LE GRAND TIMONIER

Poème épique de Claude Fernandez évoquant le combat de Mao Zedong (Mao Tsé-toung) lors de la Révolution en Chine: la lutte contre Chiang Kai-shek, la Longue Marche, complainte de sa compagne He Hichen, la Révolution culturelle...


Mitraillette braquée, dans le creux de ses reins
L'homme doit obéir, mains levées, tête basse.
Là, dans cette masure, au milieu des rizières
Le voici prisonnier, en attendant les ordres.
Court instant de répit, avant l'exécution.
N'est-ce pas cependant, comme s'il était mort?
Pourrait-on le compter, au nombre des vivants?
Dans une heure il sera, fusillé sur le champ.
Son cadavre au matin, pourrira dans la fosse
Car l'on ne veut dresser, décente sépulture
Pour cette ignoble engeance, infestant les campagnes.
Voici le chef de corps «Tuez les prisonniers»
Mais vide est maintenant, la geôle de fortune.
L'issue fut mal gardée. Fatale négligence.
L'on cherche vaguement, dans les fourrés voisins.
Rien, aucun résultat. Pourquoi perdre son temps.
«Qu'importe celui-ci, nous en avons tant pris»

L'homme est déjà bien loin, à l'abri d'un sous-bois.
Pieds nus, à perdre haleine, il court sur une sente.
Qu'est-il, seul, égaré, dans la forêt sans fond
Seul, démuni, tremblant, dans la nuit qui s'avance?
De tous côtés, la Chine, immense, impénétrable
Ses milliers de hameaux, de villages et villes
Ses milliers de ruisseaux, de marais et de lacs
Ses milliers de fermiers, artisans, paysans
La Chine indéfinie, sans bord et sans limites
Contenant plus d'humains, que l'océan de gouttes
Plus de champs, de chemins, que l'herbe n'a de brins
Plus de ponts, de maisons, que le pin n'a d'aiguilles
La Chine qui se meurt, de porter autant d'êtres
La Chine prolifique, et la Chine épuisée
Dont la vitalité, devient stérilité
Dont l'excès de jeunesse, engendre stagnation.
Qu'est-il, seul, anonyme, en cette multitude?
Qu'est-il enseveli, dans ce vaste pays?
Douloureux, l'homme songe, à sa patrie perdue
Qu'humilient divisions, concessions, légations
Camps japonais, britannique, allemand, français
Crachats souillant le sol, de l'Empire Éternel.
Que sont, las, devenues, au cours des temps lointains
La majesté des Han, la puissance des T'sin?
Le vif ressentiment, égratigne son âme.
Profond est son désir, de venger cet affront.
La Chine est endormie, paralysée, figée.
Dans le réseau confus, d'usages archaïques
Techniques éculées, traditions périmées.
Confucius règne encor, sur les mentalités
Respect envers les dieux, l'empereur, le seigneur
Déférence à l'aïeul, régentant la famille.
L'on porte encor la natte, héritée des Mandchous.
Le cultivateur pieux, redoute qu'apparaissent
Dans le ciel tourmenté, les neuf soleils funestes.
Le semeur prie Kiu-ling, pour tarir les torrents.
L'on bande encor les pieds, de fillettes-objets.
La houe n'est détrônée, par le motoculteur
Le métier à tisser, règne en maître absolu.
Prônant passivité, poussant à l'inertie
Bouddha mène à l'échec, à la désespérance.
La Chine est endormie, paralysée, figée
Ne dirait-on qu'elle est, apathique, atonique
La princesse attendant, son beau prince charmant?
Ce peuple abandonné, sans guide spirituel
Ce peuple que le doute, accable et désespère
Qui demain lui rendra, sa fierté, sa noblesse?
Qui saura lui donner, l'énergie de lutter?
Qui pour lui deviendra, l'homme charismatique?
Si d'un coup se levait, sa formidable masse
Glorieuse au firmament, des nations lumineuses
Comme un coup de tonnerre, en un paisible ciel
Comme une cataracte, envahissant un val
Comme un volcan terrible, incendiant une terre
La frayeur saisirait, le Monde épouvanté.

