BYZANCE

Poème épique de Claude Fernandez évoquant la puissance et la richesse de Byzance.


Tout faiblit, tout fléchit, devant Constantinople.
Tout se livre et se rend, devant Constantinople
Rois, tsars, califes et émirs, païens, chrétiens
L'on réduit l'un par l'autre, ennemis, prétendants.
L'on achète ou l'on vend, alliés et mercenaires
L'empire est menacé, puis l'empire est sauvé.
L'épée, le goupillon, la monnaie, l'ambassade
Brisent les volontés, calment les ambitions.
Tout pâlit, se flétrit, devant Constantinople
Mausolées, medersas, palais, mosquées, cités.
Devant son art majeur, tout chef-d'œuvre s'efface.
Toute insigne splendeur, est pauvreté mesquine.
Tout s'épuise et croupit, devant Constantinople.

Voici, devant son host, Kroum, le khan invincible.
Kroum est ambitieux, Kroum est fort, Kroum est fier, Kroum
Ne connaît que succès, ne gagne que batailles.
Pour son armée sept ans, d'incessantes victoires.
Qui pourrait le frapper? Ne boit-il dans le crâne
D'un empereur vaincu, par ses vaillants soldats?
Kroum détruit Hebdomon, Kroum prend Selymbria.
Mais un autre empereur, se dresse devant Kroum.
Kroum se bat, Kroum s'enfuit, Kroum gémit, Kroum abdique.

Thomas le Slavonien, fomente une révolte.
Le calife Al-Mamoun, soutient le renégat
Pour eux sera bientôt, le butin de la Ville.
Mais déjà mangonneaux, déployés sur les murs
Déciment régiments, soumettent contingents.
Thomas le Slavonien, renonce à la révolte.

L'argent, l'argent afflue, dans les murs de Byzance
L'or, l'or emplit encor, le ventre de Byzance
Fabuleusement riche, incroyablement faste
Le marbre et le porphyre, éblouissent Byzance
Les joyaux et bijoux, rutilent dans Byzance
Monstrueusement riche, outrageusement faste.

*

Généreux, dispendieux, Théophile investi
Distribue le Trésor, au peuple miséreux.
L'on dit qu'il a donné, plus de vingt mille pièces
Partout s'éparpillant, tel sable dans la mer.
De vastes monuments, il couvre la Cité.
Dès que sont ajustées, les poutres d'un palais
Du suivant l'on commence, à bâtir fondations.
Les images sacrées, les joyaux, les camées
Flamboient de tous leurs feux, sur les iconostases.
Théophile empereur, ne s'inquiète des comptes.
Le soucieux logothète, additionne sans fin
Les débits successifs, du prodigue empereur.
N'est-il pas menacé, par une banqueroute?
Les coffres de l'État, sans doute sont vidés.
Jamais depuis longtemps, on ne les vit si pleins.

Syméon le Bulgare, assiège la Cité.
Mais le siège est levé, l'entente à nouveau règne
Car Syméon repart, surchargé de cadeaux.

L'argent, l'argent afflue, dans les murs de Byzance
L'or, l'or emplit encor, le ventre de Byzance
Fabuleusement riche, incroyablement faste
Le marbre et le porphyre, éblouissent Byzance
Les joyaux et bijoux, rutilent dans Byzance
Monstrueusement riche, outrageusement faste.

*

Soudain, trois cents vaisseaux, venus de la Mer Noire
Paraissent dans les eaux, du Bosphore écumant.
Les vaisseaux de l'empire, au loin sont dispersés.
Quelques embarcations, pourraient-elles sauver
La Ville démunie, d'un sac définitif?
Bientôt, le prince Igor, prendra Constantinople?
Sa gigantesque flotte, au combat se prépare.
Bientôt le feu grégeois, la réduit en fumée.

Séif-ad-Daoulah, devient un grand émir
Sans coup férir il mate, Alep, Émèse, Antioche.
Le voici fièrement, qui revient de campagne
Ramenant enchaînés, les prisonniers chrétiens.
Mais l'empereur l'attend, bloquant un défilé.
Séif-ad-Daoulah, n'est plus qu'un vil esclave.

Bataille et paix, traité, victoire et puis triomphe.
La Cilicie rebelle, est soumise à nouveau.
La Mésopotamie, l'Arménie capitulent.
Sarrasins, Pauliciens, deviennent des vassaux.
Bataille et paix, traité, victoire et puis triomphe.

L'argent, l'argent afflue, dans les murs de Byzance
L'or, l'or emplit encor, le ventre de Byzance
Fabuleusement riche, incroyablement faste
Le marbre et le porphyre, éblouissent Byzance
Les joyaux et bijoux, rutilent dans Byzance
Monstrueusement riche, outrageusement faste.

*

Venant de Mahdiya, voici les Fatimides
Qui poussent leurs armées, dans la vallée du Nil
Prennent la Palestine, incendient Amida.
Les guerriers du Prophète, avancent en Asie.
L'empereur alerté, vers le calife marche.
Le calife battu, revient à Mahdiya.

