L'ÉCRITURE EUPHONIQUE

PRINCIPES FONDAMENTAUX


INTRODUCTION AU CONCEPT D'ÉCRITURE
EUPHONIQUE


-But et définition globale

Le concept d'écriture euphonique propose d'obtenir un texte littéraire dont la lecture - orale ou subvocalisante (en lecture intérieure) - apparaisse la plus congruente possible à l'oreille et à l'esprit. Ce concept peut concerner tous les genres en prose et poésie, mais il est particulièrement approprié aux textes à tendance poétique ou esthétisante.

Cet exposé représente, de la part d'un auteur-déclamateur, un témoignage à l’attention de tous ceux qui pourraient s'intéresser à l'aspect euphonique de l'écriture et voudraient éventuellement à leur tour s'y essayer.

-Compétence de l'auteur

L'auteur de cet article s'appuie sur une réflexion et une pratique conjointes menées durant de nombreuses années, précisément par l'écriture et la déclamation de textes littéraires dans tous les genres: poésie, prose poétique, roman, textes courts...

-Aspect subjectif du sujet

Nous remarquerons que le sujet, impliquant un jugement de valeur, n'est pas un sujet d'ordre linguistique en tant que science du langage. De fait, les ouvrages et études sur l'euphonie concernent le domaine purement littéraire. Néanmoins, l'établissement de la théorie de l'écriture euphonique occasionnera certaines observations appuyées par des statistiques préalables. Précisons qu'elles concernent uniquement le registre du langage littéraire.

-Préconisations

Il existe rarement de limite absolument tranchée entre une conformation jugée euphonique et une conformation jugée cacophonique. Souvent, tous les degrés existent. Dans le cadre d'une discipline pratique, il est cependnat nécessaire de formuler des préconisations précises. L'esprit ne peut pas se satisfaire de consignes floues, ce qui conduirait au découragement, même si l'on sait pertinemment que la réalité phonologiue est très nuancée.

Par souci de clarification, nous indiquerons en encadrement chaque préconisation d'écriture euphonique directement à l'issue de la réflexion dont elle découle.


-Statistiques

Diverses statistiques sont alléguées afin de montrer la justification d'une préconisation ou bien à titre indicatif. Elles sont obtenues à partir d'échantillons textuels précisés par le lien suivant:

Inventaire et source des échantillons textuels


REMARQUE GÉNÉRALE SUR L’EUPHONIE
DANS LA LANGUE FRANÇAISE


-Inconvénients de la langue française

La langue française présente sur le plan euphonique des inconvénients majeurs dans son traitement au niveau des interfaces entre mots - et parfois à l'intérieur de certains mots - par la présence des e caducs (nommés anciennement muets) et des liaisons. Il s’ensuit parfois, voire souvent, dans le cas de la prose, une indétermination de la prononciation. Il s'y ajoute l'indétermination des arrêts temporels, particularité qui n'est cependant pas spécifique à la langue française. Ces difficultés peuvent être largement amoindries par une écriture littéraire appropriée, néanmoins génératrice de contraintes. L'écriture euphonique a l'ambition d'y prétendre.

-Avantages de la langue française

En revanche, la langue française possède un avantage appréciable pour la recherche d’euphonie en raison de sa très grande diversité de phonèmes (surtout vocaliques). Ces phonèmes, distribués selon une proportion entre sons vocaliques et consonantiques favorable, se caractérisent par leur extrême netteté, leur absence de rudesse (pas de sons gutturaux marqués, r à prononciation très douce...) ainsi que par leur fluidité, toutefois si l’on se livre à l'évitement des cacophonies de contact. La langue française n’occasionne pas d’occurrences insistantes sur certains phonèmes qui risqueraient d’engendrer une trop grande monotonie, si toutefois l’on parvient à gérer la présence des "e" caducs. De surcroît, l’absence d’accents toniques marqués contribue à la valorisation des homophonies car elles évitent ainsi d’être relativement masqués par la scansion. Sur un plan plus général, c'est également cette quasi-absence de scansion qui permet de mieux focaliser l'attention de l'auditeur sur le sens du texte au contraire des langues à musicalité ou scansion plus affirmées. Toutefois, si cette quasi-absence de scansion peut être considérée comme positive pour la prose, elle constitue certainement un inconvénient pour la poésie qui implique un rythme plus affirmé. Sur le plan visuel - auquel la poésie n’est pas insensible - on doit cependant regretter une certaine complication scripturale. Et consécutivement sur le plan oral, on peut déplorer de nombreuses ambiguïtés qui nuisent parfois à la compréhension.


RELATIVITÉ DE L’EUPHONIE

-Sensibilité liée au lecteur

La sensibilité à l’égard des qualités euphoniques dans un texte littéraire n’est pas partagée par tous les lecteurs, qu’il s’agisse de l’effet désagréable induit par les cacophonies ou de l’effet produit par les homophonies positives. Certaines personnes ne soupçonnent même pas la présence de certaines cacophonies quasiment imprononçables. S’agit-il de modalités différentes de la lecture intérieure (subvolcalisante ou non)? S'agit-il de perception différente, moins musicale, plus cérébrale? D'autre part, il est difficile d'établir si la lecture intérieure repose sur la même sensibilité à l'euphonie que la lecture réelle ou encore l'audition résultant d'une lecture réalisée par un tiers. nous développerons plus loin ce questionnement.

-Sensibilité liée à l'auteur

Les mêmes différences peuvent apparaître au niveau de l'écriture de la part des auteurs. Certains travailleront leur texte en fonction de l’euphonie (surtout en poésie par l'intermédiaire des règles prosodiques), d’autres ignoreront totalement cet aspect. La recherche de l’euphonie implique particulièrement une attitude d’artiste et une sensibilité musicale. Elle exige en outre un effort de distanciation par rapport au contenu sémantique, ce qui doit être le propre du créateur. Certains auteurs sont tellement impliqués, imprégnés par leur pensée, par leur idéalisme que la considération de leur texte sous un angle extérieur, et particulièrement sur le plan matériel des effets phoniques, leur paraît une impossibilité incongrue ou même un sacrilège. Ils considèrent l’activité littéraire comme une sorte de catharsis psychique irréductible à toute analyse et fixée dans sa forme définitive dès sa révélation. D’autres auteurs centreront leurs corrections uniquement sur le contenu sémantique ou la syntaxe car ils ont une conception purement sémiotique du langage plutôt qu'une conception musicale. Les créations des uns et des autres pour cela ne sont sans doute ni plus ni moins profondes ou superficielles, ni plus ni moins authentiques, ni plus ni moins justifiées, elle sont simplement différentes. Chaque auteur comme chaque lecteur choisit ce qu'il écrit, ce qu'il lit en fonction de sa conception, de sa perception individuelle. Il est néanmoins difficile en cas de déclamation d'éliminer l'aspect phonique. En effet, intervient dans ce cas une exigence minimale d'aisance élocutoire pour le déclamateur et de clarté sonore pour l'auditeur.

-Sensibilité liée à l'écosystème de la langue

Les différentes langues, au niveau scriptural et lexical, ont pu témoigner d'une conception différente de l'euphonie et d'une sensibilité variable à son égard. Le grec ancien nous fournit l'exemple d'une langue où l'euphonie apparaît comme une préoccupation majeure notamment par les formes contractes, les crases, élisions, la règle de limitation concernant l'accent tonique, la règle des enclitiques...). Le primat de l'oralité pendant l'Antiquité et jusqu'à l'invention de l'imprimerie implique une grande importance de l'aspect phonique. C'est particulièrement le cas pour la poésie largement associée à la pratique déclamatoire.

-Sensibilité liée au genre littéraire et au contenu

En dernier lieu, la perception de l'euphonie dépent du genre littéraire concerné. On conçoit que l'auteur ou le lecteur se trouvent dans des dispositions plus exigentes sur l'euphonie dans les genres littéraires de la poésie ou de la prose poétique et selon le type de contenu littéraire.


LES INDÉTERMINATIONS ORALES DU TEXTE

Les textes littéraires en prose dans la langue française présentent de nombreuses indéterminations laissant la prononciation à la discrétion du lecteur.

Ces indéterminations portent essentiellement sur 3 aspects:

-prononciation ou apocope (non prononciation) des e caducs: post-accentuels terminaux (e à la fin de certains mots comme dans le mot colline) ou intra-lexicaux (e à l'intérieur de certains mots comme dans le mot sûrement).

-prononciation ou évitement des liaisons

-place et nombre des arrêts temporels, liés à une ponctuation elle-même ambiguë et aux respirations à l'initiative du lecteur

Dans le cadre d'une écriture euphonique, il apparaît que ces indéterminations représentent une difficulté. Nous en montrerons les inconvénients et nous examinerons les dispositions destinées à les lever. L'écriture de la prose euphonique comme de la poésie euphonique se rapprochera en cela de la poésie classique dans laquelle les indéterminations majeures de l'oralité sont supprimées par les dispositions obligatoires de la prosodie.

Il apparaît également que l'indétermination orale est un obstacle à l'affirmation exacte de l'idée exprimée par l'auteur, en particulier sur le registre de langage qu'il veut communiquer.

Relativement à notre sujet, nous considérerons que les variations d'intonation, dont les accents toniques, sont consécutives de la ponctuation. Ainsi, nous ne les retiendrons pas comme une indétermination majeure, ce qui n'exlut pas leur importance intrinsèque. De même, la tessiture générale du discours, la rapidité du flux vocal ou sa lenteur, peuvent être variables, paramètres qui n'interviennent pas dans notre sujet.


SIGNES DE PONCTUATION TRADITIONNELS

Il nous est apparu que le préalable à toute théorie de l'écriture nécessite de pouvoir indiquer sans ambiguïté la présence ou non d'un arrêt temporel dans le discours.

S'il est évident que les différents types de points, guillemets, tirets, signifient un arrêt temporel (quoique ce ne soit pas toujours le cas en poésie classique), la signification de la virgule apparaît beaucoup plus problématique, ce que traduit la variabilité des définitions qu'en donnent les dictionnaires courants, notamment si l'on compare la définition de l'Académie française et celle du Trésor de la Langue Française.

Voici par exemple la signification donnée à la virgule par quelques dictionnaires:
Académie Française 8th Edition (1932-5): indique la moindre des pauses
Trésor: sépare les membres d'une phrase ou indique une pause faible.
Robert: marque une pause de peu de durée, qui s'emploie à l'intérieur de la phrase pour isoler des propositions ou des éléments de propositions
Littré: indique la moindre de toutes les pauses.
Larousse: distingue, à l'intérieur de la phrase, des mots, des groupes de mots ou des propositions qu'il est utile de séparer ou d'isoler pour la clarté du contenu.
Office Québécois de la Langue Française: séparer des mots de même nature et des propositions à l'intérieur d'une phrase.
Certains dictionnaires (Académie, Robert, Littré) définissent la virgule comme marqueur temporel, d'autres comme marqueur syntaxique (Larousse, Office Québécois de la langue Française). Enfin, le dictionnaire Trésor propose une définition ambiguë. Ces variations s'expliquent probablement car il est apparu aux rédacteurs de certains dictionnaires que la signification originelle de la virgule signifiant une respiration, ne pouvait s'appliquer à tous les emplois réels de ce signe, ce que traduit la pratique déclamatoire (23 % des virgules n'occasionnent pas de pause et inversement, parmi les interfaces sans point, 55 % des pauses se trouvent sur des interfaces sans ponctuation). Nous verrons par la suite comment nous pouvons pallier à cette difficulté. On remarquera que l'ensemble des locuteurs (y compris la plupart des lettrés) considèrent que la virgule doit entraîner une pause obligatoire (quoiqu'ils ne l'appliquent pas). De même, l'enseignement appuie cette définition, en particulier l'apprentissage basique de la lecture dans les écoles.

Ces variations, à notre avis, ne sont pas tolérables. Il faut que le lecteur sache clairement si la virgule indique une pause ou non pour déterminer sa lecture, à moins de laisser à son intuition l'interprétation du signe, ce qui, nous le verrons plus loin, entraîne des inconvénients majeurs.

La seule solution compatible avec une détermination orale claire des arrêts temporels nous paraît d'adopter la définition de la virgule selon le dictionnaire de l'Académie Française 8th Edition: signe indiquant la moindre des pauses. Nous considérerons donc la virgule comme un arrêt temporel obligatoire signifiant une pause courte. Les autres signes de ponctuation: points, guillements, tirets signifieront une pause plus longue et le retour à la ligne (déterminant un paragraphe) signifiera une pause plus longue encore.

Préconisation d'écriture et lecture, prose et poésie
signe pause obligatoire 
 virgule  courte 
 points, guillemets, tirets  longue 
retour ligne (§)  très longue 



Nous verrons plus en détail dans un prochain paragraphe les aspects de l'écriture euphonique liés à la ponctuation.

Précisons que la pause courte déterminée par la virgule obéit à un minimum de 0,8 seconde environ correspondant au temps d'inspiration nécessaire à la poursuite de la déclamation.