Cependant l'homme fuit, sous le couvert des arbres
Surveillant la futaie, scrutant le firmament
Car de tous les côtés, peut venir l'ennemi
Patrouilleur, tank, avion, mortier, mitrailleur, mine.
Le Guomindang zélé, que mène Chiang Kai-shek
N'omet pas un moyen, d'éliminer le Rouge.
Le hasard dans sa route, a mis un cabanon
Refuge inespéré, dans cette sylve épaisse.
L'homme le découvrant, ne remercie le sort.
Nulle divinité, pour lui n'habite aux cieux.
Coup sur le bois. Appel désespéré. La porte
Par miracle s'entrouvre, un visage apparaît.
Dialogue chaleureux, échange fructueux
Le combattant du peuple, est accueilli partout.
Le forestier ému, par l'indigent meurtri
Lui propose repos, le nourrit, puis le chausse.
Peut-il imaginer, que ce hère indigent
Bientôt va devenir, le Maître de la Chine...
Car c'est lui, Mao Zedong, chef des révoltés.

*

Chiang, Zedong, le combat, sans pitié, sans merci.
Qui sera le vainqueur, de ce duel titanesque?
Lequel, vaincu, sera, la proie des cormorans
Sur le champ de bataille, écrasé par les bombes?
Lequel habitera, la Cité Interdite?
Lequel pénètrera, dans le Temple du Ciel?
Bandant sa volonté, l'Armée Rouge contient
Les Seigneurs de la Guerre, et les Nationalistes.
Pourtant l'impérialiste, envoie, cinq, dix légions.
Mais d'autres partisans, contre lui se rallient
Peng Dehuai, Zhu De, tous, convertis au marxisme.
Dans les monts du Jinggang, la bataille fait rage.
Mao sans férir vainc, trois, cinq, puis dix armées.
Les troupes timorées, du Généralissime
Par les braves recrues, sont tenues en échec.
Mais voici que survient, Hans von Seeckt, le tacticien
Qui prête son concours, à Chiang ragaillardi
Tandis que le Japon, conquiert la Mandchourie.
Blockhaus, terre incendiée, réduisent l'Armée Rouge.
L'encerclement. Bientôt, défaite et reddition.
Réunion du Bureau «Las, pourrons-nous survivre.
Nous devons traverser, la barrière enflammée.
Fuir, nul autre salut, que remonter au Nord
Sans tarder regagner, la base de Ningxia.
Lieu sûr où nous serons, à l'abri des attaques.
De là-bas, nous pourrons, battre l'armée nipponne»

