentiel
Poursuivant le sillon, de Moïse et du Christ.

Au sommet d'al-Safâ, debout devant la ville
Grave, il considéra, les Kuraysh à ses pieds

«Le seul Dieu, c'est Allah, dont je suis le Prophète.
Vous tous, mes compagnons, vous serez victorieux.
Le Croyant ne ressent, faiblesse ni fatigue.
Le Croyant ne ressent, douleur ni désespoir.
L'on vous honorera, l'on vous respectera.
L'Humanité bientôt, connaîtra la vraie Foi.
De l'Afrique à l'Europe, il ne sera point d'âme
Qui, dès l'aube entamant, sa fervente prière
Ne tournera son front, vers le sol de La Mecque.
Le foudroyant Islam, sans bornes s'étendra.
Le pays d'Arabie, tremblera sous mes pas
Car tous un jour sauront, que je suis l'Envoyé
De l'unique Seigneur, trônant au fond des cieux.
Le seul Dieu, c'est Allah, dont je suis le Prophète.
L'avenir m'appartient, demain sera mon ère.
Mécréants, vos enfants, désavouant leurs pères
Seront tous convertis, en musulmans fidèles.
Vous connaîtrez bientôt, le jugement divin
La rigueur éternelle, ou bien le réconfort
Le châtiment suprême, ou la miséricorde.
Ceux qui sont prosternés, devant les fausses pierres
Bénissant le thagout, sur les flancs de Merwa
N'auront après leur mort, de jambes pour marcher
De bouche pour manger, d'oreille pour entendre
Mais ceux qui serviront, les desseins du Très Haut
Dans leurs bras serreront, les houris, vierges pures
De leurs dents pourront mordre, aux savoureuses baies.
Le seul Dieu, c'est Allah, dont je suis le Prophète»

«Voyez ce pauvre gueux, fils des Banu Hâshim.
Parmi les discoureurs, bonimenteurs prolixes
Qui haranguent la foule, en mal de foi nouvelle
Jamais n'avons pu voir, si vain prédicateur»
«Le prophète inspiré, cache un grand séducteur.
Que serait-il sans l'or, de Kharidja, sa femme?»
«De ce triste orgueilleux, voyez la ribambelle
Qu'engendra son amour, pour les veuves âgées.
Pourquoi son dieu puissant, ne lui procura-t-il
Qu'une femelle engeance, et non mâle héritier?»
«Ne connaissez-vous pas, les héroïques faits
Du mystique rasoul, qui veut nous convertir?
Savez-vous son exploit, tout le temps que dura
Le conflit d'El Fidjar, contre Benou-Hawaz?
Fut-il preux, courageux? Se distingua-t-il? Non.
Son glorieux rôle fut, de ramasser des flèches
Tombées loin du combat, trop dangereux pour lui»
«Sachez que ce bouffon, prétend par sa magie
S'envoler dans les airs, jusqu'à Jérusalem
Pour là-bas rencontrer, les prophètes ses frères»
«Pas un digne Mekkois, ne croira son délire»
«Des érudits sensés, pourraient-ils recueillir
Les vaticinations, que récite aux corbeaux
Cet ignorant naïf, inculte, analphabète?»
«Les sujets de ce roi, savez-vous ce qu'ils sont?
Les nuées de criquets, dans le désert volant.
Ses fidèles ne sont, que les chauves-souris
Qui hantent la journée, la caverne d'Hira»
«Minuscule est Allah. Nos dieux sont tout-puissants.
Dans notre Kaaba, l'on n'entendra jamais
Le nom de ce démon, par nous tous abhorré»

Les quolibets fusaient, les sarcasmes pleuvaient.
Cependant Mahomet, ignorant les injures
Fixait là-bas Yathrib, la Médine future.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - © Éditions Sol'Air - 2007