ÉVITEMENT DES E POST-ACCENTUELS TERMINAUX DANS LE FLUX EN PROSE EUPHONIQUE

Les e caducs, lorsqu'ils sont prononcés, permettent dans la langue d'éviter les rencontres consonantiques plus ou moins abruptes. Néanmoins, de nombreux inconvénients résultent de cette indétermination. L'apocope (non prononciation) intuitive du lecteur réalise une prononciation sélective de ces e caducs qui permet, dans une certaine mesure, d'éviter certains de leurs inconvénients, notamment la règle intuitive des 3 consonnes (voir note à la fin du paragraphe) évitant leur trop grande densité. Voici une liste de ces inconvénients:

-ils apparaissent comme des chevilles artificielles pour éviter les rencontres consonantiques

-la succession accent tonique e peut devenir lancinante

-ils peuvent s’accumuler localement, rendant le discours peu agréable (ce qui est beaucoup moins possible en poésie)

-la prononciation ou non de ces e entraîne une indétermination du texte à la discrétion du lecteur (contrairement à la poésie)

-certaines conditions euphoniques de leur utilisation (incongruence au niveau des virgules interprétées comme arrêt temporel(*), loi de limitation par rapport à l'accent tonique en fin de syntagme(*), incompatibilité de la syllabe re(*)) compliquent leur utilisation

-ils occasionnent une prose relativement scandée (même si c’est léger en langue française) qui n'est pas fondamentalement compatible avec la prose. Ainsi, ils apparaissent comme des chevilles inesthétiques parsemant le discours.En poésie, cette scansion est au contraire positive car elle s'intègre dans un rythme défini par la métrique.

-ils laissent à la discrétion du lecteur la possibilité d'exprimer d'un certain registre de langage plus ou moins distingué ou relâché, voire vulgaire, dont l'auteur n'a pas la maîtrise.

Il nous est apparu par la pratique que la seule solution pour obtenir une prose euphonique propre est d’éviter tous les e post-accentuels dans le flux, c'est-à-dire à l'intérieur de syntagmes limités par les arrêts temporels. C’est une contrainte importante, mais aucune autre solution simple ne semble satisfaisante.

Le bénéfice euphonique consécutif de cette préconisation apparaîtra par l'exemple suivant, que l'on apocope ou non le e post-accentuel:

La colline fut belle.

La colline est belle.

Néanmoins, c'est sur l'ensemble d'un texte que l'effet de la suppression des e post-accentuels apparaîtra perceptible.

Par ailleurs on optera pour une prononciation de tous les e caducs intra-lexicaux (à l'intérieur des mots comme dans nullement), ce qui paraît une solution plus littéraire en évitant la rencontre consonantique de l'apocope (non prononciation)

Il a naturell'ment raison (prononciation incongruente)

Il a naturellement raison (prononciation congruente)



Préconisation d'écriture (prose uniquement)
-On évitera tous les e post-accentuels terminaux à l'intérieur du flux (déterminé par les arrêts temporels. Cette préconisation ne s'applique pas à la poésie.
La montagne fut belle.
("e" de montagne incongruent)
La montagne est belle. (congruent)




Préconisation de lecture (prose et poésie)
-On prononcera tous les e intra-lexicaux (à l'intérieur des mots)
naturell'ment (incongruent)
naturellement (congruent)



Il est rappelé que toutes les valeurs statistiques ci-dessous relatives à la prose concernent uniquement la prose littéraire (roman, prose poétique, nouvelle...)

-prononciation des e caducs de polysyllabes post-accentuels dans le flux sur interface sans ponctuation et hors élision
Les proclitiques molosyllabes (le, je, me...), presque toujours prononcés en déclamation littéraire, ne sont donc pas comptabilisés.
nombre total: 116 pour 1000 interfaces
42 % prononcés, 50 % apocopés, 8 % ammuis sur respiration
Parmi les interfaces sans respiration, 45% sont prononcés, 55 % sont apocopés.
Plus le nombre de syllabe du mot est élevé, plus le pourcentage de prononciation diminue, passant de 48 % pour un dissyllabe à 33 % pour un pentasyllabe.
En général, comme la statistique le montre, ce sont plutôt les e caducs sur la fin des polysyllabes qui sont apocopés car leur prononciation est moins intuitive que sur les disyllabes pour lesquels l'accent tonique peut être plus facilement marqué, ce qui augmente la tolérance du e post-accentuel.
Le taux de prononciation dépend aussi du type de syllabes:
-prononciation des e caducs post-accentuels en fonction des syllabes en prose littéraire
Règle des 3 consonnes:
Lorsque l'apocope (non prononciation) occasionne la rencontre de 3 sons consonantiques ou plus, le e se trouve généralement plus souvent prononcé pour des raisons évidentes de facilité élocutoire.
un membre de la famille (br et d: 3 sons consonantiques)
la vile fripouille (l et fr: 3 sons consonantiques)
la campagne verte (gn et v: 2 sons consonantiques)
Dans le cadre des textes littéraires où la prononciation des e caducs est plus importante que dans le langage courant, cet effet reste néanmoins prononcé. Le taux de prononciation est de 73 % pour les interfaces à 3 consonnes alors qu'il est de 34 % en cas d'interface consonantique à 2 consonnes. Cette statistique ne comptabilise pas le cas particulier des proclitiques (le, je, te...) qui sont quasiment toujours prononcés dans la déclamation des textes littéraires.
Le taux de prononciation dépend du type de consonne considéré et aussi de leur répartition au niveau de l'interface. Par exemple, la différence est relativement faible entre be et d'autre part ble ou bre, très importante entre pe et ple. Les 2 consonnes du premier mot de l'interface sont largement déterminantes. Notamment, on trouve les pourcentages de prononciation suivantes pour les combinaisons indiquées ci-dessous (x représente une consonne quelconque):
xx_x (ex: ombre portée): 82 %
x_xx: (ex: pâle trogne) 64 %
-prononciation des e intralexicaux (à l'intérieur des mots)
naturellement
Ces e ont une fréquence de 36 pour 1000 interfaces. Ils sont prononcés à 83 % dans le cadre de textes littéraires. Notons qu'ils obéissent également à la règle des 3 consonnes.
-nombre d'élisions sur interface e post-accentuel sans ponctuation
hors élisions constitutives indiquées par une apostrophe (l', c', d'...)
nombre total: 81 pour 1000 interfaces. En déclamation, parmi ces élisions sur texte, on trouve
4 % de e prononcés - 88 % d'élisions (correctes ou incorrectes) - 7 % de respirations, 1 % d'aspirations
Parmi interfaces sans respiration: 6 % e prononcé - 94 % élisions (correctes ou incorrectes)
-e caducs post-accentuels consécutifs (hors e de proclitiques)
la grande table rouge.
Taux de 19 pour 1000 interfaces. En déclamation, 7 pour 1000 interfaces sont prononcés.
-e caducs post-accentuels euphoniques
Même si certains mots ne comportent pas scripturalement un e caduc post-accentuel, ils peuvent dans un environnement de consonnes entraîner à l'oralité dans le langage courant l'ajout d'un e euphonique, ce qui ne peut évidemment être accepté dans le registre littéraire, néanmoins cela se produit parfois.
Le vent d'ouest souffla.
Le vent d'oueste souffla. (prononciation courante)
Le pourcentage de ces e (appelés quelquefois euphoniques) est environ de 1 %.
-Lissage de la langue à l'oralité grâce aux e caducs
Les e caducs post-accentuels dans la langue française agissent comme des voyelles tampons susceptibles d'éviter les enchaînements consonantiques entre les mots (par intercalation d'une voyelle neutre entre des consonnes plus ou moins incompatibles).
En effet, quand les e caducs post-accentuels sont apocopés, ils peuvent éviter une rencontre consonantique:
Considérons le premier exemple suivant en comparant la lecture d'un e apocopé ou non:
la parole d'un homme (e prononcé)
la parol' d'un homme (e apocopé)
La lecture apparaît beaucoup plus adoucie lorsque le e de parole n'est pas apocopé (évitant ainsi un enchaînement consonantique).
En revanche, dans le fragment suivant:
le mariage de ma sœur (e prononcé)
L'apocope du e de mariage n'introduit pas de dysharmonie très sensible (car la succession gd est moins abrupte que la succession ld de l'exemple précédent) et même évite la cacophonie vocalique ge, de.
-Lissage instinctif du locuteur
Néanmoins, l'accumulation ponctuelle des e caducs entraînerait un effet négatif si le lecteur les prononçait tous, comme dans l'exemple ci-dessous:
une petite chose négligeable.
Le lecteur réalise un lissage intuitif en apocopant un certain nombre de ces e. En revanche, une apocope outrancière entraîne un langage dur, proche du langage argotique. Ce lissage instinctif vaut surtout en éliminant la syllabe "re" et pour les succession e post-accentuel e non accent toniques (voir cacophonie eu).
Le gommage instinctif des cacophonies par le lecteur peut parfois engendrer des élisions incorrectes ("fausse élision") qui ne sont évidemment pas admissibles dans un discours littéraire. Exemple:

Des roses épanouies prononcé Des ros'épanouies

Le taux de telles incorrections atteint 54%. nombre pour 1000 interfaces: 10
18 % sur respiration
parmi les interfaces sans respiration
25 % élisions déclamées avec liaison et prononciation du e (correcte)
ils viennent en chantant
31 % élisions déclamées avec liaison sans prononciation du e pour 1000 interfaces (correcte apocopée)
ils vienn't en chantant
44 % élisions sans prononciation de la liaison ni du e (incorrecte ou "fausse élision")
ils vienn'en chantant
monosyllabes proclitiques (ce, de, le...)
37 pour 1000 interfaces
97 % prononcés - 3 % apocopés
Pour toutes ces statistiques, voir:
Statistique sur les couples texte déclamation
Règle des 3 consonnes


COMPATIBILITÉ DES INTERFACES AU NIVEAU DES TERMINAISONS EN CONSONNE OU E AMMUI

-Singularité des terminaisons en consonne ou e ammui

Considérons ce que deviennent les terminaisons en e ou en consonne au niveau d'un arrêt temporel:

Nous jouons à la balle. (terminaison par e ammui)

Nous adorons le bal. (terminaison par le son l)

Ces conformations en e ou en consonne sont phoniquement peu distinctes, voire identiques. Elles peuvent être légèrement distinguées si le lecteur essaie de prolonger volontairement un peu le e dans le premier cas (e ammui asthéno-tonique), ce qui est conseillé surtout en poésie (ici balle par rapport à bal). Dans les 2 cas, le mot se termine par un son ressemblant à un chuintement, un claquement, un chuchotement, un sifflement... suivant les consonnes. Sur le plan de l'étude des cacophonies qui nous intéresse, ces 2 terminaisons sont assimilables à des pseudo-voyelles, que ce soit le e ammui prolongé volontairement ou le résidus sonore engendré par la consonne brute.

-Terminaisons e-virgule consonne (balle, nous)
nombre pour 1000 interfaces: 45
parmi les interfaces sans ponctuation 1 % e prononcés - 22 % e apocopés - 77 % respiration
parmi interfaces sans respiration: 4 % prononcés - 96 % apocopés
-nb terminaisons consonne-virgule (bal, c'est)
nombre total texte: 66 - nombre pour 1000 interfaces texte : 7
71 % sur respiration - 17 % sans respiration - 0 % e erratique sans respiration
--nb terminaisons voyelle-virgule (ballon, c'est)
nombre total: 290 - nombre pour 1000 interfaces: 24
78 % sur respiration - 22 % sans respiration
La terminaison de la dernière syllabe fortement ammuie (l de bal ou le de balle) apparaît généralement sur les enregistrements sonores avec une intensité de 2 à 3 dixièmes d'une syllabe normale dans le flux non accent tonique (improprement nommée "syllabe atonique") et de durée identique. Elle peut être plus ou moins marquée selon les consonnes considérées.
Pour plus de précision sur les éléments statistiques, voir:
Statistique sur les couples texte déclamation

-Conséquence des terminaisons en consonne ou e ammui avant une pause

Précisons que les effets négatifs de ces terminaisons apparaîtront difficilement sur les exemples topiques ci-dessous car ils se font sentir sur une dimension de texte plus importante qui les cumule. C'est à l'issue d'une longue expérience de la lecture que nous avons pu les établir.

Ces conformations occasionnent 2 conséquences:

-Première conséquence: création de pseudo-cacophonies vocaliques

En cas d'arrêt temporel au niveau d'une virgule ou d'un point, sur le plan euphonique, ces 2 terminaisons occasionnent des pseudo cacophonies vocaliques, légères, mais sensibles si la 2ème syllabe de l'interface est une voyelle.

Allons au bal. Ainsi distrayons-nous. (cas C.V incongruent)

Jouons à la balle. Ainsi distrayons-nous. (cas C.V incongruent)

Pour éviter cet inconvénient, tout syntagme précédant un arrêt temporel doit commencer par une voyelle:

Allons au bal. Distrayons-nous. (cas C.C congruent)

Jouons à la balle. Distrayons-nous. (cas C.C congruent)

-Deuxième conséquence: incompatibilité avec la charchière syntaxique

Ces conformations plus ou moins abruptes créent un effet de rupture de sorte que si les 2 syntagmes sont fortement liés grammaticalement (cas de virgule) l'interface apparaît inopportune, quelle que soit la 2ème syllabe. En revanche si les 2 syntagmes sont relativement indépendants (cas des points), la compatibilité est assurée (toutefois si la condition précédente est remplie: 2ème syllabe de l'interface en consonne, évitant ainsi une pseudo-cacophonie vocalique).