Longue Marche, épuisante, éprouvante, éreintante
Longue Marche, exténuante, écrasante, affligeante
Longue Marche, épouvantable, épreuve et calvaire
Longue Marche, incertaine, épique et légendaire.
«Tous au nord, tous au nord, battons les Japonais»
L'ordre enflammé parcourt, les cités, les hameaux
«Tous au nord, tous au nord, battons les Japonais»
L'irrésistible appel, franchit les hautes crêtes
Monte puis redescend, de plateaux en plateaux.
L'ordre partout résonne, au-dessus de la Chine
De coteaux en coteaux, de vallées en vallées.
«Tous au nord, tous au nord, battons les Japonais»
Le peuple est réservoir, inépuisable source
De bras et d'énergie, de soldats et victoires
Lorsqu'un guerrier s'effondre, un autre sort de l'ombre.
«Tous au nord, tous au nord, battons les Japonais»
Marche et combat, nouveau combat, nouvelle marche.
La marche en combattant, le combat en marchant.
Pas de pause à l'assaut, pas de halte à l'avance.
La nature et la guerre, ensemble unies, liguées
Laquelle est plus féroce, est plus impitoyable?
Troupe en vue, des fantassins, puis une escadrille.
Tanks embusqués, postés, brusquement démarrant...
D'un coup, le ciel bruyant, se couvre d'appareils.
Bombardements, obus. Dispersion, camouflage.
Mortier, déclenchement, d'armes automatiques.
L'on compte sur le champ, cadavres et blessés.
Longue Marche, épuisante, éprouvante, éreintante
Longue Marche, exténuante, écrasante, affligeante
Longue Marche, épouvantable, épreuve et calvaire
Longue Marche, incertaine, épique et légendaire.
«Tous au nord, tous au nord, battons les Japonais»
«Tous au nord, tous au nord, battons les Japonais»
La sélection. Le faible meurt, le fort demeure.
La survie, la survie, dépassant désespoir.
La survie. L'Armée Rouge se bat. L'Armée Rouge
Dans ce piège enfermée, joue son dernier atout.
Le destin de la Chine, entre ses mains réside.
La troupe réagit, la troupe s'aguerrit.
L'état de résilience, accroît la résistance.
L'organisme s'adapte, à l'excessif, l'extrême
Pour dépasser le seuil des limites létales.
Qu'importe la douleur, qu'importe le carnage.
«Tous au nord, tous au nord, battons les Japonais»
«Tous au nord, tous au nord, battons les Japonais»
«Continuons vers le Nord, battre les Japonais»
La marche de nouveau, le combat de nouveau
Femme, enfant ou vieillard, il n'est là que guerriers.
Ni le sexe et ni l'âge, en cet enfer n'importent.
Faim, soif, maladie tuent, ceux qu'épargnent la poudre.
«Tous au nord, tous au nord, battons les Japonais»
Restera-t-il au bout, un dernier combattant?
Survie, survie, ténacité, persévérance.
L'orgueilleux général, sait-il, peut-il comprendre
Bien confortablement, en son palais superbe
Cette souffrance aiguë, que ses troupes infligent?
S'il pouvait en subir, la centième partie
Pourrait-il continuer, d'assaillir l'Armée Rouge?
Celui qui d'un seul ordre, envoie son armada
Ne cesserait-il pas, la cruelle hécatombe?
Longue Marche, épuisante, éprouvante, éreintante
Longue Marche, exténuante, écrasante, affligeante
Longue Marche, épouvantable, épreuve et calvaire
Longue Marche, incertaine, épique et légendaire.
«Tous au nord, tous au nord, battons les Japonais»
«Tous au nord, tous au nord, battons les Japonais»
Comme jadis Hercule, un par un surmonta
Les travaux qu'Eurysthée, l'obligea d'accomplir
C'est ainsi que Mao, triompha des épreuves.
Luding, pont suspendu, sous les tirs des obus
Puis Sichuan, massif abrupt, les Grandes Montagnes.
Neige et glaciers, rochers et crevasse, avalanches
L'impossible montée, jusqu'au céleste faîte.
Grêlons froids meurtrissant, plus que balle et grenade.
Le Désert des Prairies, marais, sables mouvants
Ruissellements, flux, écoulements, suintements...
Flèches empoisonnées, d'inconnus indigènes
Que jamais l'on ne voit, que jamais l'on n'entend.
Ni provende et ni feu, dans cette humidité
Nul arbre et nul herbage, en cette aridité.
La putride Tch'ang-ngo, stérilise le sol
Tandis qu'au firmament, règnent les Douze Lunes.
Des crapauds verruqueux, glissent dans les fossés
Mais rien ne ralentit, les combattants chinois
Rien ne peut dominer, leur volonté farouche.

