ADIKHALAMANI

Poème épique de Claude Fernandez évoquant la soumission des souverains au clergé dans la civilisation méroïtique.


ADIKHALAMANI

Adikhalamani, fils d’Arnékhamani
Dans son riche palais, coulait des jours heureux.

Sa redoutable armée, d’archers et de lanciers
Réduisit les tribus, des Rehrehs, des Médeds.
Son ferme sceptre unit, dans la prospérité
Le pays de Tokens, le pays d’Aloa.
Pnoubs, Atbara, Dongola, Napata, Soba
Repoussent le désert, empiètent sur la brousse.
La faste Méroé, dans son île s’étire
La vaste Méroé, dans son île s’étale.

Adikhalamani, fils d’Arnékhamani
Dans son riche palais, coulait des jours heureux.

Ses forêts de rôniers, d’ébéniers, baobabs
Regorgent d’éléphants, de lions et léopards.
Du sakkieh les godets, s’épanchent dans les champs
Que recouvre un tapis, d’orge blond, de mil ocre.
Dans le fertile roc, des abruptes montagnes
L’on extrait le fer dur, pourvoyeur de couteaux.
Dans le fertile roc, des abruptes montagnes
L’on extrait l’or brillant, pourvoyeur de bijoux.

Adikhalamani, fils d’Arnékhamani
Dans son riche palais, coulait des jours heureux.

Dévotieux, religieux il redoute les dieux
L’enfant-oiseau Mercour, Isis au blanc cornage
Dedoun, qui sue l’encens, Amon coiffé de plumes.
Supersticieux, très pieux, il redoute les dieux.
Soumis, il obéit, aux règles du clergé.
Son esprit effaré, s’émeut des mécréants
Qui décochent leurs traits, sur le Soleil haï.
Déférent, il s’incline, au devant du clergé.

Adikhalamani, fils d’Arnékhamani
Dans son riche palais, coulait des jours heureux.

Mais voici qu’en ce jour, le roi paraît soucieux
Mais voici qu’en ce jour, le roi paraît anxieux.
Mais d’où vient qu’en son front, se creuse un amer pli
Mais d’où vient qu’en son front, s’est inscrite une ride?
Pourtant de tous n’est-il, estimé, révéré
Pourtant de tous n’est-il, adoré, vénéré?
Nul sujet ne se plaint, de ses justes sentences
Nul courtisan n’ourdit, contre lui de complot.

Adikhalamani, fils d’Arnékhamani
Dans son riche palais, coulait des jours heureux.

Mais le prêtre d’Amon, désavoue ses décrets
Mais le prêtre d’Amon, réprouve ses desseins.
Le pontife d’Amon, contre ses lois s’indigne
Le pontife d’Amon, contre ses lois s’irrite.
Lors, survenant voici, du prêtre un émissaire
Qui présente un poignard, en un plateau d’airain.
Mais pourquoi donc survient, du prêtre un émissaire
Qui présente un poignard, en un plateau d’airain?

Adikhalamani, fils d’Arnékhamani
Dans son riche palais, coulait des jours heureux.

Lors se lève le roi, puis s’adresse à la reine
«Las, ma kandaké, las, toi ma reine adorée
Je dois te dire adieu, las, je dois te quitter
Car je sais quelle main, doit prendre ce poignard
Car je sais quelle chair, doit sa lame frapper.
Cette main, c’est la mienne, et cette chair la mienne.
Les dieux l’ont décidé, le pontife l’exige».
Lors s’avance le roi, puis se pourfend le cœur.

Adikhalamani, fils d’Arnékhamani
Dans son riche palais, coulait des jours heureux.

La Saga de l'Univers - Claude Fernandez - Dépôt légal électronique BNF - 2012