En jouant à la balle, nous éviterons l'ennui. (cas e.C incongruent)

En allant au bal, nous éviterons l'ennui. (cas C,C incongruent)

Nous allons au bal. C'est amusant. (cas C.C congruent)

Nous jouons à la balle. C'est amusant. (cas e.C congruent)

L'effet d'incongruité en cas de syntagmes liés (cas de virgule) est bien réellement spécifique à ces conformations finales. On peut vérifier en effet que dans les même conditions, une terminaison en voyelle vraie (non ammuie) sur arrêt temporel apparaît congruente:

En jouant au ballon, nous éviterons l'ennui. (cas V,C congruent)

La voyelle on permet de se reposer sur la pause et ainsi évite l'effet de rupture.

-Préconisations concernant les cacophonies sur arrêt temporel

Au final, il apparaît qu'en cas d'arrêt temporel, seules les combinaisons dans le tableau ci-dessous - exemptes par ailleurs de cacophonies dues à des consonnes - sont valides.


Préconisation d'écriture (prose et poésie)
Les possibilités d'interface en cas d'arrêts temporels sont les suivantes (V: voyelle, C: consonne, §: saut de paragraphe)
TYPE EXEMPLE
V § C  ...mont. § Le...
C § C  ...grésil. § Nous...
e § C  ...montagne. § Le...
V § V  ...mont. Ainsi...
V . C  ...mont. Le...
C . C  ...grésil. Nous...
e . C  ...montagne. Le...
V , C  ...mont, le...



On remarquera qu'une seule conformation est possible dans le cas d'une virgule (lorsqu'elle est interprétée comme arrêt temporel par le lecteur): V,C. Les autres configurations conduisent à des effets incongruents de rupture auxquels s'aditionnent des cacophonies vocaliques avec une voyelle entière, ammuie ou très ammuie.

-Cas relatifs à la virgule

Voici l'ensemble des cas relatifs à la virgule interprétée en tant qu'arrêt temporel, indiquant notamment les conformations incongruentes:

INT: type d'interface (V: voyelle, C, consonne, e: e post-accentuel, LI: liaison potentielle)
APPLIC: domaine d'application
CAC: type de cacophonie: voc: vocalique, ps-voc: terminaison pseudo-vocalique en consonne ou e ammui
CONG: congruence (con: congruent, inc: incongruent)

INTAPPLICEXEMPLECAC CONG
V , Vpro poé La vallée, arrosée... voc inc
V , Cpro poé La vallée, dominant...- con
e , Vpoé La montagne, élevant... ps-voc inc
e , Cpoé La montagne, s'élevant... ps-voc inc
e LI , Vpoé Les montagnes, élevant... pseudo-voc inc
C , Cpro poé Le pic, s'élevantps-voc inc
C , Vpro poé Le pic, élancé...ps-voc inc
V LI , Vpro poé Les marchands, étalant... voc inc
C LI , Cpro poé Ces lacs, étendant...ps-voc inc

Le seul cas que nous considérons comme congruent V,C correspond à 32% des occurences sur virgule. L'ensemble des autres cas que nous considérons comme erratiques dans le cadre de la théorie euphonique correspondent donc à 68% des cas, ce qui est très conséquent, dont notamment les cas d'interface e post-accentuel consonne sur virgule (avec liaison correcte ou incorrecte à l'oralité) (18%). Les virgules placées sur des interfaces non congruentes nuisent donc considérablement à l'euphonie.
Sur l'ensemble, la conclusion évidente est qu'il est indispensable que l'auteur définisse les interfaces compatibles sur lesquelles le lecteur pourra s'arrêter.


MARQUAGE SYNTAXIQUE

Pour établir la théorie euphonique, nous avons choisi comme définition de la virgule celle d'un arrêt temporel (conformément à la définition donnée par le dictionneaire de l'Académie française).

Or, nous avons vu précédemment qu'un grand nombre d'interfaces au niveau d'un arrêt temporel impliqué par la virgule sont incongruentes sur le plan euphonique. Néanmoins, pour ces cas, l'arrêt temporel peut être remplacé avantageusement par une inflexion vocale plutôt qu'un arrêt temporel (ce qui se produit souvent dans la pratique déclamatoire). Cette variation d'intonation est nécessaire pour indiquer le marquage syntaxique et rendre le texte intelligible. Il est donc indispensable de l'indiquer par un signe spécifique et non par la virgule. Ce signe existe, mais se trouve utilisé uniquement comme signe didascalique dans l'analyse, c'est le signe de coupe | ou /. Nous l'adapterons cependant à une utilisation courante en le réduisant en exposant. Ce signe déterminera de la part du lecteur une inflexion vocale ou un marquage de l'accent tonique à ce niveau sans arrêt temporel, d'où l'appellation de signe intonentiel qu'on peut lui prêter. Voyons quelques exemples:

La sève, elixir des végétaux, s'épanche à travers les feuilles.

devient:

La sève | elixir des végétaux, s'épanche à travers les feuilles.

et par simplification du signe de coupe intonentiel:

La sève' elixir des végétaux, s'épanche à travers les feuilles.

Dans cet exemple, l'élision entre sève et élixir ne peut tolérer un arrêt temporel. La charnière syntaxique se trouve alors marquée par un signe de coupe.

Par ce système de ponctuation, l'auteur peut déterminer le rythme qu'il veut à la phrase et séparer les syntagmes nécessaires à la compréhension du texte sans que puissent être générés en lecture des arrêts temporels incongruents.

Dans le cas de l'élision ou d'une liaison, ce signe convient particulièrement par sa ressemblance avec l'apostrophe et incite d'autant plus à les respecter. D'une manière générale, le signe de coupe, placé en exposant, incite plutôt à une liaison alors que la virgule, placée en indice, incite plus logiquement à un arrêt.

En poésie, l'emploi du signe intonentiel de coupe permettra d'indiquer les coupes à l'intérieur du vers. Voir l'article sur la métrique poétique concernant l'application du signe intonentiel de coupe à la poésie.

L’hirondelle s'envole, éperdue, magnifique.

L’hirondelle s'envole || éperdue | magnifique.

L’hirondelle s'envole" éperdue' magnifique.


Nous remarquerons en dernier lieu que cette écriture, qui peut déconcerter au premier abord, est parfaitement orthodoxe. Les signes qu'elle utilise ne sont pas nouveaux et correspondent parfaitement à leur définition: la virgule telle que la définit l'Académie Française, le signe de coupe, la césure définis par la tradition de l'analyse textuelle et validés au plus haut niveau par les publications universitaires. La morphologie adoptée pour ces signes est une simple modification d'aspect graphique.

Un arrêt temporel au niveau d'une liaison grammaticale faible tout en réalisant l'élision entraîne un effet peu admissible:
Selon sa variété, cette fleur est mauve, écarlate, incarnadine, indigo.
Une telle prononciation équivaudrait à:
mau vécarlate, tincarnadi, nindigo
entraînant une déformation des mots contestable.
De même pour l'exemple suivant:
Il apostrophe, insulte, injurie.
qui donnerait en prononciation:
apostro, finsul, tinjurie
avec un arrêt temporel au niveau de la virgule correspond à apostro (o ouvert), finsul, tinjurie
L'élision est donc incompatible avec une pause, donc avec la virgule. Il est plus congruent de réaliser un marquage syntaxique sans arrêt temporel par l'intonation (accent tonique notamment) et donc de l'indiquer par le signe adéquat:
Selon sa variété, cette fleur est mauve' écarlate' incarnadine, indigo.
Il apostrophe' insulte' injurie.
Ces cas de nécessité de marquage intonentiel au lieu d'un temps d'arrêt se rencontrent généralement dans le cas d'incises, dans les énumérations, et aussi par exemple dans certains cas de complétives qui peuvent nécessiter une virgule en écriture traditionnelle:
Dans ce hameau de la montagne, il demeurait solitaire.
En écriture euphonique:
Dans ce hameau de la montagne' il demeurait solitaire.


RÉCAPITULATION SUR LA PONCTUATION

Nous pouvons récapituler la signification de la ponctuation dans le cadre de l'écriture euphonique


Préconisation d'écriture et lecture (prose et poésie)
-les différents types de points, guillemets, tirets... représenteront obligatoirement une pause (prose et poésie)
-la virgule représentera obligatoirement une demi-pause (prose uniquement)
-le signe de coupe intonentiel ' représentera un délimitation syntaxique susceptible d'engendrer une variation d'intonation sans aucun arrêt temporel (prose et poésie).
-le signe " indiquera une césure (poésie).




ARRÊTS TEMPORELS ET SYNTAXE

On peut remarquer que l'utilisation traditionnelle de la virgule par les auteurs, malgré certaines variations, est dévolue assez rigoureusement aux cas de charnières syntaxiques susceptibles de tolérer, sur le plan de la relation syntaxique, un arrêt temporel. Par exemple, un arrêt temporel entre des adjectifs est concevable (si toutefois l'interface le permet) alors qu'un arrêt temporel directement entre un nom et son verbe ou directement entre un verbe et son complément est incongruent, même si l'interface le permet. Il y a donc lieu de conserver ce critère de congruence syntaxique pour établir un arrêt temporel et ne pas inconsidérément ajouter des arrêts temporels de commodité sur des charnières syntaxiques qui ne le permettent pas.

Cet univers insignifiant' pénétrait dans mon inconscient troublé.
(incongruent car la charnière syntaxique où se trouve la coupe (après délirant) ne tolère pas l'arrêt temporel)


En pratique, on retiendra que partout où on pourrait mettre une virgule en écriture traditionnelle, un arrêt temporel est possible, si toutefois l'interface le permet, c'est-à-dire si elle se produit après un son vocalique.

Cet univers insignifiant, délirant, pénétrait dans mon inconscient troublé.

peut s'écrire identiquement en écriture euphonique:

Cet univers insignifiant, délirant, pénétrait dans mon inconscient troublé.

ou

Cet univers insignifiant' délirant, pénétrait dans mon inconscient troublé.

En écriture euphonique de la prose, on a souvent intérêt, pour éviter un discours haché (sauf si c'est un effet spécifique que l'on recherche) à remplacer les virgules par des coupes intonentielles, même si l'interface permettrait un arrêt temporel. Dans cet exemple, la 2ème version paraît préférable. Et, en cas de listes de termes de différents types grammaticaux (adjectifs, participes...), il est généralement plus seyant de situer l'arrêt temporel après le derner terme de l'énumération (dans cet exemple, après délirant plutôt qu'après insignifiant).

Relativement aux charnières syntaxiques, nous pouvons énoncer la préconisation suivante:


Préconisation d'écriture (prose)
En pratique, un arrêt temporel ne peut se réaliser que sur certaines charnières syntaxiques correspondant généralement aux cas d'emploi de la virgule dans l'écriture traditionnelle (sous réserve que l'interface se produise sur un son vocalique).
Ces cas sont généralement:
-entre tous les termes d'une énumération
-au niveau des relatives introduites sans conjonction
-au niveau d'une incise
Il est déconseillé, sauf en cas d'incise, de réaliser un arrêt temporel dans les cas suivants:
-au niveau des relatives introduites par une conjonction
-directement entre le sujet et le verbe, le verbe et le complément
-avant une proposition introduite par un participe
-entre un nom et un complément de nom
-entre un verbe et son complément



On remarquera cependant que dans la réalité de la lecture, de nombreuses respirations se réalisent en dehors des virgules (parmi les interfaces sans point, on rencontre 45% de pauses sur virgule et 55% sur interface sans ponctuation), donc en dehors des charnières syntaxiques que nous avons considérées comme congruentes, cela pour limiter la longeur de syntagmes incompatibles avec la capacité respiratoire. Au contraire, certaines virgules ne sont pas respectées en tant qu'arrêt temporel (23%). Dans la pratique lectorale, la congruence entre charnière syntaxique et arrêt temporel est donc relativement peu respectée. Nous verrons dans le paragraphe suivant comment l'écriture euphonique vise notamment à rétablir ce rapport de congruence.