Les femmes de l'armée, combattent sans faiblir
Pourtant il en est une, effrayée par la guerre
Qui ne peut supporter, la redoutable Marche
C'est la frêle He Hichen. compagne de Mao.
Pleine d'un sentiment, amer, désespéré
Son ire inassouvie, soulève sa poitrine.
La voici déclamant, son infinie souffrance

«Qu'ai-je fait, qu'ai-je fait, pour subir ce martyre?
Qu'ai-je fait pour subir, ces terribles épreuves?
Malheur, malheur pour moi, de t'avoir pour époux.
Malheur d'avoir séduit, ce monstre impitoyable.
Ta compagne est l'armée, tes enfants les soldats
Les membres du Parti, sont ta famille unique.
Malheur à ma fratrie, malheur à mon engeance.
Que sont-ils devenus, mes fils abandonnés?
Mon sein palpite encor, d'un nouveau descendant.
Puissè-je retirer, de mon corps cette vie
Puisqu'elle deviendrait, orphelin délaissé.
Puissè-je l'arracher, l'extirper, la nier.
Puissè-je le renier, ce germe que je traîne
Comme un fardeau fatal, une pustule haïe.
J'abomine cette âme, accrochée dans mon flanc
Que pour sa volupté, l'Homme impose à la Femme.
Que suis-je devenue, transformée, diminuée?
Des mèches violentées, par les autans sauvages
Tombent sur mon front las, que les rides entaillent.
Ma peau blanche est rongée, par les rayons voraces.
Mon épaule fragile, est griffée, lacérée
Par les ronciers mordants, les branches flagellantes.
Que sont devenues, las, mes nattes bien lissées?
J'endosse le treillis, plutôt que les corsages.
Le fracas des obus, résonne en mes oreilles
Plutôt que le babil, des joyeux nourrissons.
Dans ce monde viril, ignorant compassion
Que suis-je devenue, faible femme attendrie?
Je n'ai pas en mon bras, de martiale énergie
Car je ne sais qu'aimer, quand il faudrait tuer
Je ne sais que plier, quand il faudrait lutter.
Face au défi majeur, au planétaire enjeu
Que puis-je importer, moi, négligeable existence?
Je ne suis que la biche, effrayée du tumulte.
Car la tendre affliction, m'emplit au lieu de rage.
Des larmes en mon œil, fusent au lieu d'éclairs.
Que me sont les idées, et les révolutions?
Las, que puis-je comprendre, aux politiques dogmes?
Que puis-je m'inquiéter, de stratégie guerrière
Je ne puis concevoir, que douce prévention.
Je ne puis ressentir, que les élans du cœur.
Je ne suis point Niu-koua, traquant le Dragon Noir.
Je ne suis Teng Ying-chao, l'activiste zélée
Je ne suis Kang ko-ching, l'amazone fougueuse.
Dans mon esprit confus, exalté, passionné
La sensible émotion, prime sur la raison.
Le yang est dominé, par le yin féminin.
Pour toi ne fus-je pas, l'épouse chaleureuse?
N'ai-je pas sacrifié, mon bonheur, ma beauté?
N'ai-je pas gaspillé, mes années de jeunesse?
J'ai suivi sans remords, ton existence errante
Laissant au désespoir, les miens qui me pleuraient.
J'ai soumis sans regret, par ton charme envoûté
Mon cœur affectueux, à ton âme farouche.
J'ai livré ma douceur, à ta rudesse abrupte.
J'ai livré mon amour, à ton indifférence.
Que vais-je devenir, tiraillée, ballottée
De chemins en chemins, de cités en villages?
Par l'ennemi vainqueur, si je suis capturée
Comme Yang Kahui, ne vais-je, être décapitée?
Demain ne deviendrai-je, aux mains de Chiang Khai-shek
L'Andromaque déchue, qu'un Pyrrhus tyrannise?
Par ce grand général, que n'ai-je été séduite?
J'eusse vécu là-bas, dans un palais superbe.
Je me promènerais, dans un parc magnifique.
Mais que dis-je, honte à moi, ne perdè-je la tête.
Mon esprit déraisonne, affabule et délire.
Je te dois tout, mon lion, mon héros intrépide.
Tu resteras toujours, mon ombrageux seigneur.
Je ne suis que brin d'herbe, à tes pieds, chêne immense.
Devant toi je m'incline, et demeure à genoux.
Je resterai soumise, à ta grandeur insigne
Toujours, à jamais, toi, que je ne puis quitter.
J'écoute avec respect, tes paroles sublimes
Que distille en ton for, ton esprit supérieur
Comme au sein du feuillage, où s'engouffre l'autan
Le bruissement sonore, annonçant les orages»