Surviennent les guerriers, d'Omar-Ibn-Abdullah.
Mais l'empereur déplace, un contingent barbare.
Plus un guerrier ne suit, Omar-Ibn-Abdullah.

Candie potentissime, aux murailles énormes
Ville des Sarrasins, dans la Crète conquise
Depuis cent ans ravit, monnaie, lingots, émaux
Depuis cent ans, saisit, soustrait, capture, enlève.
Candie la richissime, accumule trésors.
Mais l'empereur envoie, son armée valeureuse.
Candie vaincue, vidée, n'est que fumante ruine.
Trente vaisseaux remplis, jusqu'au sommet des cales
Dégorgent leur butin, dans la Nouvelle Rome.

Pour vaincre la Cité, Boris aux Francs s'allie.
Boris est dangereux, Boris est orgueilleux
Constantinople envoie, ses nefs jusqu'en Mer Noire.
Le khan Boris, pieds nus, suit le basileus
Triomphant en son char, que la foule ovationne.
Boris est ébloui, par la pompe orthodoxe.
La Vierge d'un regard, éveille sa piété.
Sainte-Sophie l'apaise, envoûte sa raison.
Boris devient Michel, soumis et baptisé.

L'argent, l'argent afflue, dans les murs de Byzance
L'or, l'or emplit encor, le ventre de Byzance
Fabuleusement riche, incroyablement faste
Le marbre et le porphyre, éblouissent Byzance
Les joyaux et bijoux, rutilent dans Byzance
Monstrueusement riche, outrageusement faste.

*

Le crâne Svyatoslav, pénètre dans l'empire.
L'armée de Svyatoslav, ne connaît que victoires.
Svyatoslav, plein d'espoir, attaque l'empereur.
L'empereur, calme, attend, le crâne Svyatoslav.
L'armée de Svyatoslav, n'est que rêve détruit.
Mais Svyatoslav s'acharne, et défie l'empereur.
Svyatoslav joint Preslav. Preslav est assiégée.
Svyatoslav bientôt fuit, vers Drista, port bulgare.
Drista bientôt se rend, Svyatoslav doit traiter.

Un nouveau khan, Samuel, surgit devant la Ville
Mais il est arrêté, par six mille varanges
Que Vladimir envoie, pour sauver l'empereur.
La jeune et belle Anna, rejoint la cour de Kiev
La Porphyrogénète, amadoue le Barbare.
Vladimir débauché, se transforme en bigot
Le voilà visitant, couvents et monastères.
La religion, la femme, ont amadoué la guerre.
Les païens sont chrétiens, et la Russie devient
Pour toujours orthodoxe, et pour toujours fidèle.

Mais Samuel insoumis, a maté Dyrrachium,
Quel rempart opposer, à ce prince indocile.
Contre voie commerciale, et monnaie trébuchante
Le doge Orseolo, déployant ses vaisseaux
Devant la Dalmatie, bloque le khan farouche.
Samuel s'effondre enfin, devant Kimbalongos.
La Bulgarie devient, province de l'Empire.

L'argent, l'argent afflue, dans les murs de Byzance
L'or, l'or emplit encor, le ventre de Byzance
Fabuleusement riche, incroyablement faste
Le marbre et le porphyre, éblouissent Byzance
Les joyaux et bijoux, rutilent dans Byzance
Monstrueusement riche, outrageusement faste.

*

Sainte-Sophie, joyau, de tesselles et pierres
Sainte-Sophie, magie, de lumière et beauté
Sainte-Sophie, mystère, étincelant, vibrant
Sainte-Sophie, portail, du céleste univers.
Chapiteaux dentelés, mosaïques flambantes
Gigantesques piliers, arcades colossales.
Par tes vitraux, par tes oculi, par tes baies
L'ardent rayonnement, illumine ta nef.
Ton immense coupole, est ornée d'un Soleil
Hagia Sophia, Symbole, Hagia Sophia, Déesse.
N'es-tu l'hymne à Phœbus, plus qu'hommage envers Dieu.
Sous-jacent transparaît, dans le chrétien message
Le triomphe masqué, du néoplatonisme.
Les pénitents supplient, dans la magnificence.
Les saints joignant leurs mains, nagent dans l'opulence.
Jésus blême agonise, au milieu des parfums.
La Vierge est revêtue, de mousseline et pourpre.
L'humilité se noie, dans l'orgueil des icônes.
Miséricorde et foi, baignent dans pompe et luxe.
L'Art victorieux, glorieux, supplante religion.

Pour toujours invaincue, pour toujours souveraine
Constantinople atteint, l'acmé, l'apothéose
Constantinople atteint, l'apogée, le sommet.
Les Siècles à genoux, devant elle s'effacent.
Les peuples déférents, contemplent dans les nues
Ce rêve inassouvi, de gloire et de puissance.

L'argent, l'argent afflue, dans les murs de Byzance
L'or, l'or emplit encor, le ventre de Byzance
Fabuleusement riche, incroyablement faste
Le marbre et le porphyre, éblouissent Byzance
Les joyaux et bijoux, rutilent dans Byzance
Monstrueusement riche, outrageusement faste.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Éditions Sol'Air - © Éditions Sol'Air - 2007