Certaines incises où l'on rencontre la virgule au niveau de liens d'interconnexion (prépositions, conjonctions) gagneraient, nous semble-t-il, à être marquées par une inflexion vocale plutôt que par une pause.
Ce comportement, qui devenait constant, provoquait leur séparation.
ce que permet d'indiquer l'écriture euphonique:
Ce comportement' qui devenait constant' provoquait leur haine.
Nous tronvons environ pour la prose littéraire environ 10% d'interfaces avec virgule suivie de "qui", un nombre plus faible, mais non négligeable avec des prépositions comme "dans", des conjonctions comme "ou", "dont". Nous trouvons 6% d'interfaces avec virgule suivie de "et".
L'on rencontre parrfois, quoiqu'assez rarement, une virgule sur des liens d'interconnexions (préposition ou conjonction) sans qu'il s'agisse d'incise. Par ailleurs, il semble que ces valeurs statistiques puissent varier considérablement d’un auteur à l’autre, par exemple, pour “qui” associé à la virgule dans quelques extraits que nous avons analysés, on trouve aucune occurrence chez Proust ou Laclos, 2 fois plus chez Zola et Maupassant que chez Balzac et 3 fois plus chez Verne. Ces cas gagneraient seraient certinement plus propices à inflexion vocale plutôt qu'un arrêt temporel.
Voici quelques exemples:
L’air glacé de la cour vint rafraîchir la chaude atmosphère de ce cabinet, qui exhalait l’odeur particulière aux bureaux. (La maison-du-chat-qui-pelote - Balzac)
Son attention se portait particulièrement au troisième, sur d’humbles croisées dont le bois travaillé grossièrement aurait mérité d’être placé au Conservatoire des arts et métiers pour y indiquer les premiers efforts de la menuiserie française. (La maison-du-chat-qui-pelote - Balzac)
Nous buvions notre chocolat, quand nous entendîmes la sonnette. (Le Diable au corps - Radiguet)
...les purgeurs furent ouverts, la vapeur siffla au ras du sol, en un jet assourdissant. (La bête humaine Zola)
Sur une statistique de 1000 interfaces, il apparaît que la virgule en prose littéraire est interprétée comme arrêt temporel dans 82 % des cas. Le type d'interface n'intervient pas comme déterminant de la respiration ou non. Par exemple, parmi les interfaces sur virgule, on rencontre 15 % d'interfaces e,V sur respiration et 12% interfaces d'élisions prononcées, valeurs assez proches. Par ailleurs, en cas d'interface e,C, on rencontre 81% de pauses
L'extrait suivant, très significatif, montre que la virgule chez les déclamateurs reste étroitement associé à un arrêt temporel (P : pause)
Ils étaient cinq, P aux carrures terribles, P accoudés à boire, P dans une sorte de logis sombre qui sentait la saumure et la mer. (Loti Pécheurs d’Islande lu par Victoria sur litteratureaudio.com)
Par une matinée pluvieuse, P au mois de mars, P un jeune homme, soigneusement enveloppé dans son manteau,... (Balzac La maison-du chat-qui-pelote lu par Nicole delage sur livraudio.com)
On constate sur cet exemple, que la déclamatrice réalise un arrêt temporel au niveau d’une élision: “pluvieuse au” (obéissant en cela à la ponctuation interprétée en tant qu’arrêt temporel) et elle réalise également un autre arrêt temporel sur une interface terminée par une consonne “mars”. Pour cet exemple, l'établissemnet d'inflexion vocale au lieu de pose, permettant les élisions, apparaît nettement plus congruent.
-Discussion sur la détermination des arrêts temporels par l'auteur
Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées pour expliquer comment l'auteur, plus ou moins consciemment ou intuitivement, établit la détermination des virgules. Il peut se déterminer en fonction des pauses qu'il veut obtenir de la part du lecteur, mais il peut en réalité plutôt considérer la virgule comme marqueur syntaxique, légitimant en cela la définition du dictionnaire Trésor. En cela, il peut aussi/surtout être fortement influencé par les règles qu'il a vu appliquées antérieurement chez ses confrères dans la littérature, s'appuyant plutôt, elles aussi, sur la définition du Trésor. Par ailleurs, on pourrait penser que le choix de l’auteur pour rythmer son texte par des arrêts temporels ne doit pas être dicté par une prétendue règle grammaticale indiquant les charnières syntaxiques permises ou prohibées pour ces arrêts temporels. Le rythme de la phrase, ponctué par les arrêts temporels, pourrait être considéré comme un choix d’écriture qui appartient à l’auteur, de même qu'il choisit son vocabulaire, qu'il choisit d'écrire le temps ses verbes... Il en est le seul maître. En revanche, une règle grammaticale, notamment de ponctuation, doit s'appliquer sur le sens convenu d'un signe de manière à ce que toute la communauté puisse s'y référer sans ambiguïté, ce qui n'est malheureusement pas le cas pour la virgule en raison de la dénotation différente entre le Trésor et l'Académie Française.
-Arrêts temporel en prose et en poésie
On remarquera que la présence d'arrêt temporel pour des cas excluant une ponctuation est le propre de la poésie, les fins de vers servant à indiquer ces pauses, en l'absence de ponctuation. On peut légitimer en poésie ces poses réalisées sur des charnières syntaxiques incongruentes au regard de la prose, par l'existence en poésie d'un rythme propre.
C’est en vain qu’au Parnasse un téméraire auteur
Pense de l’art des vers atteindre la hauteur :
L'on ne pourrait écrire en prose: C’est en vain qu’au Parnasse un téméraire auteur, pense de l’art des vers atteindre la hauteur.
Un autre effet, plus secondaire, peut intervenir. Dans une présentation sous forme de poésie, la pause en fin de vers, lorsqu'une ponctuation ne se justifie pas, est formalisée par un retour à la ligne sans ponctuation, ce qui induit un sentiment de suspension positif alors que le signe de ponctuation en prose induit une rupture de la linéarité. Cette différence graphique, qui peut paraître accessoire, n’en a pas moins d’importance dans l'effet ressenti.
Après de nombreuses expérimentations orales, il nous est apparu que la pratique de la prose traditionnelle (notamment l'évitement des virgules directement entre sujet et verbe qui est le cas le plus courant) était préférable pour la prose euphonique. Elle restitue mieux la nature prosodique du texte en liant les charnières les plus intimement liées. Place de la virgule et structure linéaire du texte nous semblent représenter l'éthique fondamentale de la prose par rapport à la forme poétique, son style spécifique. Néanmoins, chaque auteur, comme nous l’avons dit, peut en décider selon son choix esthétique.
Par la pratique de l'écriture euphonique en prose, on s'apercevra qu'étendre les cas d'arrêt temporel plus largement que dans le cadre traditionnel permet de résoudre certaines contraintes d'écriture. L'auteur peut être tenté d'y recourir. Pour notre part, nous pensons que l'on doit rester prudent à l'égard d'une telle solution.
Pour plus de précision sur les éléments statistiques, voir:
Statistique sur les couples texte déclamation



ARRÊTS TEMPORELS ET LONGUEUR DES SYNTAGMES

Les textes en prose en écriture native présentent de nombreux syntagmes (limités par des signes de ponctuation) de longueur excessive, de sorte que le lecteur est dans l'obligation de réaliser des respirations en dehors de toute charnière syntaxique qui le justifie et en dehors de toute ponctuation. Rappelons que, hors les pauses sur point, 55% sont représentées par des interfaces sans ponctuation et 45% sur des interfaces sur virgule), donc la majorité. Or, le lecteur établit ces pauses plus ou moins au hasard sur des interfaces qui ne le permettent pas toujours (notamment sur des élisions), entraînant soit des cacophonies vocaliques, soit/et des cassures inopportunes au niveau de charnières syntaxiques incompatibles (par exemple directement entre sujet et verbe). Des exemples en seront indiqués en note. En subvocalisation (lecture silencieuse) les respirations n'apparaissent pas nécessaires, néanmoins une longueur excessive des syntagmes signe un style lourd, fatigant, donc peu euphonique. Le problème se pose donc aussi dans cette situation.

L'écriture euphonique évite les arrêts temporels inappropriés sur virgule. En revanche, il est nécessaire que l'auteur veille à ce que les arrêts temporels impliqués par les signes de ponctuation (points, virgule, guillemets) délimitent des syntagmes de dimension compatible avec les respirations. Exemple (en écriture traditionnelle):

Le soleil matinal éclairait les fleurs en leur prêtant les couleurs variées de la pourpre violente et de l'indigo pastel, ce qui communiquait au paysage un aspect de camaïeu.

Le premier syntagme de cette phrase (jusqu'à "pastel") comporte déjà 34 syllabes, mais la terminaison en consonne (l de pastel) interdit d'y placer un arrêt temporel, sous peine de créer un effet de rupture inapproprié entre 2 syntagmes fortement liés. Le syntagme possible est en réalité la totalité de la phrase, soit 51 syllabes, ce qui est largement excessif pour une lecture convenable sans respiration.

Nous avancerons par notre expérience en déclamation la valeur maximale de 19 syllabes afin d'éviter au maximum toute respiration malvenue. Cette valeur correspond à une durée de 4 secondes environ. En comparaison, la valeur maximale du syntagme limité temporellement par une pause en poésie correspond à la séquence de l'alexandrin (12 syllabes), soit environ 3 secondes.

Dans l'exemple ci-dessus, une solution possible serait par exemple:

Le soleil éclairait ce matin les inflorescences. Leurs tons variaient de la pourpre intense au pastel indigo, communiquant au paysage un aspect de camaïeu.


Préconisation d'écriture (prose)
En prose, on limitera le nombre maximum de syllabes à 19 pour les syntagmes déterminés par un arrêt temporel.



-Syntagme et capacité respiratoire
Le minimum temporel dévolu à un syntagme doit prendre en considération les limites de la capacité respiratoire, notamment chez la Femme légèrement inférieure à celle de l'Homme. La fréquence respiratoire est environ de 12 cycles inspiration-expiration par minute, soit 4 secondes pour un cycle et donc 2 secondes environ pour une expiration. Un syntagme de 19 syllabes (4 secondes) correspond donc une expiration prolongée, néanmoins sans excès.
-syntagmes scripturaux et oraux
Nous pouvons comparer le nombre de syntagmes scripturaux (relatifs au texte) et oraux (relatif à la lecture) par la statistique suivante en fonction de la longueur des syntagmes (valeurs pour 1000 interfaces):
nb syllabesscripturauxoraux
1 à 9 59 72
10 à 19 44 59
20 à 29 15 13
30 à 39 6 2
40 à 49 1 0
TOTAL 125 146
Il apparaît que 18 % des syntagmes scripturaux dépassent la valeur minimale que nous avons définie.
Pour plus de précision sur les éléments statistiques, voir:
Statistique sur les couples texte déclamation



DÉTERMINATION ORALE DES LIAISONS

De même que pour les ponctuations, il nous paraît indispensable de fixer le déterminisme orale des liaison:


Préconisation de lecture (prose et poésie)
Toute liaison possible hors arrêt temporel doit être prononcée



Préconisation d'écriture (prose et poésie)
L'auteur doit éviter toute liaison possible qui paraîtrait incongrue.
Soudainement il arriva (congruent en t)
D'un coup il arriva (incongruent en p)


Plus que tout autre critère, celui de l'évitement ou de la réalisation des liaisons permet d'affirmer un registre de langage. Il est d'autant plus élevé que le nombre de liaisons réalisé est élevé, notamment sur les liaisons r et t qui communiquent une discrète élégance au discours. Néanmoins, la réalisation de liaions incongrues (souvent des liaisons en p) peut empreindre le discours de préciosité. Dans la prose littéraire courante, le traitement oral des liaisons occasionne une indétermination très préjudiciable en raison de l'opportunité laissée au lecteur de la réaliser ou de l'éviter. En évitant les liaisons incongrues dans sa composition textuelle, l'auteur peut permettre l'affirmation d'un registre de langage élevé, à la condition que soit respecté par le lecteur le principe de la réalisation obligatoire de toute liaison.

On rencontre environ 92 liaisons pour 1000 interfaces dans un texte littéraire, dont 43 % sont évitées à la lecture. Nous ne pouvons cependant indiquer dans quelle mesure l'évitement porte sur des liaisons incongrues ou non.
-Indétermination due aux liaisons
L'indétermination des liaisons permet au lecteur un certain lissage de la langue. Il peut en effet certaines cacophonies consonantiques incongruentes et les successions de liaisons identiques, mais celles-ci sont remplacées par des cacophonies vocaliques, certes généralement mois préjudiciables, mais le résultat n'est pas vraiment satisfaisant:
Cependant, le principal inconvénient est le risque de fautes majeures comme l'élision erratique (voir note dans le chapître Évitement des e post-accentuels):
Le lecteur peut ainsi éviter des liaisons incongrues, cependant il existe par ailleurs, de nombreux cas où la liaison est bénéfique en supprimant une cacophonie vocalique, mais elle n'est pas choisie par le lecteur.
L'exemple suivant présente ces différent cas de liaisons susceptibles d'engendrer des indéterminations et une lecture erronée.
Des zinnias éteints se fanaient en s'effeuillant d’un coup ainsi dans la boue, des résédas rouges et bleus doucement attendaient leur décomposition
-Des zinias: liaison normale en z
-zinias éteints: liaison en z sur une syllabe tonique indiquant un pluriel ou sinon occasionnant un hiatus
-fanaient en:: liaison en t indiquant un pluriel ou occasionnant un hiatus
-coup ainsi: liaison incongrue ou hiatus
-rouges et: liaison en z indiquant un pluriel devant un e caduc post-accentuel, risque de lecture incorrecte par apocope du e post-accentuel et évitement de la liaison (élision erratique)
-doucement attendaient: cacophonies de liaison en t ou cacophonie vocalique.



VARIABILITÉ DES CACOPHONIES

Une cacophonie (du grec κακός: mauvais, φωνή: voix, son) peut être définie le plus simplement possible comme un son désagréable à l'oreille. Il faut rappeler, comme nous l'avons signalé à propos de l'euphonie, que cette notion est purement subjective, et ne relève donc pas de la linguistique en tant que science du langage.

Les cacophonies sont de nature et d'effet très variables. De ce fait, elles sont difficiles à définir sur la plan analytique. L'exemple suivant (sur 2 heptasyllabes), comparé à sa version euphonique approchée, le montrera significativement (en gras les parties entraînant un effet cacophonique):

-Version cacophonique

Dans son bonheur, l’empereur
A oublié ses soucis.


-Version euphonique approchée

Dans sa joie, le souverain
Put oublier ses tourments.



