LES AZTÈQUES

Poème épique de Claude Fernandez évoquant la civilisation aztèque.


Fier est le peuple aztèque, étendant sa puissance
Du pacifique bord, à la grève atlantique.
Dans l’univers est-il, plus vaste capitale
Plus belle, immense, énorme, opulente, éclatante
Que Tenochtitlan, ville, où jadis le grand aigle
Transperça de son bec, le serpent impérial?
Fier est le peuple aztèque, étendant sa puissance
Du pacifique bord, à la grève atlantique.
N’est-il plus grand marché, plus abondant, fourni
Que dans Tlatelolco, celui des pochteca?
L’art de vivre et de jouir, fut-il plus haut porté
Que par Moctezuma, le roi dispensateur
De festins généreux, spectacles somptueux?
Sur la Terre est-il mets, plus délicats, plus fins
Que maïs croustillant, odorant cacao?
Fut-il développé, chant, danse et poésie
Plus suave et plus charmante, agréable, envoûtante
Que lors du Feu Nouveau, la fête vénusienne?
Fier est le peuple aztèque, étendant sa puissance
Du pacifique bord, à la grève atlantique.
Se mesurant aux dieux, primordiaux géniteurs
Le statuaire inspiré, l’habile joaillier
Restituent dans les parcs, les espèces manquantes
Batraciens de turquoise, et oiseaux d’obsidienne
Pétrifiés pour toujours, en leur beauté native.
L’ingénieux artisan, le patient paysan
Créent en collaborant, le caoutchouc ductile
Ce lait de l’hévéa, concrétion du latex?
Quelle tribu, société, civilisation
Mieux cultiva ses fils, mieux éduqua ses filles?
Dans la pharmacopée. de l’avisé ticitl
Se trouvent réunies, potions miraculeuses
Guérissant fièvre, hémorragie, dysenterie.
Fier est le peuple aztèque, étendant sa puissance
Du pacifique bord, à la grève atlantique.
Fut-il un almanach, plus complet et précis
Que tonalpohualli, que xiuhpohualli?
Fut-il savante école, ou génial astronome
Qui mieux prédit, prévit, le mouvement des astres
Le temps des lunaisons, le moment des éclipses?
Fier est le peuple aztèque, étendant sa puissance
Du pacifique bord, à la grève atlantique.
Ses brillants érudits, n’ont-ils imaginé
Mille ans avant l’Asiate, avant l’Européen
Ce vide qui remplit, ce rien qui résout tout
Le zéro, ce fantôme, expression du Néant
Qui s’ajoutant, s’enlevant, se multipliant
Se résulte à lui-même, identique, inchangé.
Le zéro, puits sans fond, signe de nullité
Qui, s’agrégeant au nombre, atteint l’infinité?

Mais ce dont plus que tout, s’enorgueillit l’Aztèque
Le suprême bienfait, l'essentielle vertu
C’est, parmi les vivats, sur le seuil d’un sanctuaire
D’offrir à Mixcoatl, et Huitzilopoca
Le cœur d’un sacrifié, sanglant et palpitant.


La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - © livagora - 2012