Tandis qu'elle se tait, les yeux remplis de larmes
Le Timonier ressent, une émotion poignante.
Mais point il ne faiblit, son inflexible marche
Car il est en son cœur, une amante plus chère
Qui l'appelle au secours, désespérée, la Chine.

L'incroyable prouesse, enfin se réalise.
Voici qu'un matin clair, on voit à l'horizon
Les falaises de lœss, abritant la cité
Ningxia, le port sauveur, Ningxia, la délivrance.
Las, combien de souffrance, et combien de cadavres
Jonchent les hauts plateaux, du Guizhou, du Gansu.
L'Armée Rouge a franchi, dix mille kilomètres
Vingt massifs montagneux, traversé vingt cours d'eau
Livré sans reculer, vingt combats décisifs.
Cent vingt mille au départ, vingt mille rescapés
L'Humanité, ce jour, sait qu'un peuple renaît.
L'exploit, grandiose, immense, incroyable, impensable.
Pouvait-on concevoir, que la ténacité
Pût surmonter ainsi, d'aussi grandes épreuves
Tandis que le commun, de la sapienne engeance
Ne peut manifester, que lâche pleutrerie?
L'abnégation, l'ardeur, forcent l'admiration
Quand tant de pervertis, avilis, amollis
S'adonnent au plaisir, au vice, à la débauche.
Le monde abasourdi, ne peut même croire
Ne peut imaginer, la formidable geste.
Fût-il un jour sur Terre, action plus téméraire?
Fût-il au cours des temps, Marche plus importante
Plus tragique, acharnée, plus dure et meurtrière
Plus ample déploiement, d'énergie, volonté?
Fût-il partisans mus, par un plus grand courage?
Mais l'esprit dépassé, par tant d'obstination
Ne parvient, incrédule, à saisir la prouesse.
L'Armée Rouge rejoint, au-delà de l'Histoire
Les Dix Mille menés, par le fier Xénophon.
Les bâtisseurs de T'sin, qui jadis édifièrent
Les tours et les remparts, de la Grande Muraille
Les voyant pourraient dire «Là sont nos dignes fils»
Le Grand Timonier, Mao Zedong, céleste guide.
Connût-on dans l'Histoire, homme plus résolu?

Cependant à Shangaï, la Reine de l'Orient
La mode occidentale, envahissant la ville
Brille de son vernis, superficiel et vain
Jazz, fox-trot, jupes fendues, films hollywoodiens.
La starlette May Wong, à tous montre ses cuisses.
Dans la fumée des pubs, les vibrants flashs des spots
Les jeunes désœuvrés, malaxent du chewing-gum
S'abrutissent de rythme, et s'enivrent de gin.

*

Le Japon combatif, le Japon belliqueux
L'attaque de Shangaï, les tanks dans la cité.
Les destroyers nippons. Bordées à bout portant.
Sac de Nankin, l'horreur, massacre des civils.
Mais le Japon fléchit, mais le Japon s'efface.
Puis le conflit civil, attentisme, observation.
Le chef guerrier devient, brillant dialecticien
Dispenseur de slogans, ardent propagandiste.
Guomindang, Chiang Kai-shek, bonnet blanc, blanc bonnet
Gouvernement fantoche, aidé par les Yankees.
Chiang Kai-shek et Truman, clique réactionnaire...
La Chine est en danger, d'imploser, d'éclater
Pourrait-on cependant, éviter la discorde?

L'entrevue. Les deux chefs, l'un en face de l'autre.