FACTEURS GÉNÉRAUX DES CACOPHONIES

Les facteurs analytiques des cacophonies sont:

-le lien de proximité des éléments concernés
-la position par rapport au syntagme
-le type de phonème concerné et son accentuation
-le mode de formation
-le nombre de phonèmes consécutifs concernés
-le nombre de mots concernés
-la présence des arrêts temporels
-la présence d'un e post-accentuel à plus ou moins grande distance

Nous les considérerons au travers des principaux cas ci-dessous.


CACOPHONIES CONTIGUËS ET DISPERSÉES

Nous proposons de distinguer 2 types fondamentaux de cacophonies d'après l'éloignement des phonèmes qui en sont à l'origine:

-cacophonies contiguës (ou de contact) où les syllabes directement à l’interface sont généralement concernées:

Le soleil resplendit depuis ce matin (cacophonie contiguë)

-cacophonies dispersées situées à plus ou moins grande distance:

Le soleil a resplendi mercredi (cacophonie dispersée)


CACOPHONIES BASIQUES, EXEMPLE GÉNÉRIQUE

Nous considérons ici les cacophonies dans la configuration la plus courante avant d'en exposer les principales modalités. Cette configuration considère que l'interface se trouve dans le flux (les deux mots ne sont séparés par aucun arrêt temporel).

Les statistiques précises qui en découlent seront indiquées dans le chapitre récapitulatif.

-Consonantique directe

Il lui dit   (sur la consonne l)

Les sons concernés se heurtent directement. Il s'agit certainement de la plus rude des cacophonies car elle entraîne une gêne d'ordre élocutoire. Par rapport à cette cacophonie, nous considèrerons certaines consonnes comme identiques: les 2 dentales d et t, les consonnes s et z:

Le granit des Vosges  (t de granit et d de des

La brise souffle (cacophonie consonantique z-s)


Préconisation d'écriture (prose et poésie)
-On évitera les cacophonies consonantiques directes pour tous les sons consonantiques en considérant comme identiques d et t, z et s:
Il lui dit (répétition de l)


Nous verrons plus loin d'autres incompatibilités de consonnes, néanmoins généralement moins prononcées.

-Consonantique indirecte

ton traitement   (consonantique indirecte sur t)

Elle est généralement due à la présence d'une consonne commune. C'est la plus commune des cacophonies qui entraîne, selon les configurations, une gêne élocutoire légère, mais c'est l'insistance elle-même sur un son identique qui est ressentie psychiquement d'une manière négative.

Cas particulier, assez rare, l'intercalation d'une voyelle peut largement diminuer l'effet cacophonique, voire le supprimer quasiment.

Le sol était sombre (effet cacophonique du l quasiment nul)

Comme précédemment, certaines consonnes sont considérées comme identiques pour cette cacophonie: d et t, s et z:


Préconisations d'écriture (prose et poésie)
-On évitera les cacophonies consonantiques indirectee pour tous les sons consonantiques en considérant comme identiques d et t, z et s:
ton traitement   (consonantique indirecte sur t)
L'intercalation d'une suite V-C-V entre les 2 consonnes identiques annule la cacophonie
Le sol était sombre (cacophonie annulé V-C-V e-s-o)



-Syllabique

ma mallette   (répétition de ma)

Il s'agit également d'une cacophonie très préjudiciable quoiqu'elle entraîne généralement une diffculté élocutoire relativement légère. Néanmoins, la répétition d'une même syllabe est ressentie très négativement par effet essentiellement psychique.

Comme précédemment, certaines consonnes sont considérées comme identiques pour cette cacophonie: d et t, s et z:


Préconisations d'écriture (prose et poésie)
-On évitera les cacophonies syllabiques pour tous les sons en considérant comme identiques d et t, z et s:
ma mallette   (répétition de ma)



-Homovocalique directe

Il a abandonné (homovocalique sur a)

Cacophonie très préjudiciable bien qu'elle n'entraîne aucune difficulté élocutoire. Elle oblitère la limite entre les 2 mots de l'interface, ce qui est ressenti, intuitivement, est ressenti de manière négative.


Préconisation d'écriture (prose et poésie)
On évitera les cacophonies homovocaliques directes pour tous les sons vocaliques:
Il a abandonné (homovocalique en a)



-Hétérovocalique directe

Il a émis   (hétérovocalique directe a é)

Assez peu préjudiciable certainement selon les voyelles, cette cacophonie doit être néanmoins évitée dans un texte euphonique.

On doit signaler le cas particulier des diphtongues dans le 1er ou le second mot de l'interface. Elles gomment l'effet cacophonique et peuvent de ce point de vue être considérées comme des consonnes. De fait, les dictionnaires tolèrent l'absence d'élision pour les mots de ce type comme hyène (l'hyène ou la hyène).

La liturgie hiératique (congruent)

De même les diphtongues se traduisant orthographiquement par euil (eui), eil (èi), ille (ii) aille (ai) sont concernées. Elle forment une diphtongue en i avec la voyelle du mot suivant:

La charmille était verte. (ié)

La frontail orné (io)

L'orgueil indifférent (i in)


Préconisation d'écriture (prose et poésie)
On évitera les cacophonies hétérovocaliques directes pour tous les sons vocaliques
Il a émis (hétérovocalique directe en a é)
Les diphtongues, se traduisant orthographiquement par ié, euil (eui), eil (èi), ille (ii) aille (ai)... ne créent pas de cacophonies vocaliques:
La charmille était verte. (ié)



-Homovocalique indirecte

tu lus   (vocalique indirecte)

Il s'agit d'une cacophonie généralement très légère, que l'on peut négliger, semble-t-il, dans la plupart des cas. On pourra comparer les exemples suivant selon les voyelles:

ta mallette  (a de ta et de mallette: très peu d’effet perceptible)

tu lus  (u de tu et de lus: effet perceptible)

les raisons  (é de les et de raisons: très peu d’effet perceptible)

Dans la suite de cet exposé, notamment dans les statistiques, nous ne considèrerons pas cette conformation comme une cacophonie qu'il est impératif d'éviter.

-Incompatibilité de certaines consonnes avec le e caduc: la syllabe re

Certaines consonnes (r, l principalement) formant une syllabe monoconsonantique (re, le) apparaissent plus ou moins incompatibles avec l'euphonie. Cette syllabe peut se trouver en position post-accentuelle dans le flux ou à l'intérieur d'un mot (intra-lexicale). C'est particulièrement le cas de la syllabe re:

La bagarre cessa. (re post-accentuel dans le flux

La pureté (re intra-lexical)

De surcroît, la gêne occasionnée augmente considérablement avec le nombre de syllabes du mot.

Je pare mon sapin (sur disyllabe)

Je désempare mon ami (sur tétrasyllabe)

Notons bien que les syllabes polyconsonantiques correspondantes (dre, fre...) ne sont pas concernées). On remarquera que ce type de cacophonie est gommé par l'apocope (non prononciation) naturelle que réalise le lecteur, consécutivement à cette gêne. Accpeter cette disposition entraînerait cependant de nombreuses complications (voir commentaire).

Il ne semble pas que les re intra-lexicaux soient moins nuisibles à l'euphonie que les re post-accentuels, mais si l'évitement des mots comportant un re post-accentuel nous paraît absolument indispensable, en revanche il serait bien difficile d'admettre l'élimination des mots comportant un re intra-lexical.

Là-dessus, on doit donc conseiller à l'auteur de rechercher au maximum des synonymes pour éviter ces cas de e intra-lexicaux sans en exclure l'utilisation.


Préconisation d'écriture (poésie)
On évitera les re en position post-accentuelle terminale dans le flux (hors arrêt temporel)
La bagarre cessa. (re post-accentuel dans le flux)


La licence poétique que représente le mot encor, comme celle de souris pour sourire privés de leur e post-accentuel semble confirmer la gêne occasionnée par cette syllabe. Néanmoins, en dehors de ce cas particulier, elle n’a jamais été proscrite par la poésie classique. Il est possible d’établir une échelle de compatibilité des e caducs en fonction des syllabes (notamment pour les cas du l et du m), quoique le cas de la syllabe re se caractérise, nous semble-t-il, par une incompatibilité très élevée par rapport à toute autre syllabe.
La syllabe re correspond au plus bas taux de prononciation comme le montre le taleau suivant indiquant le taux de prononciation lorsque le groupe consonantique du 2ème mot est formé d'une consonne unique (valeurs hors proclitiques):

 syllabe   % prononcé 
 re   4 
 le   10 
 ze   27 
 me   29 
 se   36 
 je   42 
 de   49 
 ne   51 
 te   54 
 ke   63 

Certaines syllabes (be, fe, ge, pe, ve) ne sont pas indiquées en raison d'un nombre d'occurence total de ces syllabes trop faible qui rend le nombre d'occurrences de prononciation non significatif.
Certaines particularités du rhô en grec ancien (quoique le rhô, phonologiquement, ne soit pas identique au r français) semblent montrer le caractère très spécifique de cette lettre, la rapprochant d'une voyelle. Ainsi, on peut noter l'exception des mots de la première déclinaison dont le radical se termine par la lettre ρ. Ces mots se déclinent comme ceux dont le radical se termine par une voyelle. Ex: ἡ ἡμέρα. Et le ρ est la seule consonne à pouvoir comporter un esprit, comparablement à une voyelle Ex: ῥᾴδιος. En revanche, l'ensemble des semi-voyelles considérées par les Grecs (λ, μ, ν, ρ, σ, ζ, ξ, ψ) ne semblent pas traduire cette spécificité.
Malgré l'incongruence de la syllabe re terminale par elle-même, sa prononciation apparaît moins préjudiciable que son apocope dans le cas de cacophonie consonantique:
la posture rétablie
deviendrait
la postur' rétablie
Il faut signaler également les cas de re sur liaison avec pluriels que l'on évite donc en écriture euphonique, et qui constitue une gêne lorsqu'ils sont présents dans la prose traditionnelle. En ce cas, en effet, on doit les prononcer obligatoirement en tant que pluriels ou alors on engendre une incorrection
Ils apparurent alors (incorrection si prononcé apparur' alors)
Les parures adéquates (incorrection si prononcé parur' adéquate)
La seule solution semble donc bien d'éviter toute situation où la syllabe re en position post-accentuelle apparaît, ausi bien en prose qu'en poésie.

e post-accentuel suivi de syllabe comportant un e

Il apparaît qu'un e post-accentuel prononcé quand il est suivi par une syllabe comportant un e entraîne, à ce qu'il nous semble, une certain effet cacophonique, sauf si cette syllabe est accent tonique:

Le souffle de la vie

("de" n'est pas accent tonique, mais proclitique (l'accent est reporté sur le mot "vie". Effet cacophonique.)

Les mornes bœufs

(bœufs est accent tonique. Pas d'effet cacophonique sensible.)
On remarquera que les suites de monosyllabes ne sont pas concernées puisqu'elles n'impliquent pas de e post-accentuel.

Je me lève.

Néanmoins, on tendra à éviter les répétitions triples sans cependant les proscrire absolument:

Je te le dis

Comme pour le cas de la syllabe "re", l'apocope du e post-accentuel terminal peut gommer dans la prose cette cacophonie, celle-ci sera alors remplacée par une interface dure consonne-consonne. Cependant, il en résulte des inconvénients. Outre le cas d'interface à 3 consonnes où l'apocope est préjudiciable, ce qui limite les cas, le principal problème est que le lecteur intutitivement ne réalisera pas obligatoirement cette apocope.


Préconisation d'écriture (poésie)
On évitera les cacophonies sur une interface e post-accentuel terminal - son vocalique eu, sauf si ce son est accent tonique.
Le souffle de la vie (de n'est pas accent tonique: effet cacophonique)
Les mornes bœufs (bœufs est accent tonique: pas d'effet cacophonique)




MODALITÉS DES CACOPHONIES

Cacophonie consonantique en cas de polyconsonantisme

En cas de syllabe bi ou triconsonantique, l'effet cacophonique peut se trouver largement renforcé, même s'il n'y a aucune consonne commune.

Il passa souvent (cacophonie consonantique basique)

Il fonça stupidement (cacophonie renforcée par la présence de st)

Voir la partie consacrée à la règle des 3 consonnes dans le chapitre Évitement des e post-accentuels.

Le musc printanier (cacophonie sans consonne commune)

-cacophonie par liaison

Les liaisons peuvent générer des cacophonies consonantiques indirectes ou syllabiques:

tout est parti   (consonantique indirecte par liaison)

Il avertit inexorablement (syllabique indirecte par liaison)

Elle peut être réalisée par la consonne du premier mot de l'interface et la lettre de liaison ou par la lettre de liaison et la consonne du 2ème mot. Dans le 1er cas, on pourrait considérer que les 2 consonnes appartiennent au même mot. Il semble plutôt, sur le plan purement phonique, que la lettre de liaison doit être considérée comme une consonne indépendante de chacun des mots. La différentiation des 2 cas ne se justifie donc pas sur le plan qui nous intéresse.

Il était arrivé (consonne t du 1er mot et lettre de liaison t)

Il est attiré (lettre de liaison t et consonne t du 2ème mot)

Le caractère cacophonique correpsond quasiment à celui d'une cacophonie consonantique sans liaison.

Il faut signaler que toute liaison possible est rendue obligatoire en écriture euphonique (ce qui est déjà le cas en poésie classique) par la nécessité d'éviter une cacophonie vocalique:

Il réagit intensément (avec liaison: cacophonie consonantique ti ten)

qui devient par évitement de la liaison:

Il réagi(t) intensément (sans liaison: cacophonie vocalique i in)

Pour ne pas occasionner de cacophonie vocalique, il s'ensuit que l'auteur devra éviter toute situation de liaison incongrue (notamment nombreuses liaisons en p et parfois en t)

D'un coup, il se leva. (liaison en p incongrue)

Dans certains cas, l'évitement de la liaison peut conduire à gommer la cacophonie consonantique de liaison, mais au prix d'une grave faute conduisant à une élision incorrecte:
Les pommes essuyées (cacophonie consonantique zé-sui)
Ils viennent entourés ( (cacophonie consonantique tan-tou)
qui deviendrait
Les pom'essuyées.
Ils vienne' entourés. (élision incorrecte)
Faute rare dans le cas d'une déclamation littéraire, mais qu'on ne peut exclure.

-Cacophonie par élision

Comme les liaisons, les élisions peuvent engendrées des cacophonies consonantiques indirectes et syllabiques:

La tristesse insurmontable

En ce cas, la cacophonie fait intervenir la consonne de la 2ème syllabe du second mot. "sur" dans l'exemple précécent.

Ce type de cacophonie produit un effet négatif comparable aux cacophonies consonnantiques et syllabiques correspondantes.

-Cacophonies dues à des sons similaires

Il s'agit d'une modalité relative aux cacophonies consonantiques (directe ou indirecte) et syllabiques. Elle complètent ce que nous avons déjà indiqué concernant l'assimilation d et t, z et s, néanmoins pour des cas moins sensibles

Ainsi, les consonnes g k, v f, j ch peuvent engendrer des cacophonies, variables suivant les configurations.

Il vous faut venir.

La vague qui m'emporte.

Je choisis.


Le résultat dépend aussi beaucoup de la manière dont on articule la prononciation pour ces consonnes, aussi nous ne considèrerons pas que ces cas de cacophonie puissent donner lieu à une préconisation particulière.

-Cacophonies consonantiques et syllabiques dues à plus de 2 mots

Il est parfois nécessaire de considérer 3 voire 4 mots consécutifs susceptibles de définir 2 syllabes effectives contiguës (en raison des élisions et notamment en cas de monosyllabes commençant par un son vocalique). Cette particularité d'ordre analytique n'influe pas sur l'effet cacophonique. Elle intervient uniquement dans le cadre d’une détection automatique des cacophonies par programmation informatique.

volatile ou lourd (lou lou)

vils et sages (zé sa)

la sotte est témoin (té té)

collier d’or d’une reine (dor du)

Nous verrons dans un paragraphe particulier les cacophonies sur arrêt temporel.


CACOPHONIES SUR ARRÊT TEMPOREL

-Cacophonies sur terminaisons en consonne et e ammui

Nous avons vu que les terminaisons en consonne brute ou e post-accentuel créait un son assimilable du point de vue euphonique à une pseudo-voyelle. Considérons les différents types d'interfaces et les cacophonies qui peuvent en résulter -Pseudo-voyelle suivie d'une voyelle sur arrêt temporel Si la 2ème syllabe commence par une voyelle, il s'ensuivra une cacophonie vocalique, lègère, mais sensible (avec point ou virgule) sans qu'on puisse distingue des cas spécifiques homo ou hétéro vocaliques. Bientôt nous rejoindra notre mère. Ainsi nous serons comblés. (cacophonie pseudo-vocalique) Nous approchons de la mer. Ainsi nous arriverons. (cacophonie vocalique C-P-V) -Pseudo-voyelle suivie d'une consonne sur arrêt temporel

En ce cas, la 1ère consonne de la dernière syllabe du premier mot peut créer une cacophonies consonantique indirecte. Pour une cacophonie directe, c'est la dernière consonne qui est impliquée. pour la cacophonie syllabiques, c'est la 1ère consonne et la voyelle qui la suit. Exemple:

... laine. La ... (cacophonie consonantique indirecte en l)
... laine. Nous ... (cacophonie consonantique directe en n)
... laine. Laisse ... (cacophonie syllabique en lè)

... mort. Ma ... (cacophonie consonantique indirecte avec m)
... mort. Rat ... (cacophonie consonantique directe en r)
... mort. mordre ... (cacophonie syllabique en mor)

Notons que l'effet est identiques en poésie lorsque l'on passe d'un vers à l'autre (ici sur les mots balle et bal:

Nous jouons à la balle.
Ainsi nous maigrirons.

Nous adorons le bal
Ainsi nous maigrirons


Préconisation d'écriture (prose et poésie)
En cas d'interface sur un son ammui au niveau d'un arrêt temporel, (e post-accentuel terminal ou consonne finale) pour le 1er mot, il est préconisé d'éviter les cas de cacophonies avec la syllabe de la pseudo-voyelle ainsi qu'avec la consonne précédente:
... laine. La ... (cacophonie consonantique avec l)
... laine. Nous ... (cacophonie consonantique avec n)



-Cacophonies sur terminaison en voyelle

Il nous semble que les cacophonies en terminaison vocalique sur arrêt temporel sont amoindries par rapport à leur correspondantes dans le flux, mais demeurent sensibles.

Dans son palais, le roi s'ennuie (cas V,C)
Visitons le palais. L'ennui nous oubliera.

En poésie, nous devons donc considérer toutes ces cacophonies lorsque l'on passe d'un vers à l'autre.

Le galop devint soudain lent
Lorsqu’apparut l’astre des nuits.

Quand la mer au soleil sintille
Tout palpite au bord du rivage.

Quand l’astre du jour apparut
Alors s’illumina le pic.


Pour tous ces cas, il s'ensuit la conséquence suivante à l'intérieur d'un paragraphe:

-en prose, aucun son vocalique ne peut suivre un point ou une virgule.

-en poésie, aucun son vocalique en peut débuter un vers

En cas de paragraphe, lequel détermine un arrêt relativement long, on pourra considérer que l'effet d'une cacophonie hétérovocalique est négligeable. Pour les autres types de cacophonies, il est conseillé de juger au cas par cas et de les éviter si possible.


Préconisation d'écriture
À l'intérieur d'un paragraphe:
-pour la poésie, aucun vers ne doit commencer par un son vocalique
-pour la prose et la poésie, aucune son vocalique ne doit suivre une ponctuation déterminant un arrêt temporel (points, virgule, guillemets).




EUPHONIE DIFFÉRENTIELLE ENGENDRÉE PAR LE TYPE D'INTERFACE DURE OU FLUIDE

En dehors de toute cacophonie, les différents types d'interfaces peuvent engendrer un certain niveau d'euphonie ou de cacophonie. Ainsi, les interfaces CC apparaissent plus dures que les interfaces V-C, C-V, E-C (non apocopée), E-V (élision) ou LI-V, E-LI-V plus fluides, sans pour cela apparaître comme des cacophonies. Exemples:

Le port calme (interface dure C-C r-c)

La baie calme (interface fluide V-C é-c)

L'âme tourmentée (interface fluide E-C e-t)

L'âme alanguie (interface fluide E-V m-a)

Les ouvriers affairés (interface fluide V-LI-V é-z-a)

Ils viennent en chantant (interface E-LI-V e-t-en)

Dans la langue, les interfaces CC sont très souvent dues à l'apocope d'interfaces EC, plus rarement à des mots se terminant par une consonne brute. Ces derniers cas correspondent généralement à la consonne relativement douce r, parfois, t, l.

La pomm' verte (interface dure par apocope mv)

Le grésil tombe (interface dure C-C lt)

L'exemple de l'interface EC semble clairement signifier le rôle, sinon l'origine, des e post-accentuels dans la structure de la langue, c'est-àdire la nécessité d'éviter des rencontres consonantiques désagréables ou engendrant une difficulté élocutoire, surtout lorsqu'elles sont pluri-consonantiques. La règle des 3 consonnes relative à la prononciation du e caduc le confirme amplement.

Le pourcentage d'interfaces fluides au lieu de dures intervient considérablement sur le niveau général de fluidité du texte.

Voici en comparaison 2 phrases ne comportant aucune cacophonie caractérisée, mais dont l'une présente de nombreuses interfaces dures, l'autre uniquement des interfaces fluides. La différence est amplifié si on se livre à une lecture apocopée des e post-accentuels terminaux.

Le pic d'un bloc s'empreint d'éclairs durs' blanchissant le port désolé.

La montagne ensevelie sous la neige est belle au coucher du soleil.


Préconisation d'écriture (prose et poésie)
Sauf effet spécial, on favorisera l'utilisation des interfaces douces V C, C V, plutôt que des interfaces dures C C:
... port sombre (interface dure C C r s)
... port enténébré (interface douce C V r en)




LES CACOPHONIES DISPERSÉES

Nous nous intéresserons ici aux cacophonies dispersées par opposition aux cacophonies contiguës. Contrairement aux précédentes, les cacophonies dispersées sont typiquement toutes des homophonies, c'est-à-dire qu'elles sont engendrées par un son obligatoirement identique.

Il est difficile d’exclure totalement de telles homophonies parasites, mais la plupart restent peu perceptibles.

-Cacophonie dispersée sur 2 mots successifs

Une des plus typiques est la répétition d'un même son en début de mot ou en fin de mot sur 2 mots cosécutifs (sauf effet très spécifiques volontaire). L'effet négatif est cependant moins net dans le cas d'une voyelle.

Le savant cynique (répétition de s)

Le savant pédant (répétition de en)

Apparentée à ce type, la cacophonie générée par 2 liaisons successives sur la même consonne. nous retiendrons cette dernière seule comme préconisation importante. Les quivalences t et d, z et s valent pour ce type de cacophonie.


Préconisation d'écriture (prose et poésie)
On évitera la répétition de 2 liaisons identiques sur 2 mots successifs (avec équivalence s et z)
Les êtres animés (répétition de s)


Cacophonie disjointe et position

En poésie, leur effet négatif est surtout sensible si elles occupent des positions non correspondantes et stratégiques dans le vers, comme le montre l’exemple suivant:

L’on vit alors aux cieux, briller l’homme de Rome
omme et ome cacophonie disjointe

L'automne dans ces corps, paralysés, rongés
Verse la féerie, de ses tons fulgurants.
Quand le soleil couchant, de rayons illumine...


Homophonie: an de fulgurants et couchant, en discordance sur le plan sémantique, syntaxique et positionnel. En revanche an dans Quand passe relativement inaperçu et les 2 a de paralysés n’interfèrent pas du tout avec le a de la féérie.)

présence d'un e post-accentuel à plus de 3 syllabes du prochain accent tonique

Il apparaît une loi de limitation limitant à 3 le nombre de syllabes entre un e post-accentuel et le prochain accent tonique pour tout polysyllabe, sauf dissyllabe.


Préconisation d'écriture (poésie)
On évitera la présence d’un e post-accentuel à plus de 3 syllabes avant un arrêt temporel pour tout polysyllabe, sauf dissyllabe.
la valériane des champs (2 syllabes après le e du tétrasyllabe valériane Congruent)
la glycine des paturages (4 syllabes après le e du trisyllabe glycine Incongruent)
La feuille des arbrisseaux (4 syllabes après le e du disyllabe feuille Congruent)


Comme nous avons décidé l'évitement des e post-accentuels terminaux en prose euphonique, cette disposition intervient uniquement en poésie, notamment dans le cas des octosyllabes.

On remarquera que cette disposition est obligatoirement respectée dans le cas de l'alexandrin classique en raison de l'hémistiche à 6 syllabes.

Cette propriété pourrait évoquer les lois de limitation dans certaines langues comme le grec ancien (règle de l'antépénultième). Elle n'y ressemble que de très loin. La règle de l'antépénultième en grec ancien se définit par rapport à un mot et non un ensemble de mots, c'est-à-dire qu'elle limite au maximum à 2 brèves ou une longue le nombre de syllabes postérieures à l'accent tonique. Rien n'interdit par ailleurs, du moins dans la prose, les suites de syllabes correspondant à plus de 2 brèves sans accent tonique. Exemple (Longus Δάφνις καὶ Χλόη)
..., ἦχος ὀρνίθων μουσικῶν,...
Une longue et 2 brèves entre les accents toniques des syllabes "νί" et "κῶν". cas cependant assez rare.

-Répétition des e post-acentuels en poésie

La question de l'accumulation fortuite des e post-accentuels ne concerne que la poésie puisque nous avons préconisé leur évitement dans la prose euphonique. L'avantage de la prosodie classique, outre qu'elle lèvre par elle-même l'indétermination de ces e évite également leur accumulation désagréable en raison du peu de place qu'impose généralement la structure versifiée. Néanmoins, le problème se pose essentiellement pour le décasyllabe et le dodécasyllabe sans césure. D'autre part, le mètre le plus long non césuré est le vers à 9 syllabe (ennéasyllabe), très rare, le cas général étant l'octosyllabe.

Considérons donc ces cas où, entre 8 et 12 syllabes peuvent se présenter des e caducs proches, par exemple dans ce décasyllabe non césuré

Cette toute petite chose étonne.