Mao, Chiang, pourrait-on, prévoir une rencontre
Plus incroyable, insolite, inimaginable?
Patricien, plébéien, maître devant esclave.
Pourrait-on concevoir, deux personnalités
Deux tempéraments, deux complexions, deux natures
Plus ennemis, opposés, plus antinomiques?
L'un, brillant revêtu, d'un superbe uniforme
L'autre en simple habit gris, de révolutionnaire.
L'un acharné, bouillant, l'autre pondéré, calme.
L'un superbe et cynique, arrogant, flamboyant
L'autre modeste, effacé, placide et patient.
Mao, Chiang, pourrait-on, rencontrer deux humains
Plus radicalement, se niant, s'ignorant?
L'un fils de paysan, l'autre d'aristocrate.
Nombreux sont les guerriers, commandés par chacun.
Ne croirait-on pas voir, Achille, Agamemnon?
Tous deux sont beaux, tous deux sont forts, puissants, tous deux
Sont l'honneur de la Chine, et l'honneur de leur caste.
L'un par sa pauvreté, l'autre par sa richesse
L'un par l'humilité, l'autre par la fierté.
Le peuple voudrait voir, l'entente les unir
Car il chérit tous deux, ces héros orgueilleux.
Les mortels ennemis, deviendraient-ils alliés?
Mais un ressentiment, profond, inexorable
Dans chacun d'eux remue, leur cœur dans leur poitrine.

L'entrevue de la paix, débouche sur la guerre.

*

Mao, Chiang, échec, mat, le duel est terminé.
L'un vient de triompher, l'autre a fui vers Formose.
Le pays dévasté, devra se rétablir.
Pour le Grand Timonier, c'est un autre défi.
Le voici contesté, le voici critiqué.
Le discours de Khrouchtchev, un poignard dans le dos.
Liu Shaoqi, Deng Siao-ping, les nouveaux maîtres.
Conspiration manquée, la perte du pouvoir.
Le Timonier reprend, la barre abandonnée.
Le Grand Bond en avant, un seul jour vaut cent jours.
Que l'école étudie, que cent fleurs s'épanouissent
Collectivisation, camps de travaux forcés.
Purge, élimination, purge, extermination.
Lin Biao disgracié, Chou En-lai écarté.
Que l'école étudie, que cent fleurs s'épanouissent.
Rééducation, rectification, réforme.
Le parti lézardé, renié, désavoué.
Cruauté, barbarie, haine des Gardes Rouges.
Chine et Russie, le fossé, l'incompréhension
Rappel des techniciens, projets abandonnés.
Procés publics, accusations, humiliations.
Chou En-lai n'est qu'un pet, un excrément de chien.
Halte au révisionnisme, halte au capitalisme.
Le pouvoir muselé, par la Bande des Quatre
Le groupe de Shangaï, décime le Parti.
Mao, grand Timonier, le sauveur de la Chine.
Mao, dominateur, l'oppresseur tyrannique.
Mais le pays ruiné, plonge dans le marasme
Le Grand Bond en avant, devient pas en arrière.
L'économie s'effondre et l'industrie décline
L'école dépérit, les cent fleurs se flétrissent
Lettre de P'eng Tö-houai, la Chine est enlisée.
Réhabilitations, reprise du pouvoir
Lin Biao qui s'élève, et bientôt qui s'effondre.
Le Petit Livre Rouge, apparaît, disparaît
Tandis que diminué, le Timonier se meurt.
Puis un nouveau plenum, du Comité Central.
Vite, agir, agir, proscriptions, arrestations.
Le procès de Jiang Jing, débat, protestation.
La veuve se rebiffe, elle est domptée, soumise
Venimeuse vipère, inassouvie tigresse.
La bête est maîtrisée, verrouillée, confinée.

La paix règne à nouveau, sur la Chine éternelle.
Confucius retrouvé, Confucius restauré.
L'activité reprend, l'économie prospère.
La Chine industrieuse, est l'atelier du Monde.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - © Éditions Sol'Air - 2007