La gène occasionnée par ces e post-accentuels apparaît évidente. On veillera donc à réduire le plus possible l'effet négatif de ces e. Dans le cas de l'alexandrin césuré, la place des e muets dans un hémistiche est limitée par la dernière syllabe qui ne peut en aucun cas être occupée par un e post-accentuel. Dans cet espace restreint, il se peut néanmoins que l'on retrouve 2 e post-accentuels, ce qui génère très souvent un effet désagréable:

On peut donc formuler la préconisation suivante pour un hémistiche de décasyllabe ou d'alexandrin:


Préconisation d'écriture (poésie)
On évitera la présence de plus d'e post-accentuel terminal dans un hémistiche de décasyllabe ou d'alexandrin
Une chose revient, cependant négligeable. (2 e post-accentuels) incongruent
La chose est de retour, cependant négligeable. (congruent)




HIÉRARCHIE, STATISTIQUE, RÉSUMÉ RELATIF AUX CACOPHONIES

-Hiérarchie des cacophonies contiguës - Coefficient de cacophonisme

Les consonnes, pensons-nous, génèrent plus facilement des cacophonies que les voyelles, et surtout des cacophonies souvent plus graves. Quasiment toutes les homophonies consonantiques sur des syllabes en contact sont concernées. En revanche, plus rares sont les cacophonies vocaliques indirectes qui engendrent un effet négatif perceptible.

Il est important de discuter le degré de cacophonie que l’on peut tolérer dans un texte littéraire sans nuire à son euphonie générale. Il est en effet contre-production de chasser des cacophonies légères si on en laisse de graves, l'inverse est beaucoup plus tolérable. À éviter prioritairement, les cas difficilement prononçables de consonnes se heurtant directement, en particulier les homoconsonantismes directs (il lui dit). Malheureusement, ces cas sont relativement courants et surtout il est difficile de trouver des solutions permettant de les éviter. De même, les homo-vocalismes (il a abandonné) et les cacophonies syllabiques (ma mallette) ne peuvent être tolérés. Moins sévères apparaissent les cacophonies hétéro-vocaliques (il a émis).

Contrairement à la tradition qui semble, pensons-nous, avoir réalisé une fixation exagérée sur les cacophonies vocaliques, nous considérons que les hétéro-vocaliques ne sont pas les cacophonies contiguës les plus rédhibitoires. S’il est vrai que certaines langues répugnent naturellement aux cacophonies vocaliques, ce qui se traduit par des modifications convenues selon la présence de voyelle ou de consonne, il paraît difficile d’en tirer une conclusion systématique car ces palliatifs sont limités.

Dans le cadre d'une appréciation quantitative de la fluidité relative à un texte, et pour fixer un degré de gravité à chaque type de cacophonie, nous proposons un coefficient de cacophonisme. Il se calcule à partir d'une pndération des variables. Par exemple, une dysphonie consonantique directe, jugée très dommageable, aura un indice discriminatioire de 4 alors qu'une cacophonie hétérovocalique aura un coefficient discriminatoire de 2. Les cacophonies ont été ainsi classées selon leur gravité grâce à cet indice, de la plus dommageable à la moins dommageable. La variable correspondant à unesuccession consonne-consonne a été rajoutée à la liste, néanmoins pondérée faiblement car les interfaces consonantiques, dans leur ensemble, influent sur la fluidité du texte.

consonnantiques directes: 4
syllabiques: 4
homovocalique: 4
syllabe re: 4
consonnantiques: 2
consonnantiques de liaisons: 2
dispersée: 2
syntagme dépassant 29 syllabes: 2
hétérovocalique: 1,5
successions consonnantiques:1
e post-accentuel suivi de eu 1
liaisons consécutives identiques: 1
e post-accentuels consécutifs: 1
cacophonies intra-lexicale: 1
aspirations erronnées: 1 (pour une déclamation)
succession consonantique: 0,5
écho: 1

Ainsi, plus ce coefficient est élevé, plus le texte (ou sa déclamation) sont cacophoniques.

Son utilité consiste surtout à comparer des textes dans le cadre d'une application informatique. Ceci en supposant que ces textes seraient lus idoinement en respectant toutes les préconisations orales. Seuls les e post-accentuels consécutifs, c'est-à-diçre très proches, sont pénalisés pour des raisons pratique, mais leur nombre traduit bien les possibilités d'accumulation locale. Pour des raisons de difficulté technique, les échos, prévus dans le coefficient, n'ont pas été considérés.

Remarquons que ce coefficient mesure la valeur brute du cacophonisme sans préjuger si les interfaces prononcées sont correctes ou incorrectes. Ainsi ne sont pas pénalisés les cas suivants susceptibles de gommer parfois des cacophonies:

-élisions erratiques sur pluriels (e post-accentuel, liaison)
-absence d'aspirations sur voyelle aspirée

-Tableau récapitulatif des cacophonies contiguës, statistique, exemple

consonnantique sans liaison: 74 pour 1000 interfaces
débris réunis

consonnantique de liaison: 11 pour 1000 interfaces
venant en tournant - savourer en mangeant - chose usée

consonnantique directe: 4 pour 1000 interfaces
il lui dit

syllabique: 4 pour 1000 interfaces
le domaine ne sera pas limité

hétérovocalique: 40 pour 1000 interfaces
il a été

homovocaliques: 2 pour 1000 interfaces
il a appris

succession e eu: 9 pour 1000 interfaces
le domaine de mes parents

syllabe re: 5 pour 1000 interfaces
la pelure d'un oignon

succession de liaisons identiques: 1 pour 1000 interfaces
les énormes animaux

successions de e post-accentuels: 2 pour 1000 interfaces
la grande table rouge

Coefficient de cacophonisme pour la prose et la poésie
Pour la prose (11163 interfaces portant sur 10 textes différents déclamées par 6 déclamateurs), nous trouvons les moyennes suivantes pour le coefficient de cacophonisme:
texte: 486 pour 1000 interfaces
déclamation: 464 pour 1000 interfaces
Influence de la déclamation: -22
Il apparaît donc un lissage réalisé instinctivement par le lecteur, essentiellement dû à l'évitement des terminaisons "re" post-accenntuels (-52) et à l'évitement des dysphonies consonantiques (-48). En revanche, il apparaît une augmentation à la lecture des interfaces consonantiques (+33) (due à l'apocope des e) et des dysphonies hétérovocaliques (dû au non-respect de nombreuses liaisons). En poésie (10225 interfaces portant sur 7 textes différents lus par 9 déclamateurs), nous trouvons les moyennes suivantes pour le coefficient de cacophonisme:
texte: 382 pour 1000 interfaces
déclamation: 396 pour 1000 interfaces
Influence de la déclamation: 14
Il apparaît un degré de cacophonisme nettement plus faible que pour la prose au niveau du texte idéalement lu (382 au lieu de 486). les contraintes prosodiques de la poésie ont donc un effet bénéfique sur la fluidité textuelle, notamment par la limitation des e post-accentuels et la prononciation systématique des liaisons. La diminution des cacophonies vocaliques en poésie apparaît relativement mineuse par rapport à la prose.
En revanche, le lissage euphonique de la déclamation apparaît inexistant. Il apparaît même une diminution de l'euphonie (+14) due à l'inobservance des règles de la prosodie à l'oralité.
-variations du degré de cacophonisme en fonction des auteurs
En ce qui concerne les auteurs, pour les statistiques que nous avons réalisées sur ces 17 textes pour la prose, le coefficient de cacophonisme lié au texte (dans les conditions optimales théoriques de sa lecture) varie entre 381 et 565.
D'un déclamateur à l'autre, le lissage euphonique, rarement négatif, peut dépasser 100 points.
Pour plus de précisions, voir:
Statistique par couples de textes


DISCUSSION SUR L’EFFET DES CACOPHONIES PAR RAPPORT À LA STRUCTURE INTERNE DES MOTS

L’impression de cacophonie qu’engendrent certaines rencontres de phonèmes (notamment les cacophonies contiguë) pose un problème théorique dans la mesure où les mots, dans leur structure interne, peuvent comporter les mêmes rencontres de phonèmes sans que cela nous choque. Le meilleur exemple est sans doute la prononciation de la consonne géminée (en gras ci-dessous) dans un registre de langage très littéraire par rapport à la même rencontre au niveau d'une interface.

illimité

(gémination congruente) il lui dit (cacophonie consonantique directe)


Comment expliquer ce paradoxe?

On remarquera en premier lieu que les cacophonies les plus rudes (syllabiques, consonantiques, homovocaliques) internes aux mots sont relativement rares, cependant ce n’est là qu’une conformation spécifique à la langue française. On peut alléguer que les mots d’une langue ont été sélectionnés au cours du temps et que se sont imposées des rencontres particulièrement heureuses alors que les cacophonies sont des rencontres fortuites ne correspondant à aucune logique phonologique. Ce sont même ces rencontres internes qui communiquent aux mots leur charme spécifique. En second lieu, les mots nous sont connus de sorte que les rencontres phoniques dont ils sont constitués nous paraissent normales. Il est possible que nous considérions intuitivement l’interface entre les mots comme des points spécifiques du discours pour lesquels les rencontres phoniques sont ressenties différemment. En dernier lieu, on peut remarquer que certains mots peuvent être difficilement considérés comme euphoniques en dépit de leur conformation constitutive, par exemple les mots texte", rareté..., du moins dans un contexte poétique. Quoi qu’il en soit, l’effet dysphonique des interfaces entre mots ne paraît pas devoir être contesté.

Le problème apparaît plus délicat encore si l’on compare la langue française à d’autres langues. Les mots des langues slaves, par exemple, présentent couramment des polyconsonantismes (jusqu’à 4 consonnes notamment en tchèque comme smr: la mort ou smrk: le sapin) quasiment imprononçables pour un organe vocal éduqué à une langue romane. Et ces associations consonantiques leur prêtent justement un charme spécifique. À l’inverse, certaines langues océaniennes accumulent les associations de voyelles. D’autres langues encore se complaisent dans le recours quasi-systématique aux diphtongues alors que nous considérons la netteté des phonèmes comme une qualité majeure dans notre langue. La notion de cacophonie ne peut donc se concevoir indépendamment de l’écosystème phonique que constitue la langue.

Néanmoins, par rapport au genre privilégié de l'écriture euphonique à tendance poétique ou esthétisante, nous pouvons conseiller l'évitement de mots peu esthétiques et par nature cacophoniques, souvent liés à un vocabulaire d'ordre pratique ou très commun. Morphologiquement, ces cacophonies intra-lexicales, très rares, concernent des mots comportant souvent le phonème x ou plusieurs s ou certains mots triconsonantiques...:

texte, souci, sausisson, expectorer, extirper, cécité, arc-bouter...


CONSÉQUENCES DE L'ÉCRITURE EUPHONIQUE
EN PROSE


Voici les résultats statistiques obtenus par la comparaison d'un texte en prose courant et d'un texte euphonique, statistique ramenée à 1000 interfaces.

c-c: interfaces dures cc sans arrêt temporel
éli: élision
e fin: e post-accentuel au niveau d'un arrêt temporel
pt: nombre de points

variable c-c éli e fin points
 natif  30  76  19  130
 euph  29  196  30  145

Il semble difficile de contester que les textes écrits selon le concept d'écriture euphonique apparaissent moins heurtés, moins chaotiques, plus fluides, et de ce fait plus reposant à la lecture, ce qui était l'effet recherché. La structure phonique de la langue se trouve radicalement changée en ce qui concerne la prose. Ainsi, la langue, comportant une majorité de successions accent tonique, syllabe post-accentuelle en e qu'est le français devient une langue plus homogène, ce qui évite le recours à ces chevilles euphoniques que sont les e post-accentuels terminaux. Et il n'en résulte pas d'augmentation du taux relatif aux enchaînements consonantiques. Signalons que le le coefficient de cacophonisme, par définition, est ramené à cette seule valeur, puisque toutes les cacophonies sont évitées, soit 29 au lieu de 486 pour la prose native.

En second lieu, les contraintes de l'écriture euphonique elles-mêmes, additionnées aux règles syntaxiques, aboutissent à diminuer la longueur des phrases, ce qui permet d'augmenter le taux de e post-accentuels au niveau d'une pause, une situation où ils ne créent aucun effet négatif.

Pour terminer, l'augmentation spectaculaire des élisions (indispensables pour intégrer les mots se terminant par un e post-accentuel) permet une concaténation organique du discours au lieu d'une suite de mots isolés, particularité très favorable à l'euphonie. L'exemple suivant le montre de manière saisissante:

Une image idoine en ma pupille apparut.
(4 e sont élidés grâce à des mots commençant par une voyelle: image, idyllique, en, apparut.Le syntagme est ramené à 12 syllabes au lieu de 16)

Par ailleurs, l'expérience montre que la traduction d'un texte en texte euphonique n'augmente pas le nombre de mots, mais induit une légère augmentation du nombre de syllabes. Comme dans la prosodie poétique classique, la traduction en écriture euphonique entraîne parfois le recours à des développements superflus ainsi qu'à des chevilles (des mots passe-partout commençant par une voyelle et se terminant sans e post-accentuel comme ainsi, alors...), mais ceci est compensé par l'augmentation considérable des élisons qui absorbent un nombre important de syllabes. C'est donc un point positif que l'écriture euphonique n'allonge pas inutilement les textes et ne réduit donc pas leur force par dilution parasitaire. L'écriture euphonique, ainsi, n'entraîne pas de complications supplémentaires, mais tend plus souvent à la simplification.

En revanche, d'autres conséquences, plus contestables, apparaissent involontairement sur l'aspect lexical et sémantique par suite des contraintes imposées.

Tout d'abord on constate un choix avantageant les termes masculins par rapport aux termes féminins et l'impossibilité d'utiliser certaines combinaisons de termes majeures de la langue (on ne peut écrire par exemple: une fille et encore moins une belle fille...).

En dernier lieu, l'aspect positif des contraintes, comme dans le cas de la poésie classique, consiste en ce qu'elle oblige l'auteur à une analyse plus poussée de son propre texte. Il en résulte, in fine, une amélioration sur tous les plans, indépendamment même du plan phonique. De surcroît, les contraintes peuvent entraîner un style spécifique, original, susceptible d'enrichir le vocabulaire et de rompre avec les habitudes d'écritures communes. C'est un effet secondaire indirect qui se produit dans la pratique de l'oulipo par suite de contraintes gratuites visant à la pure virtuosité de l'écriture.


RECHERCHE POSITIVE DE L’EUPHONIE

Si nous nous livrons à la suppression de toutes les cacophonies, nous obtenons un texte qui offre un certain degré d’euphonie qu’on pourrait qualifier de neutre. En effet, il résulte de l’exclusion de phonèmes et non pas d’un choix pertinent de phonèmes destinés à créer des effets phoniques spécifiques.

À partir d’un tel texte poétique, il apparaît possible d’y introduire différentes qualités: souplesse, fluidité ou au contraire raucité.... en privilégiant l’emploi des phonèmes les plus pertinents à rendre l’effet désiré. La fluidité s’accorde à un contenu sémantique approprié (scène empreinte de grâce, sujets féminins, évocation du monde aquatique, de musique mélodique, scènes de tendresse...). La rudesse s’accorde au contraire à un contenu sémantique plus heurté: action violente, colère, expression de désagrément... Plusieurs facteurs peuvent concourir à réaliser ces expressions:

-choix des sonorités internes aux mots

On peut augmenter la fluidité du texte en privilégiant les mots dépourvus de syllabes bi ou triconsonantiques et l’on peut au contraire lui communiquer un caractère heurté en sélectionnant ces phonèmes. Certaines consonnes, dans les syllabes monoconsonantiques elles-mêmes favorisent la fluidité (n, m, v, d, g) par opposition à des syllabes plus dures (r, t, c, s, x). La voyelle i évoque la vivacité, la voyelle a évoque la sensualité... Par ailleurs, la longueur des mots intervient. Les mots longs favorisent le balancement langoureux alors que les mots courts favorisent le rythme saccadé.

-Choix du type d’interface entre les mots

Il est possible d’augmenter la fluidité du texte et de permettre une articulation plus aboutie des termes dans le discours poétique en privilégiant les élisions, ce que permettent déjà les contraintes que nous avons formulées. En poésie, les e post-accentuels à l'intérieur du vers peuvent favoriser un effet rythmique par les accents toniques qu'ils occasionnent particulièrement, sans nuire au rythme propre du vers si on les appuie modérément.

Partout l'on voit surgir" dans le faisceau des branches
Sa gentille frimousse" aux longs cheveux d'ébène.
L'éphélide en points roux" tachette sa peau blanche.
Ses prunelles noisette" irradient son visage.


Ces vers présentent 3 e syllabes asthéno-toniques en fin de vers au total sur les 4 vers, 2 élisions au niveau de la césure, néanmoins 6 syllabes biconsonantiques sur 39 syllabes monoconsonantiques, 3 e post-accentuels à l’intérieur des vers.

Las' au feu je condamne" ainsi mon vers épique
Dilatant rhétorique" et logorrhée futile.
Vainement je m’épuise" en un genre uniforme
Pour éviter l’emphase" et la fade hyperbole
Car l’odieux Musagète" en riant m’abandonne.


Ces 5 vers artificiels composés pour illustrer les facteurs de l’euphonie comportent

-uniquement des césures en élision
-uniquement des e syllabes asthéno-toniques en fin de vers
-aucun e post-accentuel à l’intérieur d’un syntagme
-7 élisions au total
-aucun phonème à consonne multiple
-uniquement des phonèmes formant une succession consonne voyelle
-un grand nombre de consonnes douces

Par ailleurs, nous ne devons pas oublier - ce qui est hors de notre propos dans ce chapitre - que la fluidité du texte poétique dépend également de la métrique, traitée dans un article indépendant.

L'euphonie positive est également consécutive de la place et de la distribution des homophonies dans le texte, en particulier dans le texte poétique. La rime et les assonances en sont un exemple pour la poésie. Cet aspect sera traité dans un autre article.

-Cas des prétendus effets positifs des cacophonies

Il est parfois convenu de considérer que les cacophonies peuvent concourir à des effets spécifiques d'évocation, des effets de scènes violentes, heurtés pour les cacophonies consonantiques, des effets langoureux pour les cacophonies vocaliques. Nous pensons au contraire que le prétexte de cette correspondance expressive ne gomme pas l'effet négatif des cacophonies.

Par ailleurs cette proposition paraît très peu refléter la réalité littéraire dans la mesure où l'on cite sempiternellement le même exemple, le vers de Racine dans Andromaque:

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes

Et justement sur cet exemple, nous pouvons montrer qu'il est possible d'imaginer un exemple évocatif sans aucune cacophonie:

Ces longs serpents sifflant au noir souffle assassin.

Alors que le vers de Racine permet d'aligner une suite de 5 s (engendrant 2 cacophonies successives), le vers que nous proposons en aligne 6 sans aucune cacophonie.


DISCUSSION SUR LES CACOPHONIES AU NIVEAU HISTORIQUE

Très tôt les théoriciens, Malherbe, puis Boileau notamment, signalent l’inconvénient des cacophonies consonantiques au même titre que les cacophonies vocaliques. À l'époque, visiblement, le terme "cacophonie" désigne les cacophonies consonantiques et le terme hiatus les cacophonies vocaliques. Néanmoins, il apparaît que les classiques s'appuient sur une définition à notre avis très restrictive des cacophonies. Au lieu de considérer comme définition les cas où une même consonne est présente dans les deux syllabes séparant deux mots consécutifs, ils considèrent uniquement les cas extrêmes où s'agrègent plusieurs cacophonies. D'autre part, les cacophonies consonantiques (même dans leur conception restrictive) ne nous paraissent pas avoir été l'objet d'une proscription aussi prononcée que les cacophonies vocaliques. Peut-on alléguer l'existence d'une moindre sensibilité à l'égard des cacophonies consonantiques qu'à l'égard des cacophonies vocaliques aux 16e ou 17e siècles? La différence entre la sévérité à l'égard des cacophonies vocaliques et la tolérance à l'égard des cacophonies consonantiques peut surprendre.

Nous soupçonnons que l’importance des contraintes nécessaires à éviter les cacophonies (se surajoutant à celles de la rime) a détourné les théoriciens autant que les praticiens à proscrire les cacophonies consonantiques alors que le bannissement des cacophonies vocaliques, moins fréquents, demeurait possible..

Étonnante apparaît aussi à nos yeux chez les classiques l’ignorance totale des cacophonies vocaliques lorsqu’elles séparent des vers consécutifs, ce que nous interprétons comme une discordance entre la théorie et la réalité phonique (quoiqu'il y ait un arrêt temporel à la fin du vers). Là encore, l’évitement de ces cas permet de réduire les contraintes déjà lourdes qui pèsent sur le vers classique. Le passage d’un vers à un autre pourrait être le prétexte commode pour ignorer l’effet négatif des cacophonies vocaliques en cette circonstance.

Ajoutons que dans la pratique, même Malherbe a été incapable de les proscrire absolument, de sorte que la proscription des cacophonies vocaliques ressemble souvent à une posture de rigueur littéraire. Il s’agit naturellement d’une hypothèse. Des effets circonstanciels d’ordre historique que nous ignorons peuvent être à l’origine de cette différence de traitement entre cacophonies consonantiques et vocaliques.


ASPECT SYNTAXIQUE ET LEXICAL DE L'EUPHONIE

L'aspect syntaxique et lexical de l'écriture - qui correspond à ce qu'on nomme le style - répond à un souci d'élégance et de clarté supérieures à ce qu'exige la simple application des règles grammaticales obligatoires. Cette exigence se conçoit comme un prolongement naturel de l'euphonie.

D'une part, elle consiste à éviter les répétitions, notamment de prépositions, conjonctions... dans une mêmpe phrase, sauf s'ils se rapportent au même terme ou s'ils sont en situation de symétrie. D'autre part, dans le cadre d'une écriture à tendance poétique ou esthétisante, il est particulièrement opportun d'éviter les formules relâchées, les idiomatismes. Ces éléments, traditionnellement préconisés par les pédagogues, n'apparaissent pas toujours respectés chez de nombreux auteurs qui constituent la référence de la littérature.

-Répétitions des conjonction, prépositions, participes (sauf et et de)


Préconisation d'écriture
Prépositions, participes, conjonctions seront répétés une seule fois dans une phrase (sauf structure symétrique ou se rapportant au même sujet ou encore dans des structures en apposition, des propositions indépendantes).
Les rayons matinaux qui flamboyaient se reflétaient sur la maison qui semblait palpiter. À ÉVITER
La vie' c'est le bambin' qui joue' qui sourit' qui chante. CONGRUENT
Il vit ainsi des lieux variés: des champs qui s'étiolaient, des bois qui prospéraient. CONGRUENT




-Répétition de et et de


Préconisation d'écriture
La répétition de la préposition ou article partitif de) et de la conjonction et peut être tolérée à la condition qu'ils ne soient pas employés directement dans une structure en cascade:
Les chalets de la forêt de sapins À ÉVITER
Le vent pouvait souffler du nord' du sud ou bien d'ouest. CONGRUENT
Les jours de malheur et de bonheur sont le sort des humains et des animaux. CONGRUENT




-Évitement des idiomatismes, expressions dysharmonieuses, relâchées


Préconisation d'écriture
On évitera les idiomatismes, expressions dysharmonieuses, relâchées.
Il était en train de marcher. À ÉVITER
Je me rend compte ainsi de son existence. À ÉVITER





EUPHONIE, INSPIRATION ET TRAVAIL
LITTÉRAIRE


Le développement de cette analyse pourrait laisser penser jusqu’ici que l’euphonie résulte uniquement d’un travail littéraire (éviction des cacophonies, élaboration des homophonies positives), donc d’une opération consciente. Ce serait oublier l’importance de l’inspiration capable de fournir inconsciemment une matière textuelle dont le degré d’euphonie peut varier selon les auteurs, le moment, le type de texte... Sans oublier que l’euphonie au sens large se trouve initialement inscrite dans le tissu de la langue.
Les textes en prose d’un récit sont peu susceptibles d’avoir été corrigés par les auteurs dans le sens de l’euphonie, eu égard à la moindre importance de cet aspect dans ce genre littéraire. Ils peuvent donc être significatifs d’une propension naturelle des auteurs à satisfaire inconsciemment les conditions de l’euphonie.

Nous n'avons malheureusement pas de statistique très large concernant les auteurs. Néanmoins, pour 8 extraits d'auteurs, principalement du 19ème sicèle, le coefficient de cacophonisme varie de 384 pour i>Les liaisons dangereuses de Laclos à 542 pour Angelot d'Anne-Marie Guyon. Voir le lien suivant pour plus de précisions:
Statistique sur les couples texte déclamation
Dans une autre statistique restreinte uniquement comparative portant sur quelques types de cacophonies dans une dizaine d'auteurs du 19ème au 20ème siècle, nous trouvons des variations de 1 à 2. On se reportera par le lien qui suit au document original.
Analyse statistique textuelle pour les auteurs

On conçoit assez bien que l’esprit élabore naturellement sa syntaxe en utilisant les termes qui heurtent le moins la sensibilité phonique, ce qui correspond au moindre effort d’énonciation. Et cet aspect apparaît peut-être plus sensible encore en ce qui concerne l’art oratoire improvisé par suite d’une correspondance logique entre la facilité kinesthésique de l’organe vocal et la congruence phonique.

Sur le plan rythmique, l'inspiration a pu exercer naturellement son influence sur la longueur des syntagmes. nous avons déterminé que plus les syntagmes étaient longs, plus ils occasionnaient d'indétermination sur la prononciation des e post-accentuels. En définitive, l'écriture de phrases courtes, évitant par ailleurs les anomalies syntaxiques, apparaît comme la préconisation d'écriture la meilleure, au niveau le plus élémentaire comme le plus élevé.

Mis à part l’éviction des cacophonies vocaliques - qui ne représentent ni le plus grand nombre de cacophonies dans un texte, ni surtout les cas les plus rédhibitoires - il apparaît que la recherche de l’euphonie a probablement joué un rôle quasiment négligeable dans la composition poétique classique, puis moderne. Cela même si l'on veut bien considérer l'importance de l'euphonie chez quelques auteurs comme Musset, Verlaine... Ce serait donc la marque inconsciente de l’euphonie par l’intermédiaire de l’inspiration qui apparaîtrait. Au final, l'euphonie est beaucoup plus due à la conformation de la langue elle-même.


ÉCRITURE EUPHONIQUE PLAN GÉNÉRAL